Prakash Javadekar: «Les pays développés doivent aller plus vite» - Asie-Pacifique - RFI

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Prakash Javadekar: «Les pays développés doivent aller plus vite»

media Prakash Javadekar n'est pas tendre avec les pays occidentaux dont il estime qu'ils n'en font pas assez. Christopge Carmarans / RFI

Le ministre indien de l’Environnement et des Forêts, Prakash Javadekar, était de passage à Paris pour préparer la COP21. Pour avoir déjà participé à Copenhague 2009 et à Durban 2011, il sait que les négociations sur le climat seront âpres. Il demande d’ores et déjà aux pays occidentaux d’en faire plus. Interview.

En tant que ministre de l’Environnement du troisième pays le plus pollueur du monde, la COP21 revêt un grand enjeu pour vous, quelles sont vos attentes par rapport à ce sommet ?
D’abord nous ne sommes pas le troisième pays le plus pollueur du monde. Dire cela donne lieu à des idées fausses et à des malentendus. L’Inde, c’est 5% des émissions de CO2 dans l’atmosphère et 17% de la population mondiale. La Chine, c’est 26% et les Etats-Unis 10%. L’Europe, c’est 10%. Réunis, cela fait presque 50% pour ces trois-là. Mais nous espérons que Paris 2015 sera un succès parce que le monde a besoin d’un accord juste et équitable.

Nous n’avons qu’une seule planète et nous ne pouvons continuer à consommer de l’énergie non-renouvelable au même rythme qu’à l’heure actuelle. Nous devons prendre des mesures immédiatement. Depuis 1850, la température a augmenté de presque 1 degré. Et si l’on en croit les rapports les plus récents, nous n’avons qu’un tout petit laps de temps pour agir. Nous devons redistribuer.

Aujourd’hui, on a déjà épuisé les deux tiers des émissions de gaz à effet de serre au-dessus desquelles le réchauffement pourra être maintenu en-dessous de 2 degrés d’ici 2100. Nous avons besoin de plus de droit d’émission. Il faut donc que les pays développés qui occupent beaucoup d’« espace carbone » à l’heure actuelle en cèdent un peu pour que nous parvenions à la fois à maintenir la croissance mondiale et à limiter le réchauffement climatique.

Vos propositions pour les négociations ont été qualifiée s d’ambitieuses. Comment parviendrez-vous à les atteindre ?
Nous avons tout calculé de manière minutieuse dans tous les départements et à tous les échelons du secteur public et nous sommes parvenus à ces chiffres. Ces propositions vont permettre de réduire chaque année les émissions de carbone de 3 milliards de tonnes. C’est une énorme contribution venant de l’Inde.

Bien que nous allons poursuivre notre croissance, nous allons réduire nos émissions de CO2. Nous n’allons pas polluer plus. Nous allons émettre de façon plus efficace, donc nous allons réduire les émissions de carbone de 3 milliards de tonnes.

Avez-vous eu connaissance des propositions chinoises ?

Oui, leurs émissions augmentent. Ils vont culminer vers 2030, ce qui veut dire que, durant les quinze prochaines années, ils vont encore augmenter leurs émissions.

Cette projection paraît plus réaliste…

Oui, car les pays agissent de façon responsable maintenant. Et chacun doit faire sa part d’effort. Le dernier rapport des ONG, Greenpeace compris, atteste que l’Inde et d’autres pays ont fait plus que ce qui était en leur capacité et fait bien plus que leur part de travail. Mais que les pays développés ont fait moins que ce qui était en leur capacité et beaucoup moins que leur part de travail. C’est la vérité. Ce sont les faits. Ce sont les chiffres. Ils ne peuvent pas le nier.

Il faut qu’ils fassent leur part et qu’ils financent les 100 milliards de dollars (l’engagement pris en 2009 par les pays développés de verser 100 milliards de dollars par an aux pays pauvres à partir de 2020 pour affronter les dérèglements climatiques ndlr), qu’ils déploient les supports technologiques à des coûts abordables. Il faut qu’ils prennent des mesures avant 2020 et qu’ils s’engagent à réduire davantage leurs émissions. Nous demandons que chaque pays fasse sa part de travail.

