GRILLE DES PROGRAMMES
Monde
Afrique
Dimanche 24 Juillet
Lundi 25 Juillet
Mardi 26 Juillet
Mercredi 27 Juillet
Aujourd'hui
Vendredi 29 Juillet
Samedi 30 Juillet
    Pour profiter pleinement des contenus multimédias, vous devez avoir le plugin Flash installé dans votre navigateur. Pour pouvoir vous connecter, vous devez activer les cookies dans les paramètres de votre navigateur. Pour une navigation optimale, le site de RFI est compatible avec les navigateurs suivants : Internet Explorer 8 et +, Firefox 10 et +, Safari 3 et +, Chrome 17 et + etc.
    Dernières infos
    Asie-Pacifique

    Au Congrès du PC vietnamien, une guerre d’hommes plutôt que d’idées

    media Les membres du comité central attendant l'ouverture du 12e Congrès du Parti communiste vietnamien, le 21 janvier 2015 à Hanoï. REUTERS/Kham

    C’est habituellement une affaire pliée de longue date qui ne laisse guère de place aux rebondissements. Il pourrait pourtant bien y avoir des surprises lors de ce 12e Congrès du Parti communiste vietnamien, qui s’ouvre ce jeudi 21 janvier à Hanoï. Les membres du comité central doivent valider les noms des nouveaux dirigeants proposés par le bureau politique du parti unique qui gouverne le pays depuis la réunification de 1976. Un événement intervenant dans un contexte géopolitique tendu, notamment en raison du bras de fer avec Pékin dans les eaux de la mer de Chine méridionale, et alors que la direction du PC ne parvient plus à dissimuler ses divisions.

    Qui va diriger le Vietnam et ses 92 millions d’habitants en 2016 ? Bien malin qui pourrait répondre juste en ce jour d’ouverture de la grand-messe du Parti communiste vietnamien (PCV). Tous les cinq ans, les congrès sont précédés d’un plénum. C’était cette année le 14e plénum du PCV à l’occasion duquel le bureau politique a normalement choisi la Troïka chargée de prendre la direction du pays pour le prochain quinquennat. Comme en Chine, il est courant qu’à la suite de cette réunion plénière, le nom du futur secrétaire général fuite de manière à le légitimer ou, en tous cas, à l’imposer plus facilement lors du vote secret des membres du comité central réuni lors du Congrès. Mais cette année, rien n’a filtré. Signe peut-être des dissensions à la tête de l’Etat, aucun nom n’est sorti du chapeau.

    Quatre dirigeants et trois régions

    Comment fonctionne un Congrès ? Nous avons posé la question à Benoît de Tréglodé, l’un des meilleurs spécialistes français du Vietnam et du Parti communiste vietnamien. « Tous les cinq ans, le mystère entoure l’organisation de ces grands congrès, explique le directeur Asie de l’Institut de recherches stratégiques de l’école militaire (IRSEM) à Paris. Il faut dire que cette question des nominations est primordiale, parce que le comité central du parti va élire ses nouveaux membres qui vont eux même élire les nouveaux membres du bureau politique et au final les trois personnes les plus importantes au sein de l’appareil politique vietnamien, à savoir le secrétaire général du parti, le président de la République et le Premier ministre. » A cette troïka, il faut ajouter un numéro 4 dans l’ordre d’importance du parti, dont le nom sera lui aussi validé au cours de ce Congrès, en la personne du président de l’Assemblée nationale.

    « L’enjeu ici n’est pas politique, poursuit Benoit de Tréglodé. La question n’est pas qu’est-ce qui va sortir de nouveau de ce Congrès, mais bien qui sont les hommes nouveaux qui vont irriguer l’ensemble de l’appareil pendant cinq ans. » Sachant que la plupart des membres du bureau politique approche de la limite d’âge (65 ans), les cartes doivent en théorie être rebattues tout en respectant les grands équilibres internes et notamment l’équilibre géographique. « A chacune des grandes régions du Vietnam correspondent des fonctions, souligne Chinh Bach Quoc de la rédaction vietnamienne de RFI. Le secrétaire général du parti qui s’occupe des questions idéologiques vient souvent du Nord. Le Sud plus commerçant, plus dynamique, est souvent la région d’origine des Premiers ministres, c’est le cas aussi pour le chef de l’Etat aujourd’hui. Enfin le Centre joue un rôle d’équilibre, c’est la région de l’actuel président de l’Assemblée nationale. »

