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    Asie-Pacifique

    Thaïlande: la loi de lèse-majesté utilisée à tout-va

    media Le roi de Thaïlande, Bhumibol Adulyadej (ici, le 14 décembre 2015), et sa famille sont protégés par l'une des lois les plus restrictives au monde. REUTERS/Thai TV Pool

    Le 16 décembre 2015, une Thaïlandaise est condamnée à neuf ans de prison pour lèse-majesté. Elle a été reconnue coupable de « diffamation royale, menace à la sécurité de l’État et violation de la loi informatique » pour des posts sur Facebook. Depuis le coup d’État militaire en mai 2014, les affaires de lèse-majesté se multiplient en Thaïlande, où le roi a un statut de demi-dieu. De nombreuses personnes ont été condamnées ou mises en détention provisoire pour ce crime, sévèrement puni par la loi thaïlandaise.

    En Thaïlande, « la diffamation, l’insulte et la menace » envers les membres de la famille royale (roi, reine, héritier et régent) sont punies de trois à quinze ans de prison. En 2013, la Cour suprême a même élargi cette loi, tirée de l’article 112 du Code pénal, aux rois précédents. Au pouvoir depuis mai 2014, les militaires utilisent la loi de lèse-majesté à tout-va.

    Ainsi, le 16 décembre 2015, une femme est condamnée à neuf ans de prison, en l’absence de son avocate. Quelques jours plus tôt, le 8 décembre, Thanakorn Siripaiboon est arrêté. Il risque jusqu’à 37 ans de prison pour avoir notamment publié sur Facebook un commentaire jugé « sarcastique » sur le chien du roi, mais aussi pour avoir partagé une infographie sur une affaire de corruption.

    Le 6 août dernier, un tribunal militaire condamne Samak Pantae à cinq ans de prison pour la destruction d’un portrait du roi alors qu’il était ivre. L’homme prenait des médicaments pour combattre des hallucinations visuelles et auditives, selon l’ONU. En août également, un record tombe avec la condamnation d’un homme à trente ans de prison pour crime de lèse-majesté. Le 8 décembre 2014, une femme a été arrêtée et interrogée pour avoir publié une photo d’elle portant des vêtements noirs le jour de l’anniversaire du roi, alors qu’il aurait fallu s’habiller en jaune.

    La loi de lèse-majesté comme « outil de répression des dissidents »

    La liste de toutes les affaires de ce type est encore longue. « Une trentaine de procès sont en cours devant les tribunaux militaires pour ce motif, estime Eugénie Mérieau, chargée de cours à Sciences-Po Paris et spécialiste de la Thaïlande. Et 47 personnes sont actuellement en détention pour ce crime. » La Commission internationale des juristes estime au total à 57 le nombre de personnes qui ont été poursuivies pour lèse-majesté depuis le coup d’État en mai 2014. Selon Human Rights Watch, 40 de ces affaires sont liés à des commentaires publiés ou partagés sur Internet.

    Les militaires qui ont pris le pouvoir après le coup d’État justifient ces poursuites par la « défense de l’institution royale ». Mais le 11 août 2015, le Haut Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme s’est dit « choqué » par les peines de prison prononcées dans des cas de lèse-majesté, les jugeant « disproportionnées ». Cette agence de l’Organisation des Nations unies a même appelé « le gouvernement militaire à modifier la loi vague et générale sur la lèse-majesté ».

    Cette loi est en fait utilisée comme un « outil de répression des dissidents », affirme Eugénie Mérieau, rattachée au laboratoire Asies de l’Inalco. Mireille Boisson, coordinatrice Asie du Sud à Amnesty International, ajoute que « la loi a même des effets sur la presse, qui s’autocensure pour éviter de pouvoir être attaquée sur ce chef d’accusation. Elle s’applique même au dessin de presse ».

    Culte de la personnalité du roi, même dans les manuels scolaires

    N’importe qui peut déposer plainte pour lèse-majesté, et la police est obligée de donner suite à l’affaire avec une enquête. « L’article 112 sur la lèse-majesté est alors également utilisée comme une manière, pour les hauts dignitaires, de prendre leur revanche sur un concurrent. Ils s’accusent les uns les autres pour se débarrasser de leurs anciens alliés. Et cela crée aussi un climat de délation parmi la population, avec une haine irrationnelle que se vouent les royalistes, voire les ultra-royalistes, et les royalistes plus modérés, voire les républicains », explique Eugénie Mérieau, également auteur de l’ouvrage Les chemises rouges de Thaïlande (éditions Irasec).

    Mais pourquoi le roi actuel, Bhumibol Adulyadej, a-t-il ce statut de demi-dieu et de bienfaiteur de la nation ? « Il y a trois raisons à cela, explique Eugénie Mérieau. D’abord, depuis les années 1960, il y a une alliance entre l’armée et la royauté. L’une et l’autre se légitiment mutuellement, et l’armée organise une large propagande en faveur du roi. Ensuite, le roi est partisan du bouddhisme, ce qui lui donne une légitimité par l’aura religieuse qu’il en tire. Enfin, il y a, presque comme en Corée du Nord, toute une propagande nationaliste et un culte de la personnalité, notamment dans les manuels scolaires, qui font du roi la pierre angulaire de la nation. »

    Mireille Boisson ajoute : « La population approuve et adore son roi comme facteur d’unité, alors que les partis, et même les militaires, sont divisés. » Mais les Thaïlandais sont inquiets en ce qui concerne le sujet tabou et complexe de la succession du roi, âgé de 88 ans et ayant effectué de longs séjours à l’hôpital depuis des années. Sujet tabou car il serait impropre d’évoquer la mort du roi, et complexe car une grande partie de la population est hostile au prince héritier, Vajiralongkorn, alors que sa sœur, la princesse Sirindhorn, est très populaire.

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