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    Asie-Pacifique

    «La dénonciation» de Bandi: qui est le mystérieux «Soljenitsyne nord-coréen»?

    media En Corée du Nord, le culte du chef initié par Kim Il-sung impose l'adoration du chef de l'Etat comme d'un dieu. REUTERS/Yuri Maltsev

    Pour la première fois, un recueil de nouvelles de fiction écrites par un dissident nord-coréen vivant toujours en Corée du Nord est publié à l’étranger. Les exemples de dissidence à l’intérieur même de la dictature nord-coréenne sont rarissimes ce qui soulève la question de l’authenticité du texte.

    A quoi ressemble la vie quotidienne dans le système le plus totalitaire de la planète ? C’est à cette question que tente de répondre « Bandi » (« luciole » en coréen), pseudonyme de l’auteur du recueil de sept nouvelles intitulées La dénonciation. Selon l’ONG sud-coréenne qui l’a fait connaître, Bandi vit en Corée du Nord, où il serait membre de la très officielle Association des Ecrivains.

    Au début des années 1990, alors qu’une épouvantable famine ravage son pays, Bandi écrit clandestinement une série de textes de fiction critiques envers le régime dictatorial de la dynastie des Kim. Des années plus tard, il parvient à exfiltrer ses manuscrits à l’aide d’une amie, qui les dissimule dans des textes de propagande. La dénonciation est publiée pour la première fois en Corée du Sud en mai 2014. Cet évènement éditorial suscite une relative indifférence, mais un intérêt considérable à l’étranger. Des traductions de ce « Soljenitsyne nord-coréen » sont attendues dans le monde entier, notamment aux Etats-Unis, au Japon, et en Grande-Bretagne. La France est le premier pays étranger à publier le recueil.

    Sept nouvelles aux univers différents

    Chacune des sept nouvelles de Bandi s’attache à décrire un aspect particulier du système totalitaire nord-coréen. Si près, si loin raconte l’épopée d’un jeune père de famille qui se voit refuser le permis de voyage interne nécessaire pour dire adieu à sa mère mourante, qui réside dans une autre province. Désespéré, il s’enivre avec un ami et sous l’effet de l’alcool, monte illégalement à bord d’un train pour tenter de rejoindre son village natal.

    Dans La ville des spectres, une famille doit affronter la sinistre police secrète (le terrifiant Bowibu) parce que leur jeune fils est effrayé par les portraits de Marx et de Kim Il-sung accrochés sur la place centrale de Pyongyang. Bandi raconte les espoirs brisés des idéalistes qui ont cru au rêve communiste (L’orme-trésor) ; le système de punition collective, qui sanctionne par exemple ceux dont un proche s’est enfui au Sud (Le champignon rouge) ; la société divisée en castes et le sceau d’infamie qui frappe ceux étiquetés comme « hostiles » (La fuite) ; le deuil obligatoire joué - ou pas ? - par un peuple entier lors de la mort du « Grand Leader » Kim Il-sung (La scène).

    L'authenticité du texte mise en doute

    L’ambition du recueil est de donner des visages humains à la vie sous la dictature. Il a été écrit il y a plus de 20 ans, c’est-à-dire avant l’émergence des marchés qui ont depuis bouleversé plusieurs aspects de la société nord-coréenne. Pour l’historien Pierre Rigoulot qui en écrit la postface, ces sept nouvelles « sont un signe furtif et masqué, mais un signe clair quand même, de ce que le totalitarisme nord-coréen a échoué. »

    La parution du livre n’a guère soulevé d’intérêt en Corée du Sud, où les récits de réfugiés venus du Nord ne surprennent plus. L’authenticité même du texte a été mise en doute, notamment parmi les intellectuels de gauche. Des doutes renforcés par l’identité de l’éditeur sud-coréen, Cho Gap-je, un ultra-conservateur très controversé.
    D’autres critiques remettent aussi en cause la valeur littéraire de l’œuvre de Bandi. « La langue est particulièrement fade. Cette médiocrité linguistique permet d’effacer les particularismes du texte et interdit d’affirmer définitivement de quel côté il a été écrit. L’hypothèse la plus vraisemblable est celle d’un Nord-Coréen écrivant au Sud », estime Patrick Maurus, professeur de littérature coréenne et traducteur Des Amis, roman écrit par un écrivain nord-coréen « officiel » (Actes Sud).

    « Un battage médiatique ridicule »

    Les protagonistes de La dénonciation ont peu de profondeur psychologique. Ils sont très purs, travailleurs et idéalistes – comme souvent dans les fictions nord-coréennes. « D’un point de vue littéraire c’est atroce. Les comparaisons avec Soljenitsyne sont un battage médiatique ridicule », tranche le spécialiste de littérature nord-coréenne B. R. Myers à la lecture de La ville des spectres. Ce professeur à l’université Dongseo à Pusan et auteur du remarqué essai La Race des Purs estime cependant que rien ne permet de remettre en doute l’authenticité de l’identité de Bandi : « la prose descriptive légèrement indigeste est typiquement nord-coréenne. Il ne s’agit certainement pas d’un faux grossier. »

    La traductrice et éditrice du recueil, Lim Yeong-hee, balaie ces critiques et loue « les immenses qualités littéraires » des textes de Bandi : « le style est assez classique, mais la construction très réussie de chacune des sept nouvelles permet de tenir en haleine le lecteur. L’auteur utilise l’ironie et beaucoup de métaphores subtiles qui sont très efficaces pour faire comprendre la souffrance des Nord-Coréens. »

    Lim Yeong-hee se dit convaincue que le recueil « a bien été écrit par un écrivain du Nord. Quelqu’un qui n’a pas vécu ces histoires ne peut pas écrire ce genre de texte ». Leur publication à l’étranger représente donc un danger pour la vie de l’auteur, qui risque de voir son identité être découverte en cas d’enquête des autorités nord-coréennes. « Selon le responsable de l’ONG qui est en contact avec lui, Bandi est très prudent » rassure Lim Yeong-hee. « Il connaît les risques et aurait affirmé être prêt à mourir. Et il continue d’écrire. »

    La dénonciation sort en librairie le 3 mars.

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