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    Asie-Pacifique

    Un «Dirty Harry» pour les Philippines?

    media Le candidat Rodrigo Duterte dans un bureau de vote de Davao, la ville dont il est le maire, située dans le sud des Philippines, ce lundi 9 mai 2016. REUTERS/Erik De Castro

    Les bureaux de vote viennent de fermer. Cinquante-cinq millions de Philippins étaient appelés aux urnes ce lundi pour élire gouverneurs, sénateurs et députés. Mais le scrutin qui occupe le plus l’espace médiatique est bien celui du président, avec l’élection du successeur de Benigno Aquino, trente ans après la chute du dictateur Marcos. Car le candidat en tête, selon les premiers résultats partiels portant sur plus de la moitié des suffrages, propose des solutions pour le moins radicales dans cet archipel de plus de sept mille îles et cent millions d'habitants, en majorité catholiques.

    Depuis 1986, la situation économique des Philippines s'est considérablement améliorée, le pays n’est plus considéré comme « l’homme malade » de la région, plutôt comme le prochain tigre asiatique : le président sortant Benigno Aquino a réussi à restaurer la confiance des investisseurs étrangers, notamment Américains. Et la lutte contre la corruption a permis au pays d’avancer, en passant selon les critères de Transparancy International de la 131e à la 95e place. Aquino a aussi réussi à signer un accord avec le plus important des groupes rebelles musulmans dans le sud, le Front Moro islamique de libération.

    Mais la campagne présidentielle a totalement évacué ce bilan, « piratée » en quelque sorte par le candidat Rodrigo Duterte et ses déclarations à l’emporte-pièce.

    « Dirty Harry » Duterte

    Rodrigo Duterte s’est fait connaître en emportant en 1988 la mairie de la quatrième ville du pays, Davao, dont il a été maire à plusieurs reprises pendant un total de vingt années. « Dirty Harry » Duterte, comme on l’a vite surnommé, en référence au personnage de l'inspecteur Harry incarné par Clint Eastwood, a hérité d’une ville gangrénée par la criminalité et les trafiquants de drogue, mais aussi par les rébellions musulmanes – nous sommes dans le sud du pays, l’île de Mindanao.

    Il met en place une politique sécuritaire extrêmement brutale, et en fait la ville la plus sûre du pays. Mais il est accusé d’avoir pour cela créé des « escadrons de la mort » qui auraient tué plus de mille personnes. Aujourd’hui, tour à tour, Duterte reconnaît avoir créé ces escadrons, affirmant au passage avoir tué encore plus de personnes qu’indiqué par les organismes de défense des droits de l’homme, ou nie tout lien avec eux.

    Davao a été sa vitrine pendant la campagne présidentielle, son programme, puisqu’il affirme que s’il est élu il règlera la criminalité dans le pays en six mois en ordonnant aux forces de sécurité d’abattre les criminels. Et il prévient qu’à la fin de son mandat il amnistiera ses hommes et s’autoamnistiera… Promesse aussi d’en finir avec la corruption (une promesse commune aux quatre autres candidats).

    Mais Duterte va plus loin : il a prévenu que s’il devenait président et que les députés ne lui obéissaient pas, il fermerait le Parlement. Il prévoit aussi éventuellement de créer un gouvernement révolutionnaire qui pourrait réécrire la Constitution.

    33% des voix

    Autant de propositions qui glacent d’effroi le président sortant, qui n’a pas hésité à le décrire comme un dictateur en puissance et qui a même demandé aux autres candidats, trois jours avant les élections, de se liguer contre lui.

    Car Rodrigo Duterte fait la course en tête, malgré un départ tardif : vendredi, le dernier sondage le créditait de 33% des voix, loin devant sa première concurrente, la sénatrice Grace Poe.

    Malgré son programme politique plutôt vide, l’homme séduit : d’abord parce qu’il ne fait pas partie de l’establishment, explique Sophie Boisseau du Rocher chercheuse à Asia Centre. Selon elle, cette campagne a surtout montré que les Philippins en ont assez de ces familles, ces « clans » qui se partagent le pouvoir et les fruits de la croissance économique. « Aux Philippines on est proche du contexte féodal, où quelques grandes familles occupent l’espace politique, l’espace citoyen », explique la chercheuse, qui souligne une « erreur de casting » du président sortant qui a choisi comme candidat Mar Roxas, un pur produit de l’establishment dont le grand-père a été président dans les années 1950.