    Une bataille entre deux hommes

    Plus qu’une querelle idéologique, c’est une bataille d’hommes qui nourrit toutes les spéculations autour de ce 12e Congrès. Depuis mardi, les lettres de dénonciations se multiplient et Hanoï bruisse de rumeurs rapportent les correspondants du bureau de l’AFP. Mais au-delà des rumeurs, l’évidence c’est que le politburo actuel est divisé. Deux camps, deux factions s’affrontent depuis plusieurs années maintenant, avec des comportements qui sortent du cadre et de l’équilibre théorique expliqué précédemment. « Vous avez d’un côté l’actuel secrétaire général du parti M. Nguyen Phu Trong qui est considéré comme conservateur, précise The Hung Pham de la rédaction vietnamienne de RFI. Et de l’autre, l’actuel Premier ministre M. Nguyen Tan Dung (au pouvoir depuis 2006) considéré par l’occident comme quelqu’un de réformiste. »

    Les ambitions du chef du gouvernement sont sur ce plan aussi claires qu’une soupe tonkinoise. Comme le Premier ministre Do Muoi dans les années 90, Nguyen Tan Dung aimerait devenir secrétaire général à la place du secrétaire général. Le problème, c’est que ce dernier s’y oppose et « cela crée des difficultés à la tête de l’appareil », indique le père Jean Maïs, de l’agence de presse Eglise d’Asie. « Un certain nombre de signes ont montré que la préparation de ce Congrès avait été difficile. Les plénums de préparation se sont multipliés et ont été d’une durée inaccoutumée, poursuit cet ancien du Vietnam âgé de 81 ans. Depuis quatre ou cinq ans, on se retrouve avec une situation inaccoutumée au Vietnam et dans les partis communistes d’origines soviétiques en général, puisque le secrétaire général n’est plus tout à fait le grand patron au sein de l’appareil. Il ne cesse de se heurter au Premier ministre et n’est pas en mesure de s’opposer à sa ligne. »

    « Décision 244 »

    Impossible de dire aujourd’hui qui va l’emporter entre ce que d’aucuns considèrent comme la vieille garde du parti, représentée par l’actuel secrétaire général et le président de la République, et le camp des supposés réformateurs, incarné par le chef du gouvernement. « Avant de devenir Premier ministre, Nguyen Tan Dung est passé par tous les postes importants du système dont il connaît toutes les arcanes, affirme Chinh Bach Quoc. Il a été infirmier dans l’armée, puis capitaine à l’époque de la guerre contre les Khmers rouges. Il est ensuite passé par la police en tant que responsable de la sécurité nationale, puis par la Banque centrale et la planification. Il connaît bien les rouages de l’économie et ce n’est donc pas possible de dire aujourd’hui avec certitude que c’est terminé pour lui. » En habile stratège politique, le Premier ministre a su se constituer des réseaux notamment au sein du comité central. En 2013, le bureau politique et Nguyen Phu Trong, le chef du Parti, ont proposé une mesure de sanction l’accusant de corruption. Une mesure qui a finalement été rejetée par le comité central.

    En même temps, cette figure charismatique dérange. « Le Premier ministre Nguyen Tan Ding est au pouvoir depuis plus de 20 ans, rappelle Benoît de Tréglodé. Deux mandats successifs de Premier ministre, précédés de deux mandats de vice Premier ministre. Et la nouveauté de ce Congrès c’est que le centralisme autour de cette personnalité puissante, riche, qui irrigue de l’intérieur l’ensemble du système vietnamien, pose problème. La nouvelle ambition de Nguyen Tan Dung qui entend devenir secrétaire général a heurté de nombreux membres du parti qui y voient une trop grande concentration des pouvoirs dans les mains d’une même personne », ajoute le coordinateur du numéro 157 de la revue Hérodote consacrée aux enjeux géopolitiques du Vietnam. D’où cette décision récente dite « 244 » prise par le bureau politique qui stipule qu’aucun nom issu du Congrès précédent ne pourrait être présenté par le nouveau Congrès réuni cette semaine, sans l’aval du bureau politique. Une manière d’écarter le Premier ministre.

