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    Asie-Pacifique

    Cinq ans de Fukushima: témoignages de Français du Japon

    media Une minute de silence est observée dans la ville de Minamisanriku, en mémoire des victimes du séisme qui a frappé le Japon en 2011, le 11 mars 2016. REUTERS/Kyodo

    C’était le 11 mars 2011, la terre se mettait à trembler au Japon. L’un des séismes les plus violents de l’histoire, suivie par un tsunami qui a ravagé les côtes au nord-est de l’Archipel. La suite on l’a connait : l’arrêt automatique des réacteurs de la centrale de Fukushima Daiichi, la perte accidentelle de l’alimentation électrique et l’accident nucléaire. Cinq ans après, Fukushima reste dans toutes les mémoires au Japon y compris chez les expatriés.

    Comme l’ensemble des Japonais, tous les Français du Japon se souviennent avec précision où il se trouvait et ce qu’ils faisaient le vendredi 11 mars 2011 à 14h46. Ils se souviennent aussi de cet enchainement destructeur, « imprévisible » dira quelques jours plus tard l’empereur du Japon.

    Ce souvenir d’une triple catastrophe : un séisme force 9 et ses répliques qui vont durer près d’un mois ; le tsunami et cette énorme vague, presque aussi haute que celle du célèbre peintre Hokusaï, qui va avaler des villes entières et transformer, pianos, voitures, trains, maisons, navires et avions de ligne en simples jouets ballotés par les eaux, tout cela en direct sur les écrans des télévisions du monde entier ; puis, le lendemain samedi, de la fumée qui s’échappe de la centrale de Fukushima Daiichi, début d’un accident nucléaire qui rappellera celui de Tchernobyl.

    Catastrophe invisible

    Jannick Magne donnait à l’époque des cours de français à la télévision japonaise. Elle était en studio au moment où l’alerte tremblement de terre a retenti.

    « C’est effroyable », se souvient cette conseillère consulaire. Avec déjà 37 ans d’Archipel au compteur, la plaie est encore vive. « On était en train de tourner, et on a vu autour de nous les caméras se déplacer toutes seules. On a vu ces immenses projecteurs de studio qui font une tonne chacun se balancer de droite et de gauche. Les techniciens nous lançaient : vite, vite vous sortez ! Quand j’en parle, j’en ai encore la chair de poule », se souvient l’expatriée.

    Les murs qui tremblent jusqu’à Tokyo, les écrans géants dans les rues comme sonnées par le tsunami qui a englouti une partie de la côte Est, et puis la catastrophe atomique qui s’installe, lentement mais sûrement, invisible, mais ô combien angoissante.

    « De jour en jour, il y avait de nouvelles complications, de nouveaux bâtiments de la centrale qui explosaient, raconte Jannick, aujourd’hui professeur dans une université de la capitale japonaise. On savait très bien qu’on ne nous disait pas la vérité. C’était donc encore une fois quelque chose d’effroyable. Outre la peur des éléments naturels, il y a eu cet accident nucléaire et on se rendait compte à ce moment-là que personne ne maitrisait rien du tout. C’était un peu comme si notre vie nous échappait. »

    « C’était l’apocalypse »

    Maud avait 23 ans à l’époque. Elle revenait de ses cours de Japonais et venait de se mettre à table quand la terre s’est mise à trembler : « Je ne pouvais même pas me mettre debout, tout s’écroulait dans l’appartement. C’était la panique, je suis entrée dans une crise d’hystérie. Heureusement, que mon petit ami japonais de l’époque était là pour me calmer. J’étais dans un tel état second que sans lui, j’aurai pu me jeter par la fenêtre. »

    La jeune femme poursuit : « Ensuite pendant les trois ou quatre jours qui ont suivi c’était l’apocalypse. On nous disait qu’il ne fallait pas sortir de chez nous, l’eau était pratiquement introuvable. Je me souviens qu’on a rempli la baignoire et les éviers pour faire des réserves. Les télévisions disaient aussi de ne pas sortir s’il pleuvait, par crainte des pluies radioactives. On s’attendait au pire. »

