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    Asie-Pacifique

    Fukushima: les malades devraient se chiffrer «en dizaines de milliers»

    media Selon Tepco, 45000 personnes ont travaillé à Fukushima depuis 2011. REUTERS/Kimimasa Mayama/Pool

    Pour la première fois, le gouvernement japonais a reconnu ce mardi l’existence d’un cas de cancer lié aux radiations reçu sur le site de Fukushima au Japon. Quatre ans et demi après la catastrophe, cette première reconnaissance officielle pourrait ouvrir la voie à d’autres indemnisations. Janick Magne réside depuis 37 ans au Japon. Pour cette conseillère consulaire et représentante d’Europe Ecologie-Les Verts, les victimes de la catastrophe sont malheureusement légion.

    La centrale est entrée en fusion suite au raz-de-marée qui a ravagé la côte est de l’archipel au printemps 2011. Près de 45 000 personnes ont travaillé au renflouement des réacteurs accidentés, affirme l’opérateur Tokyo Electric Power and Co (TEPCO). Le patient souffre d’une leucémie aiguë aujourd’hui reconnue comme maladie professionnelle. L’homme âgé de 41 ans réside à Kita-Kyushu, dans la préfecture de Fukuoka selon le Asahi Shimbum. Il est tombé malade après avoir été employé par un sous-traitant de TEPCO entre 2012 et 2013, pour des travaux de construction et de soudure sur les réacteurs n° 3 et 4 de Daïchi Fukushima.

    RFI : Pour la première fois, l’Etat japonais fait le lien entre cancer et catastrophe nucléaire, c’est un pas important pour les victimes ?

    Janick Magne : On a surtout envie de dire « Enfin ! » Car ce cas est malheureusement loin d’être exceptionnel. Il faut savoir qu’aujourd’hui, 104 enfants et adolescents souffrent actuellement d’un cancer de la thyroïde directement lié à leur exposition aux radiations. Ces jeunes vivaient tous dans les environs de la centrale. Et officiellement, ces cas ne sont toujours pas reconnus. C’est terrible. Je me dis que bientôt peut-être, grâce à cette première reconnaissance, ces jeunes pourront eux aussi être officiellement reconnus comme victimes de l’accident nucléaire de Fukushima. On s’attend malheureusement à découvrir de nouveaux cas dans les années qui viennent.

    Ce qui nous rend très en colère c’est que ce pauvre homme qui souffre de leucémie aiguë a été exposé au total à 20 millisieverts (mSv) de radiation au total, une dose que le gouvernement japonais considère comme parfaitement acceptable pour l’ensemble de la population, des bébés jusqu’aux personnes âgées. Or on voit ici que quelqu’un qui est exposé à ce niveau de radiations tombe gravement malade. L’opérateur Tepco reconnait de son côté qu’au moins 9 000 travailleurs ont été exposés à des doses dépassant les 20 MSv, pas forcément en travaillant directement sur les réacteurs ou les piscines, mais en étant employé sur le site de la centrale. Il faut s’attendre à des chiffres beaucoup plus élevés, c’est vraiment le tout début.

    A partir de quel niveau d’exposition aux radiations, les employés du secteur ont droit à être indemnisés ?

    Officiellement, selon les normes mises en place par les assurances et la sécurité sociale en 1976, les ouvriers du secteur sont indemnisés à partir de 5 millisieverts et plus. C’est la preuve que dès cette époque, les autorités étaient parfaitement conscientes que des petites doses de radiation peuvent entrainer des maladies gravissimes sur les personnes exposées. Mais nous étions en 1976, avant les gros accidents nucléaires que le Japon a connus par la suite.

    Des militants écologistes se sont mobilisés au Japon suite à la catastrophe contre ce qu’ils qualifiaient à l’époque « d’omerta nucléaire ». Est-ce que cette reconnaissance officielle est perçue comme une victoire ?

    Bien sûr qu’il s’agit d’une victoire. Le problème, c’est que c’est une bien triste victoire parce qu’on ne peut pas se réjouir d’un tel drame. Cela fera cinq ans au mois de mars que l’accident a eu lieu, et c’est terrible de penser qu’il a fallu tout ce temps avant que les autorités ne reconnaissent qu’il y a un problème. D’un côté, on est satisfait de voir que ça bouge, mais d’un autre côté, on trouve que cela arrive bien tard.

    Si l’on reprend le chiffre de 5 mSv comme limite au-delà de laquelle il devient dangereux de s’exposer aux radiations, on se rend compte que des dizaines de milliers de personnes sont concernées. Tepco reconnait notamment que sur les 45 000 personnes qui ont travaillé à Fukushima depuis 2011, plus de 21 000 ont été exposés à au moins 5 millisieverts. Le nombre de malades devrait se chiffrer en milliers, voire en dizaines de milliers de personnes rien que pour les travailleurs, sans compter les populations autour du site. L’Etat vient de reconnaitre un malade officiellement, mais par rapport à ce qui s’est passé et tout ce qui se passe sans qu’on le sache c’est vraiment dérisoire.

    Vous laissez entendre que des cas de victimes restent « cachés ». De quoi s'agit-il ?

    Il y a énormément de travailleurs qui sont venus sur les sites de la centrale sous de faux noms, ou en travaillant pour des sous-traitants de sous-traitants, si bien qu’on ne sait pas les retrouver. Ces gens-là sont peut-être malades dans leur coin sans personne pour s’occuper d’eux, et on ne saura jamais ce qui leur arrive. Ces fausses identités leur ont permis de travailler sur plusieurs sites à la suite ou sur plusieurs mois d’affilés en dépassant les doses et donc en mettant leur santé en danger.

    On a eu le cas aussi de ces SDF moitié voyous qui errent de ville en ville et qui se cachent de la justice. Ces personnes sont surexploitées par la mafia qui reste l’un des grands pourvoyeurs de main d’œuvre auprès des centrales nucléaires japonaises. Tout cela fait qu’il est difficile d’avoir le nombre précis des personnes qui ont travaillé sur les centrales accidentées et de savoir où ils se trouvent aujourd’hui.

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