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    Asie-Pacifique

    Bangladesh: trois ans après le Rana Plaza, les ouvriers du textile dans la rue

    media Cette jeune fille porte la photo de sa mère décédée lors du drame du Rana Plaza, ce dimanche 24 avril à Dacca. MUNIR UZ ZAMAN / AFP

    Il y a trois ans jour pour jour, un bâtiment nommé Rana Plaza s'effondrait dans la banlieue de Dacca, au Bangladesh. Quelque 1 135 personnes, principalement des ouvriers du textile, ont péri dans ce qui est désormais considéré comme l'un des accidents industriels les plus meurtriers de l'histoire contemporaine. Le Bangladesh est le deuxième exportateur de vêtements au monde. Aujourd'hui une grande partie de ses usines de confection font l'objet d'inspections bien plus minutieuses. Mais la situation est loin d'être parfaite.

    Avec notre envoyé spécial à Dacca,  Sébastien Farcis

    Ce dimanche 24 avril 2016, une centaine d'opérateurs et opératrices de machines à coudre ont défilé à Dacca en ce jour travaillé au Bangladesh. Ils réclament davantage de sécurité dans toutes les usines. « Les accidents sont évitables » ; « Les usines ne doivent pas être des mouroirs » ; les pancartes portées par les participants sont claires. En tête du cortège : Kalpona Akter, directrice du Centre bangladais pour la solidarité envers les travailleurs.

    Pour elle, le drame du Rana Plaza doit servir à réformer le secteur en profondeur. « Nous voulons que les lois soient modifiées. Car aujourd'hui, si un travailleur meurt dans un accident, sa famille ne reçoit que 100 000 takas, soit 1 200 dollars. Cela doit être élevé à 5 millions de takas. Ainsi, les propriétaires auront peur de payer et vont sécuriser spontanément leurs usines. » Car si la situation s'améliore par endroit, cela concerne surtout les usines couvertes par les inspections du mécanisme surnommé « Accord ».

    Plus de 200 marques, principalement européennes, se sont ainsi engagées jurifiquement et financièrement à rénover les fabriques qu'elles engagent. Mais dans les autres usines qui représentent la moitié d'entre elles, les conditions sont toujours précaires. A Dacca, une travailleuse confie qu'elle a dû se battre pour faire changer les extincteurs et que des montagnes de tissu s'empilent régulièrement dans les escaliers, ce qui empêcherait toute évacuation rapide en cas d'incendie.

    La galère des survivants

    Cette lutte est d'autant plus difficile qu'il est encore très compliqué de créer un syndicat dans ces manufactures, et que tout ouvrier qui réclame se retrouve mis à l'écart ou privé d'une partie de sa paie. Une retenue difficile à supporter pour ces travailleurs dont le salaire minimum est de 60 euros par mois.

    Et puis, il y a les survivants du drame, plus invisibles, et qui peinent à reprendre le travail. La moitié de ces victimes du Rana Plaza sont au chômage aujourd'hui, principalement en raison de graves blessures ou de traumatismes psychologiques. Certains ont des maux de dos, de tête ou d'épaule. D'autres ouvriers ont eu la colonne vertébrale touchée par la chute d'un pillier ou d'une brique.

    Ces travailleurs doivent donc recevoir une aide médicale à vie. Quasiment aucune de ces quelque 2 500 personnes blessées au Rana Plaza ne se sent capable de travailler à nouveau dans un bâtiment fermé, de peur qu'il s'effondre. Selon un sondage, seulement 5 % des survivants se disent prêts à travailler à nouveau dans une usine de confection textile. La grande partie a reçu une indemnisation de 300 à 400 euros, ce qui est trop peu pour se soigner et survivre pendant des années.

    → Écouter sur RFI le reportage international de notre correspondant : Le Bangladesh, trois ans après le drame du Rana Plaza

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