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    Asie-Pacifique

    Afghanistan: devenir femme, un combat pour la liberté [portraits]

    media Dans une rue de Kaboul. Mélanie Kominek/RFI

    Ghazal, Mahdia, Sosan. Des adolescentes comme toutes les autres, à un détail près. Leur vie d’adulte s’élance fragilement au cœur d’un pays ravagé par l’obscurantisme. Ces jeunes filles partagent les mêmes rêves que certaines Européennes de leur âge, mais leur combat s’avère beaucoup plus féroce. Bienvenue en Afghanistan, terre de toutes les interdictions, mais aussi de tous les défis lorsqu’on est une femme. Pourtant, ses ados rêvent d’en devenir une et pas n’importe laquelle.

    De notre correspondante à Kaboul,

    Du régime austère des talibans, il ne leur en reste aucun souvenir. Pourtant, elles vivent au sein d’une société culturellement meurtrie et sans grande compréhension du modèle féminin. Une cicatrice profondément inscrite dans la société afghane où le modèle de la femme libre reste à conjuguer au futur pour la plupart d’entre elles. Les menaces sur leur identité restent encore très présentes, mais cela n’effraie pas Ghazal, 16 ans, extrêmement déterminée à changer les choses : « Je rêve de devenir soldat et servir mon pays. Et même si je suis une fille, cela ne me pose aucun problème ». Un choix évidemment surprenant dans un pays où les femmes sont plutôt invitées à rester à la maison, mais sur les 195 000 soldats de la toute fraîche armée afghane, 1 300 sont des femmes. « Je viens d’une famille très conservatrice. Mes parents refusent ce choix, car en Afghanistan, une fille qui devient soldat, c’est la honte. Tout le monde coupe les ponts avec toi. Mais pour moi, il y a trop de violence envers les femmes dans ma société, et spécialement au sein des familles. C’est pourquoi je veux devenir militaire. »

    Autant dire que le discours de cette ado dont les parents refusent la scolarisation est d’autant plus surprenant quand on sait que parler à une adolescente en Afghanistan relève du défi. Alors, être mise dans la confidence, c’est presque inespéré.

    Un pays où il faut tout réinventer pour prendre sa place

    Effectivement, ici les jeunes filles sont protégées, presque cachées, et c’est toujours très brièvement qu’on les observe ou qu’on les approche. Elles craignent aussi les représailles. On n’engage pas la conversation avec une adolescente afghane dans la rue comme on le ferait à Paris ou dans la plupart des grandes villes. Et quand on arrive enfin à s’asseoir pour discuter avec l’une d’entre elles, les murs se dressent très rapidement. Timidité, peur de dire n’importe quoi ou pas trop d’idées sur la question posée. Surtout lorsqu’on leur parle de devenir une femme dans un pays où il faut tout réinventer pour prendre sa place.

    Devenir un modèle pour les autres

    Pas facile de comprendre ce qu’il se passe dans la tête de ces adolescentes, comme beaucoup d’autres d'ailleurs. Sosan, elle, pulvérise tous les superlatifs en termes de réussite scolaire. Si douée qu’elle vient de rentrer à l’université américaine de Kaboul du haut de ses 16 ans. Quand on lui pose des questions sur ses objectifs professionnels, la voilà qui bavarde dans un anglais parfait sans sourciller en évoquant même son idole de toujours, Albert Einstein. Mais quand il s’agit de parler de son désir d’être une femme, son regard se fige. Ce qui compte, c’est de devenir un modèle pour les autres. Devenir une ingénieure réputée. Changer les choses. Pour la femme en devenir, on repassera. Certaines de ses amies imaginent un autre futur pour elles. Se marier, fonder une famille. Tout simplement. Un choix très classique dans un pays où les familles n’ont guère d’autres projets que... d'agrandir un peu plus la famille. Et en Afghanistan, on évitera de contrarier ses parents. Le sujet est d’ailleurs un peu délicat. Vendues ou données en mariage très jeunes, certaines sont déjà mères à 15 ans.

    « Les filles sont courageuses et résistantes »

    Mahdia, 16 ans, en classe de première, s’exprime exclusivement en dari, sa langue natale, et paraît très timide. Mais une fois lancée, ses propos sont beaucoup plus affirmés : « Selon moi, les filles sont courageuses et résistantes. Si nous étudions et travaillons dur, nous atteindrons notre but et nous nous rendrons utiles à la société ». Pour cette jeune fille issue d’un milieu traditionnel et dont le rêve est simplement de réussir, être une femme c'est ressembler à son idole Fawzia Koofi, membre du Parlement. Et son envie de voir les femmes sur le devant de la scène est sincère : « Nous devons toutes comprendre qu’il faut travailler et être actives pour la société parce que, sans les femmes, une société ne peut pas fonctionner correctement ». Mais encore une fois, difficile de cerner comment ces ados imaginent leur féminité dans dix ans. Elles se confient toutes largement sur le rôle des femmes et de la lutte pour leurs droits. Mais étrangement, très peu au singulier. Peut-être par pudeur, ou par habitude. En tout cas, il semble qu’en Afghanistan, devenir une femme pour une adolescente de la ville, c’est avant tout devenir quelqu'un. Travailler. Mais pour beaucoup d'autres, cela ne signifie pas grand-chose à part élever ses enfants.

    Un combat quotidien pour la liberté

    La journée se termine auprès de cette jeune fille si fragile et si éloquente à la fois. Une parole si longtemps conspuée en Afghanistan. Durant le régime des talibans, les fondamentalistes interdisaient de mettre les oiseaux en cage, mais emprisonnaient sans aucun remords les femmes à la maison. Aujourd’hui, être une femme en Afghanistan reste un combat quotidien pour la liberté. Et les nombreuses burqas présentes dans les rues témoignent encore de l’emprisonnement moral de certaines. Mais ces jeunes filles représentent le futur de leur pays, elles le savent bien. Et ce n'est pas à travers le grillage de ces voiles archaïques qu'elles se projettent, mais bien à travers l'idée qu'elles se font de leur propre liberté.

     

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