    « Les Philippins ont l’impression qu’on leur ressert toujours la même soupe », ce qui laisse l’espace libre à un candidat comme Duterte qui leur promet d’une certaine façon de lutter contre cet establishment. Pour autant estime Sophie Boisseau du Rocher, cet espace politique que les Philippins désirent reconquérir, « Dirty Harry » Duterte pourrait les en priver, si l’on s’en tient à ses déclarations.

    Un « grand jeu »

    Les Philippins semblent aussi avoir été séduits par l’énormité des déclarations de Duterte (« tuer tous les criminels »). Ses promesses sécuritaires pourraient d’ailleurs laisser penser que le pays est à feu et à sang, il n’en est rien : à part l’île de Mindanao dans le sud et ses rébellions musulmanes, ainsi que quelques rares zones dans le reste du pays, le degré de sécurité est le même que partout ailleurs dans l’Asie du Sud-Est.

    Mais les Philippins aiment les « grandes gueules », explique David Camroux, chercheur au CERI-Sciences-po. Beaucoup adorent ses plaisanteries graveleuses, ses allusions à ses infidélités, et son côté macho qui le rapprochent de l’Américain Donald Trump. En encore plus violent : il y a trois semaines, évoquant le cas d’une religieuse australienne violée et tuée dans sa ville à la fin des années 1980, il avait indiqué que le président aurait dû « passer d’abord ». Emoi des ambassades australiennes et américaines dans le pays, à qui Duterte a dit de « la fermer », indiquant que s’il devenait président, les liens avec ces pays pouvaient très bien se distendre.

    « Mais ça plaît à une partie de la population philippine qui voit la politique comme un grand cinéma », explique David Camroux : « Ce n’est pas pour rien qu’à part les grandes familles des dynasties politiques, ceux qui arrivent au pouvoir sont des acteurs de cinéma comme Estrada, comme le père de la candidate Grace Poe, lui aussi acteur de cinéma et ancien candidat à la présidentielle. Il y a aussi l’exemple du champion du monde de boxe à Mindanao qui est sénateur. »

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    La famille Marcos

    C’est donc cette nouvelle vague d’hommes et des femmes politiques - qui se sont construits grâce aux médias - qui fait pièce aux grandes dynasties dont beaucoup de Philippins ne veulent plus. Ce qui ne les empêche pas de mettre le fils du dictateur Marcos, chassé par la population en 1986, en bonne position pour remporter l’élection au poste de vice-président.

    Ferdinand Marcos Junior, 58 ans, qui ne renie absolument pas les actions de son père. « Beaucoup de jeunes qui votent sont nés après 1986 », explique David Camroux, « ils ont peu de connaissance sur cette période, on en parle très peu dans les livres d’histoire, dans les écoles et dans les lycées ». Le chercheur souligne également une sorte de « nostalgie » de « l’ordre » qui régnait sous Marcos. Son nom a ainsi déjà permis à Ferdinand Marcos Jr de devenir gouverneur de l’île d’Ilocos Norte, un poste qu’occupe actuellement une de ses sœurs – ce lundi elle devrait y être réélue pour la troisième fois. Et sa mère devrait remporter un troisième mandat de parlementaire dans la même région.

    → A (RE) LIRE : Philippines: 30 après sa chute, le clan Marcos est toujours là

    Une croissance forte, mais une population lasse…

    En bonnes positions pour devenir respectivement président et vice-président, un homme qui promet de tuer des dizaines de milliers de criminels et le fils d’un dictateur qui explique que certes, il y a eu des violations des droits de l’homme lors du règne de son père, mais qu’ « il y a des abus généralisés sous tous les gouvernements. » Les Philippines vont-elles tellement mal qu’une partie de ses habitants ressentent le besoin de se tourner vers eux ?

    En fait, si la présidence Aquino est généralement considérée comme une réussite, avec 5 à 6% de croissance, les fruits de cette croissance ne sont pas distribués, avec toujours entre un quart et un tiers de la population qui vit sous le seuil de pauvreté et « des différences de richesses qui sont scandaleuses », explique David Camroux : « c’est pour cette raison qu’on souhaite un homme providentiel, autoritaire, pour mettre de l’ordre et amener un peu d’égalité dans ce pays ».

    Combien de candidats ? Oh mon dieu je n'arrive pas à compter! Je sais juste que j'ai voté pour 12 sénateurs, le président, le vice-président, le maire, les conseillers municipaux...

    Dans un bureau de vote de Manille 09/05/2016 - par Marianne Dardard Écouter

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