    Tensions en mer de Chine

    Outre ces luttes intestines, ce 12e Congrès intervient dans un contexte géopolitique tendu, notamment en mer de Chine. « Depuis 2013, on a vu apparaître une succession de crises assez sérieuses entre la Chine et le Vietnam, explique Pierre Journoud, professeur d’histoire contemporaine à l’université Paul Valéry de Montpellier. Ces crises ont pour la première fois donné lieu à des déclarations publiques des dirigeants vietnamiens et en particulier du Premier ministre (qui n’a jamais effectué de visite officielle à Pékin pendant ses deux mandats, NDLR). Avec des positionnements qui restent souples voire ambigus, pour ne pas froisser le géant voisin tout en conservant ses distances. » Le Vietnam est à fleur de peau et manifeste régulièrement contre ce qu’il considère comme un empiètement sur sa souveraineté. C’était le cas encore ce mercredi, suite au déplacement d’une plateforme pétrolière chinoise dans des eaux contestées de la mer de Chine méridionale. Des rassemblements de la diaspora contre « l’expansionnisme chinois » sont encore prévus samedi 23 janvier notamment à Paris.

    « Ces derniers temps, le Vietnam inquiet de l’irrédentisme chinois en mer de Chine méridionale, a eu tendance à graviter davantage dans l’orbite américaine », écrit Aymeric Janier dans Le Monde. En témoignent un rapprochement militaire et la levée de l’embargo sur la vente d’armes non létale l’année dernière. En témoigne aussi la signature du Partenariat Trans-Pacifique (TPP), un accord de libre-échange régional promu par Washington. Parler d’un changement d’alliance serait pourtant une erreur. « C’est aussi sous le gouvernement actuel que la Chine est devenue le premier partenaire du Vietnam », fait remarquer Benoît de Tréglodé. « Il n’y a pas d’antinomie, les Américains ont effectivement une carte à jouer et il n’y a pas eu d’opposition en interne à un marquage économique plus ouvert sur la société internationale. Mais la Chine reste un partenaire commercial extrêmement important, insiste le chercheur de l’IRSEM. On ne peut pas parler de pro-Américains ou de pro-Chinois. Les dirigeants vietnamiens n’ont pas le choix, ils sont les deux à la fois. »

    L’ombre de la Chine

    Cette diplomatie qui joue sur tous les tableaux n’empêche pas « l’ombre du grand voisin du Nord [de] planer sur les commentaires », fait remarquer le père Jean Maïs. Et notamment après la visite du doyen de l’Assemblée nationale, Nguyen Sinh Hung, à Pékin, le 23 décembre dernier, où le numéro quatre vietnamien a rencontré le président chinois Xi Jinping. « A un mois de l’ouverture du 12e Congrès, on s’interroge sur la motivation de cette rencontre, note Eglise d’Asie. Est-elle en lien avec le futur Congrès ? Avec le choix des nouveaux dirigeants ? Avec la situation et l’état d’esprit des membres du Parti vietnamien ? ».

    Appuyé par les anciens dirigeants, « Lee Hong Anh, l’actuel secrétaire permanent du secrétariat du comité central et ancien ministre de la sécurité publique, et le président Trong Tan Sang sont perçus comme les leaders de la faction conservatrice proche de la Chine, par opposition à la faction de l’actuel Premier ministre Nguyen Tan Dung » qui selon l’analyse de The Diplomat pourrait sortir « vainqueur » de ce 12e Congrès.

    Dans ce scénario, Washington est certainement plus proche de l’actuel Premier ministre que du secrétaire général. Or les dernières rumeurs au Vietnam évoquaient au contraire la possibilité d’un maintien de Nguyen Phu Trong, le chef de Parti sortant qui a placé des alliés à des postes cruciaux ces dernières semaines. Certains allant jusqu’à pronostiquer la nomination de Tran Dai Quan, le ministre de la Sécurité publique, comme prochain président de la République. Ce qui irait dans le sens d’un bureau politique validé par Pékin. Mais pour l’instant, tout cela n’est que conjecture, dans une partie de go dont l’issue ne sera connue que dans quelques jours.

    Sur le même sujet
    Commentaires
     
    Désolé mais le délai de connexion imparti à l'opération est dépassé.