Anticiper la transition énergétique

Diriez-vous qu’il y a un consensus en Inde pour faire baisser la pollution dans les grandes villes comme Bombay ou Delhi ?
La pollution de l’air est un problème dans de nombreuses villes du monde. On l’a vu récemment à Singapour. Dix personnes sont mortes à cause de vents venus d’Indonésie. Djakarta et Bali étaient aussi dans la brume et le brouillard. En Europe, il y a de la pollution à cause des pots d’échappement. Aux Etats-Unis, il y a de la pollution due au méthane. La pollution atmosphérique est un grave problème.

Notre gouvernement est prêt à anticiper la transition énergétique de nos véhicules aux normes Euro 6. En ce moment, nous décourageons et punissons le brûlage de chaume autour des villes. Nous faisons la promotion des véhicules électriques, nous offrons des subventions de 20% par véhicule pour cela. Nous avons aussi fait passer une loi pour mettre en circulation 100 000 rickshaws et vélos électriques à trois roues.

Vous êtes aussi ministre des Forêts, qu’allez-vous faire dans ce domaine, vous allez favoriser la reforestation ?

Nous allons investir plus de 30 milliards de dollars dans la reforestation au cours des quinze prochaines années afin de mener une politique de reforestation plus agressive. Nous pourvoyons du gaz liquéfié à 40% des ménages qui utilisaient jusqu’ici du bois pour la cuisine et leurs besoins domestiques.

Nous allons nous adresser à tout le monde d’ici les quinze prochaines années. Ce sont des économies qui vont arriver. Nous allons aussi créer des puits de carbone capables d’en absorber jusqu’à 3 milliards de tonnes.

Le plus grand problème en Inde semble être l’utilisation du charbon. Que comptez-vous faire pour en diminuer l’usage ?
Non, notre consommation de charbon ne représente que 1/5e de la consommation des pays développés. Et elle va demeurer inférieure à celle des pays développés. En réalité, ceux qui devraient réduire leur consommation sont des pays comme l’Allemagne qui est en train de renoncer à l’énergie nucléaire. Et les Etats-Unis aussi, qui consomment plus de charbon que nous.

Êtes-vous inquiet de la question de réfugiés climatiques venant du Bangladesh par exemple qui risquent d’affluer en Inde en raison de la montée des eaux, comme l’annoncent les prévisions ?

Il y a beaucoup de rapports de ce genre. Je me demande pourquoi ils sortent un mois avant la COP21. Certains diront qu’ils sont motivés par d’autres intérêts, du moins par leur timing. Pourquoi les Américains n’étudient-ils pas leurs propres problèmes de pollution ?

Oui, mais si chacun commence à pointer du doigt les autres pays, on ne va pas y arriver …

Non, mais nous disons que nos problèmes sont réels. Nous allons nous améliorer mais les pays développés doivent s’améliorer plus vite. Ils ont plus de ressources.

Il se dit que vous n’êtes pas très satisfait du projet de texte pour la COP21. Qu’est-ce qui ne vous plait pas dans ce texte ?

Le premier texte a été rejeté par tout le monde parce qu’il était totalement déséquilibré. Il présentait seulement la situation du point de vue des pays développés. Maintenant, toutes les suggestions des pays en voie de développement ont été incluses. Il y a donc maintenant un texte avec d’autres choix sur la table, avec les préoccupations de tous. Voyons maintenant comment les choses progressent pour arriver à un compromis et à la signature d’un accord sur le climat à Paris.

Prendre des mesures plus ambitieuses

Vous êtes confiant à ce sujet ?
Oui je suis confiant parce que nous avons le souci des autres. C’est à nous de faire pression sur les pays développés pour qu’ils fassent suivre d’actes leurs paroles sur le financement de technologies qui permettent de réduire les émissions de CO2.

Vous voulez dire que les pays développés ne se soucient pas du reste du monde ?
Je dis qu’ils ne prennent pas les mesures appropriées. Ils devraient prendre des mesures plus ambitieuses avant 2020. Ils ne peuvent pas mettre les actions sur le climat en vacances pour les quatre prochaines années.

Vous avez dit dans une autre interview que les pays riches devaient changer leurs modes de vie. Vous êtes à Paris depuis trois jours maintenant, qu’avez-vous vu ici que vous aimeriez changer en termes de mode de vie ?

J’aime les Français. Je ne suis pas contre des gens en particulier ou contre un pays en particulier. Cela dit, le mode de vie occidental consomme beaucoup plus d’énergie que le nôtre. La consommation moyenne d’un Indien est dix fois inférieure à celle d’un Européen.

