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    Asie-Pacifique

    Le Dr Afridi, informateur de la CIA sur Ben Laden, croupit toujours en prison

    media Photo non datée ni localisée du docteur Shakil Afridi. REUTERS/Geo News via Reuters

    Le médecin pakistanais Shakeel Afridi, qui aida la CIA à localiser Oussama Ben Laden dans sa maison d'Abbottabad, a été arrêté par les autorités pakistanaises le 23 mai 2011. Cinq ans après, il dort toujours en prison à Peshawar, oublié, et victime, selon ses proches, de manoeuvres diplomatiques entre Washington et Islamabad.

    Le cerveau des attentats du 11 septembre 2001 a été abattu le 2 mai 2011, par les forces spéciales américaines lors d'un raid à son domicile d'Abbottabad, une petite ville de garnison pakistanaise du nord du pays qui abrite l'académie militaire du pays.

    L'assaut sur le QG et la « neutralisation » de Ben Laden qui s'en est suivi ont été facilités par un homme, Shakeel Afridi, docteur de son état. Agé d'une cinquantaine d'années, le mdécein avait organisé une fausse campagne de vaccination contre l'hépatite C, dans le but de recueillir un échantillon ADN dans le complexe habité par Ben Laden.

    Cette spectaculaire intervention étrangère fut vécue comme une humiliation au Pakistan, laissant des traces profondes dans ses relations avec les Etats-Unis et compliquant d'autant le cas du docteur.

    Les détails de la manière dont la CIA a contacté Afridi demeurent flous - la presse pakistanaise a affirmé que des responsables de l'ONG avec laquelle il travaillait, Save the Children, ont servi d'intermédiaires, mais l'ONG a démenti. L'intéressé a lui-même reconnu son implication dans une interview à la chaîne américaine Fox News en 2012. En revanche, il a affirmé par la suite ne pas avoir été informé du but de l'opération et avoir refusé de fuir le pays quand cela lui a été demandé. L'aide d'Afridi a également été confirmée par l'ancien secrétaire américain à la Défense, Leon Panetta.

    Shakeel Afridi a été arrêté par l'ISI, les puissants services de renseignements pakistanais, vingt-et-un jours après le raid et inculpé. Le médecin a été jugé pour « implication dans des activités hostiles à l’Etat », plus concrètement, pour ses liens avec un groupe islamiste armé - chef d'inculpation largement fantaisiste -, et condamné à une peine de 33 ans de prison, réduite par la suite à 23 ans.

    « Bouc-émissaire »

    La procédure est aujourd'hui enlisée. Un procès en appel, débuté en 2014, a été ajourné des dizaines de fois. Plusieurs groupes de défense des droits de l'homme ont tiré la sonnette d'alarme, exigeant un procès transparent. « Je n'ai aucun espoir de le voir, je n'attends plus rien de la justice », se lamente Jamil Afridi, son frère aîné, qui s'est confié aux journalistes de l'Agence France-Presse dans un lieu tenu secret car il se sent menacé.

    Le médecin continue de recevoir des visites de sa femme et de ses enfants tous les deux mois environ, selon l'avocat. Mais en dépit d'une décision de la Haute cour de Peshawar accordant également un droit de visite à ses frères et soeurs, son frère Jamil s'est constamment vu barrer l'accès.

    « Shakeel est devenu un bouc émissaire », estime un militant des droits de l'homme, Zar Ali Khan Afridi, sans lien de parenté avec le médecin. « Il a été impliqué dans un cas qui n'a rien à voir » avec son affaire, estime-t-il.

    Selon son avocat, Qamar Nadeem, le docteur est détenu à l'isolement dans une petite pièce et malgré cette précaution, sa vie reste menacée. En effet, la prison de Peshawar renferme également des centaines de terroristes, fervents partisans d'Oussama Ben Laden qui attendent la première occasion pour venger la mort de leur ancien chef. Me Nadeem, qui lui-même n'a plus accès à son client depuis deux ans, est son second conseil. Le premier, Samiullah Afridi, avait renoncé à le défendre et avait fui le Pakistan en raison de menaces des talibans, avant d'être finalement tué lors d'une visite au pays en mars 2015. Pour Me Nadeem, son client ne peut guère espérer se tirer d'affaire sans pression des Etats-Unis. « Mais jusqu'ici ils n'ont pas fait preuve de soutien », regrette-t-il.

    Realpolitik

    Cela n'a pas toujours été ainsi. En 2012, un comité du Sénat américain avait symboliquement voté une réduction de 33 millions de dollars de l'aide américaine accordée à Islamabad, soit un million par année de prison infligée au Dr Afridi dans la première sentence.

    Mais la pression américaine s'est depuis étiolée à mesure que se resserraient les liens avec Islamabad et que d'autres dossiers sensibles surgissaient, estiment des experts. Si le docteur Afridi n'est probablement pas oublié de l'administration américaine, il semble évident que la realpolitik a pris le dessus sur le sort de l'informateur qui a permis l'élimination de l'ennemi numéro 1 du monde occidental durant la décennie 2000.

    (Avec AFP)

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