    Cinq ans après, l’accident de Fukushima est toujours en cours. Même si le cœur des réacteurs a fondu et est enfoui sous terre, des combustibles radioactifs restent présents dans les piscines de désactivation. Plus de 19 000 personnes ont péri dans les environs de la centrale, et il reste la question des réfugiés. Hormis les plus de soixante ans, beaucoup de familles hésitent à revenir dans les villes et villages contaminés avec des taux de contamination qui, par endroits, demeurent vingt fois supérieurs à la radioactivité considérée acceptable par l’Organisation mondiale de la santé.

    Le retour des « Flyjin »

    Après l’effroi, l’angoisse. À mesure que les explosions se succèdent à la centrale de Fukushima, le prix des billets d’avion s’envole et les Shinkansen font le plein. Les expatriés, les journalistes embarquent dans les TGV direction le sud de l’Archipel : Osaka, Kyoto. Avant d’aller plus loin.

    Maud est allée passer quelques semaines en Corée du Sud. Jannick a choisi la Nouvelle-Calédonie. Après quelques jours à Osaka, Ben est lui partit en France pendant trois semaines avant de revenir à Tokyo. Des étrangers qualifiés parfois de « Flyjin » à leur retour, jeu de caractères autour des termes « voler » en anglais et « Gaijin » en japonais qui signifie étranger.

    Cinq ans plus tard, affirme cet ingénieur français qui parle parfaitement le japonais, il y a toujours un AVANT et un APRES Fukushima : « Il y a eu un dénigrement des étrangers. Des reproches ont été exprimés directement face à ceux qui revenaient, ce qui est rare dans un pays où la réserve est de mise et où l’on exprime rarement ce qu’on ressent notamment vis-à-vis des étrangers. Là, les Japonais nous reprochaient de les avoir abandonnés. On nous disait qu’il ne fallait pas partir, que la situation était maîtrisée. Au niveau de mes connaissances, il y a eu clairement un avant et un après, j’ai perdu les trois quarts de mes amis Japonais après Fukushima. »

    Fukushima, en mars 2013, REUTERS/Kyodo/Files

    Psychose alimentaire

    Quelles traces de la catastrophe chez les expatriés cinq ans après ? Tout le monde n’a pas vécu ce bouleversement relationnel décrit par Ben et ce mépris des « Flyjin », ces étrangers accusés d’avoir quitté le navire Japon dans la tourmente. Jannick affirme ainsi n’avoir rien vécu de tel avec ses collègues japonais de l’université où elle enseigne.

    Beaucoup d’étrangers ne sont pas revenus au Japon après la catastrophe, ce qui n’est pas le cas de nos trois témoins. En 2014, 7561 Français étaient inscrits au registre des Français établis hors de France, dont 6055 à Tokyo et 1506 à Kyoto. Pour beaucoup d’entre nous, ce sont des « petites choses du quotidien » qui ont changé confie Maud. La triple catastrophe accélère l’existence, densifie la vie et rend aussi plus sceptique. À 28 ans, la jeune Française a deux jumelles qu’elle élève toute seule suite au divorce avec son mari japonais. « On fait attention à tout et notamment à l’alimentation, on se méfie », confie-t-elle.

    Un doute qui concerne aussi le redémarrage des centrales. À la veille de ce triste anniversaire, le Premier ministre nippon, Shinzo Abe, a répété que le Japon « ne pouvait pas se passer de l’énergie nucléaire ». L’AFP a fait les comptes : il reste aujourd’hui 43 réacteurs potentiellement exploitables dans l’Archipel (contre 54 avant l’accident de Fukushima). Seuls deux d’entre eux sont en services. Pour la communauté française, comme pour une bonne partie de l’opinion japonaise, cinq ans après la catastrophe la méfiance vis-à-vis du nucléaire n’a pas disparue.

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