Nous avons seulement 18 voitures pour 1 000 habitants et vous, vous avez 500 voitures pour 1 000 habitants. Bien. Mais maintenant il faut que nous soyons plus économes en énergie, plus économes en carburant, plus soucieux de l’environnement, pour que la consommation totale d’énergies non renouvelables baisse. Regardez le gaspillage alimentaire en Europe et aux Etats-Unis. En Inde, nous n’avons pas de gaspillage. Et le taux d’épargne est de 35% en Inde.

La carte de crédit, ce n’est pas ça qui compte. Ce qui compte, c’est le compte-épargne. L’épargne c’est important en Inde. Notre système de valeurs, c’est la conservation, pas la dépense. Si nous continuions à mener le même mode de vie que les Occidentaux, il nous faudrait cinq planètes. Et nous ne les avons pas …

D‘autres exemples de gaspillage ?
Ce matin quand je suis sorti de ma chambre à l’hôtel, j’ai éteint toutes lumières. Mais quand je suis revenu cet après-midi, elles étaient toutes allumées. La femme de ménage les avait toutes allumées ! Et cela a duré pendant des heures alors qu’il n’y avait personne dans la chambre !

C’est un exemple très simple mais il y en a des centaines comme ça. A Paris, les vitrines des magasins sont toutes éclairées, même la nuit quand les magasins sont fermés. Nous ne faisons pas ça en Inde. Dans beaucoup de pays, il y a du gaspillage d’énergie comme cela. C’est la raison pour laquelle nous prônons un mode vie durable.

Mais Paris c’est la Ville-lumière. Si vous éteignez les lumières, les Parisiens ne vont pas être contents !
Les lumières de la ville doivent être allumées (rire). Mais pas à 9h00 du matin quand le jour est levé.

Miser sur le solaire

Lors du sommet Inde-Afrique, le Premier ministre M. Modi a parlé d’une « Alliance solaire ». Que pouvez-vous nous dire à ce sujet ?
Oui nous allons créer « l’Alliance solaire ». C’est un signal important en direction du marché du solaire. C’est un signal qui encourage l’innovation. L’ « Alliance solaire », c’est l’alliance des pays situés entre le Tropique du Cancer et le Tropique du Capricorne qui reçoivent une importante énergie du soleil, plus de 300 jours d’ensoleillement par an en moyenne. Ce sont les pays les mieux armés pour produire de l’énergie solaire. Avec une telle association, nous pourrons négocier plus facilement pour investir.

Mais l’Inde ne possède pas cette technologie du solaire à l'heure actuelle …
Si tous les pays s’associent ensemble nous y arriverons.

Vous venez du monde de la banque, est-ce que c’est une approche totalement différente quand on s’occupe d’environnement ?
Avant d’être ministre de l’Environnement, j’ai été président pour l’Inde des législateurs de GLOBE qui est une structure d’origine britannique. J’ai participé aux sommets de Copenhague, de Durban et par conséquent je connais les nuances, je connais le vocabulaire, je connais les tactiques …

Y a-t-il une réponse spécifique de la part de l’Inde au problème du réchauffement climatique ?
Nous croyons à la sagesse collective. Chaque pays doit faire sa part de travail sérieusement. C’est ça, la solution. Je crois dans le développement par la science et la technologie. Nous croyons en l’ « intention humaine » et en l’intellect. C’est ce qui apportera les réponses. Il faut suivre nos consciences. Nous devons prendre des résolutions et les appliquer.

A Kyoto, il y a des pays importants qui avaient quitté la table des négociations en 1997 : les Etats-Unis, le Canada, l’Australie, le Japon. Si les plus gros émetteurs (de CO2 ndlr) ne sont pas là, à quoi peuvent arriver les autres pays ? Il faut donc que tous les pays soient sur le pont, que tous fassent leur devoir.

Le pape François s’est engagé en faveur dans la protection de l’environnement. La religion aussi peut jouer un rôle dans ce combat ?
La proclamation du pape est une très bonne chose. Il a dit très clairement que les pays développés devaient prendre soin des pays en voie de développement et prendre soin des pauvres dans le monde. Et il a aussi dit clairement que les émissions doivent être réduites. D’abord par les pays développés. Toutes les personnes saines d’esprit ont un rôle à jouer dans le contrôle des changements climatiques.

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