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    Asie-Pacifique

    Etre femme en Inde: trois jeunes filles se construisent un avenir [portraits]

    media ©RFI/Sébastien Farcis

    Une étudiante d’un des meilleurs lycées privés de New Delhi, une adolescente d’un monde rural patriarcal et oppressif et une jeune fille issue du quartier rouge de Bombay en voie de devenir actrice. Dans un pays aux milliers de castes et classes sociales, voici trois portraits, trois perspectives et trois aspirations de jeunes femmes indiennes.

    De notre correspondant à New Delhi,

    Sumedha, lycéenne de 15 ans d’une école privée d’élite de New Delhi, veut devenir journaliste Sébastien Farcis/RFI

    Pour trouver l’entrée de sa maison, il faut d’abord savoir à quelle porte frapper. La famille de Sumedha possède tout un angle d’une rue du quartier de Rajouri Garden, dans l’ouest de New Delhi. La grande lycéenne de 16 ans, fille d’industriels aisés, sait qu’elle est privilégiée. D’abord, elle étudie dans la Delhi Public School, une école privée d’élites d’où sont sortis certains grands entrepreneurs et hommes politiques indiens. Et surtout, ses parents la laissent libre de suivre sa voie littéraire, à l’inverse de beaucoup de familles indiennes qui ne croient que dans les sciences et l’ingénierie. « Je suis très sociable et expressive, j’écris très bien. Donc le journalisme est fait pour moi », avance-t-elle d’une voix douce et confiante, dans un anglais parfait.

    Sumedha, le regard rêveur, écrit également de la poésie et joue de la guitare basse, qu’elle étudie avec son oncle qui tient une école de musique au rez-de-chaussée de leur grande bâtisse. « Je suis très reconnaissante envers mes parents, car ils me laisseront choisir mon mari, même s’il n’est pas de notre caste ». Cependant, Sumedha est prête à se battre pour aller jusqu’au bout de sa volonté d’indépendance : « Je veux faire des reportages de voyages, découvrir de nouvelles cuisines, rencontrer de nouvelles personnes. Et avoir plus de tampons sur mon passeport que de biens dans ma maison, proclame-t-elle. Or en Inde, on ne laisse pas les femmes voyager toutes seules. Notre liberté est vraiment limitée. Mais je lutterai, affirme Sumedha. Car je suis une féministe invétérée ».

    La lutte pour sortir de son village

    Sakunat, jeune musulmane de 15 ans d’un village de l’Haryana, situé à 40km de New Delhi, a réussi à convaincre sa famille de sortir de son village pour continuer ses études. Sébastien Farcis/RFI

    A seulement 60 km de ces beaux quartiers, Sakunat ignore ce qu’est le féminisme, le journalisme ou même le fait d’avoir de l’électricité en continu. Mais cette fille timide de 15 ans vient d’obtenir un droit qui pourrait bien révolutionner sa vie : celui de sortir de son village, où l’école s’arrête à la 4e, pour continuer étudier à Sohna, à 10 km de chez elle. Sakunat vient d’une famille musulmane très conservatrice de Hirmathla, un village aux maisons et rues en terre de l’Haryana, Etat frontalier de New Delhi particulièrement patriarcal: il a enregistré en 2011 le plus grand déséquilibre de naissances entre les garçons et filles, à cause d’une pratique répandue d’avortements de fœtus féminins. Ses grands-parents étaient ainsi farouchement opposés à ce qu’elle aille à l’école de Sohna – toutes les femmes du village restent au foyer, affirment-ils. Sa mère, elle, ne s’est jamais rendue à New Delhi. Mais Sakunat est une très bonne élève, alors les voisins font pression. Et au terme d’une lutte intense, Sakunat peut rejoindre, depuis quelques mois, les 90 autres écoliers de sa classe de 3e, à Sonha. « Je découvre plein de nouvelles choses sur le chemin, murmure la jeune fille, d’une voix enfantine à peine audible. Et les gens parlent un bon hindi », explique-t-elle dans son dialecte local, l’haryanvi.

    L’étudiante, que les parents devraient marier vers 17 ou 18 ans avec un homme de leur choix, se prend maintenant à rêver d’un avenir qui dépasse les murs de la cuisine. « J’aimerais être docteur. Il n’y en a pas dans le village et un voisin a eu des problèmes quand il était malade. Je souhaiterais pouvoir aider ces personnes. » Elle a un espoir pour y arriver : sa belle-sœur a commencé à montrer la voie, en poursuivant des études supérieures. Sakunat rabaisse rapidement la tête, couverte de son voile en laine. Mais on peut deviner un sourire qui vient de naître sur ses lèvres, comme une fleur de printemps après un long hiver.

    Du quartier rouge aux rampes de Bollywood

    Rani, 15 ans, a grandi dans le quartier rouge de Bombay. Et elle se bat aujourd’hui pour devenir actrice à Bollywood afin d’effacer cette origine dénigrée. Sébastien Farcis/RFI

    La grande vie urbaine, Rani la connaît bien. Trop bien, même. La fille à la peau sombre de 15 ans a grandi à Kamathipura, le quartier rouge de Bombay. Pendant quelques années, sa mère a dû y faire des passes pour payer les soins de son mari malade, le père de Rani, avant que celui-ci ne décède. Depuis, cette jeune femme pétillante se démène pour effacer cette origine, qui la marque comme un statut de paria aux yeux de la société indienne puritaine. Des écoles l’ont refusée, le voisinage l’évite. Mais grâce à Kranti, une association d’aide à ces filles du quartier rouge, Rani brûle la vie par les deux bouts pour effacer cette empreinte : dans le foyer de l’ONG où elle loge avec quatorze autres jeunes au même passé, elle pratique la méditation, le yoga, et suit à distance les cours de terminale, avec un an d’avance sur son âge.

    Et surtout, Rani fait du théâtre. Elle a déjà joué dans deux pièces, montées avec Kranti et présentées en Inde, au Népal et aux Etats-Unis, qui racontent leur histoire dans ce quartier rouge. « Grâce à ces pièces, mon passé n’est plus ma faiblesse, mais ma force », lance Rani d’un ton ferme et assuré. « Je veux donc devenir une actrice à Bollywood. Et je veux y arriver le plus rapidement possible, pour prouver à tous ceux qui me dénigraient qu’une fille de Kamathipura vaut plus que ce qu’ils pensaient », conclut-elle, confiante.

     

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