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    Asie-Pacifique

    Chine: l’aristocratie rouge au cœur des «Panama Papers»

    media La firme panaméenne Mossack-Fonseca compte pas moins de huit bureaux en Chine et ses filiales n’ont pas chômé ces quinze dernières années. REUTERS/Bobby Yip

    Et si les « Panama Papers » étaient un scandale chinois ? Selon le quotidien britannique The Guardian ce jeudi, un tiers des sociétés-écrans établies par le cabinet au cœur des révélations sur l’évasion fiscale publiées par le Consortium international des journalistes d’investigations (ICIJ), étaient à l’initiative de ses bureaux en Chine ! Un scandale qui éclabousse l’aristocratie rouge.

    Si ce n’est toi, c’est donc ton beau-frère. Le scandale des « Panama Papers » a fait une première victime en Chine, ironisent les réseaux sociaux ce jeudi.

    Les caractères « Jie » et « Fu », qui en mandarin signifient « beau-frère » ont totalement disparu des écrans. Les termes ont été censurés de l’équivalent du Twitter chinois, comme d’ailleurs le pays d’où est venue la tempête ; le mot « Panama » a lui aussi été rayé, sinon de la carte du moins des moteurs de recherches par les censeurs.

    Pourquoi « beau-frère » ? Tout simplement parce que Deng Jiagui fait partie des noms qui reviennent dans ces révélations planétaires du consortium des journalistes, et Deng Jiagui n’est autre que le beau-frère de l’actuel chef de l’Etat Xi Jinping. Un homme qui a dirigé deux firmes enregistrées aux îles Vierges britanniques pendant un an et demi, ces deux sociétés-écrans ont été dissoutes juste avant l’intronisation de Xi à la tête du Parti communiste chinois en 2012.

    Huit « empereurs rouges » visés par les révélations

    Parmi ces noms figurent des personnages importants des familles dirigeantes. La plupart sont issus de la noblesse communiste dont huit membres, anciens ou actuels, du tout-puissant comité permanent du Bureau politique du Parti communiste chinois selon l’ICIJ. C’est ici la tête de la pyramide, ceux qu’on surnomme parfois les « empereurs » de la Chine moderne qui sont visés. Les dirigeants chinois sont prudents. Rares sont ceux qui sont directement impliqués dans ces mouvements de fonds vers l’étranger, ceux qui osent s’y risquer comme l’ancien patron de la sécurité publique, Zhou Yongkang, en ont payé les conséquences, note Andrew J Nathan dans ChinaFile.

    Ce sont généralement les proches des hauts responsables communistes qui jouent les intermédiaires. Exemple avec le gendre de Zhang Gaoli, actuel membre du comité permanent du PCC - l’un des sept hommes les plus importants de Chine -, dont le gendre apparait dans les fichiers du cabinet Mossack-Fonseca selon la BBC. Même chose pour Liu Yunshan, membre lui aussi de l’actuel politburo et dont les proches sont également cités dans ces révélations.

    Cet attrait des hauts responsables communistes pour les paradis fiscaux n’est pas nouveau. Il n’épargne aucun clan. Libéraux et conservateurs sont concernés par ces révélations. Dans le clan opposé au chef de l’Etat, revient notamment le nom de Gu Kailai. L’ex-épouse du maire de Chongqing et ancien ministre Bo Xilai a été condamnée à la prison à vie pour le meurtre d’un ressortissant britannique et pour corruption. Une partie des avoirs de la famille figurait dans les fichiers du cabinet panaméen, dont une villa du sud de la France qui a beaucoup fait parler les journaux chinois lors du procès.

    Parmi les noms qui tonnent encore aux oreilles du pouvoir chinois : Li Xiaolin surnommée « la reine du pouvoir » et fille d’un certain Li Peng, ancien Premier ministre qui a dirigé la répression du Printemps de Pékin en 1989. On trouve également, à l’inverse, le fils de Hu Yaobang, l’ex-secrétaire général du parti, écarté du pouvoir après avoir soutenu les revendications des étudiants de Tiananmen.

    Censure d’Etat

    Depuis lundi, la censure veille au grain à Pékin. Si les autorités répètent qu’elles n’ont rien à cacher, elles le cachent quand même, souligne le Wall Street Journal. Le faisceau de la chaine CNN a plusieurs fois été interrompu.

    La Chine est même l’un des seuls pays où la presse ne parle pas des « Panama Papers », poursuit The Atlantic. Car si officiellement rien n’interdit de placer son argent dans des sociétés offshores, ces révélations font désordres. Elles arrivent en pleine campagne anticorruption, une campagne d’une virulence jamais atteinte et lancée par l’actuel chef de l’Etat. Depuis son arrivée au pouvoir, Xi Jinping ne cesse de répéter que les dirigeants doivent être exemplaires, qu’ils doivent faire preuve de simplicité et de sobriété. Les frasques et la débauche de luxe au sein du parti sont aujourd’hui officiellement réprimées.

    L’appétence des dirigeants chinois pour les paradis fiscaux s’explique notamment par le fait que c’est la seule manière de dissimuler une fortune trop voyante et pas toujours légalement acquise. La Chine continentale et Hong-Kong étaient donc visiblement la grosse affaire de Mossack-Fonseca. La firme panaméenne compte pas moins de huit bureaux en Chine et ses filiales n’ont pas chômé ces quinze dernières années. Pas moins de 16 300 sociétés offshore, selon The Guardian, ont été enregistrées par le cabinet pour ses clients chinois, soit 29% du total des sociétés qu’il a établies à travers le monde. D’autres noms devraient ainsi sortir du chapeau dans les jours qui viennent et on a l’impression que le pouvoir chinois regarde la bobine se dévider en se contentant pour l’instant de censurer l’information.

    Linge sale et famille régnante

    Cette affaire est gênante pour le chef de l’Etat chinois puisque son beau-frère est impliqué dans le scandale. La fortune cachée de la famille du numéro un chinois avait déjà été épinglée dans une enquête de l’agence Bloomberg il y a quelques années, même chose pour celle des proches de l’ancien premier ministre Wen Jiabao dans le cadre d’une enquête du New York Times. A l’époque, le pouvoir avait taxé nos confrères de manipulation et d’agir pour le compte de services étrangers ou de clans rivaux qui auraient fourni les informations à la presse occidentale. Les mêmes arguments ont été employés par le quotidien anglophone proche du pouvoir,The Global Times dans son éditorial mardi.

    Le PCC aime laver son linge sale en famille, il a horreur du scandale qui pourrait briser « l’harmonie ». Certains analystes estiment dans le même temps que ces révélations pourraient servir les intérêts du clan au pouvoir s'il parvient à contrôler la communication. Les « Panama Papers » viennent en effet conforter l’idée que le Parti communiste chinois est totalement gangréné par la corruption. Cela va donc dans le sens de la campagne lancée par le numéro un chinois et cela pourrait lui servir contre ses ennemis pour sa reconduction au prochain congrès.

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