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    Asie-Pacifique

    Il y a cinquante ans, en Chine, la Révolution culturelle

    media La statue de Mao Zedong, disparaissant dans le brouillard, à Shenyang, dans la province de Liaoning, le 21 oct 2013. REUTERS/Stringer/Files

    Lancée le 16 mai 1966, la Révolution culturelle chinoise était destinée à verrouiller le pouvoir communiste instauré par Mao Zedong et à le préserver des accommodements « à la russe » d’un Nikita Khrouchtchev. Après le désastre du Grand Bond en avant (1958-1961), Mao contesté, va ainsi reprendre la main et reconquérir un pouvoir absolu.

    C’était une époque où il était très tendance d’être pro-Mao en Occident. Le Petit Livre rouge trônait sur les tables basses de Saint-Germain-des-Prés comme dans les réunions enfumées des « gauchistes » de l’Hexagone. Jean-Luc Godard y allait de sa contribution avec « La Chinoise » pendant qu’en Chine, la Révolution culturelle ouvrait une décennie (1966-1976) de luttes fratricides, une guerre civile en fait, au service de Mao Zedong et meurtrière pour le pays.

    Frénésie meurtrière
     
    Celui qui, à l’apogée de son pouvoir, se fait appeler le Grand Timonier, orchestre le mouvement rassemblant des dizaines de millions de jeunes censés établir un « ordre révolutionnaire » à l’ombre du pouvoir militaire. C’est l’avènement des Gardes rouges, officiants d’un culte délirant voué à Mao Zedong, et dont les rassemblements gigantesques disent à eux seuls la puissance.
     

    Une affiche montrant les Gardes rouges à l'assaut des contre-révolutionnaires durant la Révolution culturelle en Chine. JEAN VINCENT / AFP

    La chasse aux révisionnistes est ouverte. Elle sera fatale à deux générations d’intellectuels, d’artistes et de cadres du Parti. Le jeunes Gardes rouges, ils ont entre 14 et 30 ans, ont appris par cœur le Petit Livre rouge qui les incite à s’émanciper de leurs aînés sans rechigner à utiliser la violence. Des adolescents battent à mort leurs professeurs, dénoncent leurs parents, massacrent ce qu’ils appellent les « herbes vénéneuses », ceux dont le zèle maoïste n’est pas à la hauteur des préconisations.     

     
    La frénésie meurtrière aurait mené des jeunes fanatisés, laissés à eux-mêmes, jusqu’au cannibalisme. Des cas sont ainsi rapportés et documentés dans le Guangxi et dans le Yunnan. Même aujourd’hui il reste difficile de chiffrer le nombre de victimes emportées par cette vague sauvage.
     
    Etant donné qu’il n’existe toujours aucune volonté officielle pour  analyser cette période, le bilan des victimes reste forcément de l’ordre de l’évaluation. Selon les sources, les chiffres oscillent ainsi autour de 36 millions de personnes persécutées, dont 750 000 à 4 millions l’auraient été jusqu’à la mort.
     
    Mao appelle l’armée
     
    Dès l’été 1967 et jusqu’en 1968, Mao a recours à l’armée pour reprendre le contrôle du Parti et des Gardes rouges qui se combattent entre eux. La répression est à la mesure de la crainte ; les Gardes seront décimés ou dans le meilleur des cas, déportés dans les campagnes. Ils n’en reviendront, pour les plus chanceux, qu’après la mort de Mao survenue en décembre 1976.
     
    Un demi-siècle plus tard, les comptes de la Révolution culturelle, classée « catastrophe nationale », ne sont toujours pas soldés. En 1977, le 11e congrès du Parti communiste régla la question en adoptant une résolution qualifiant la Révolution culturelle de « période de trouble intérieur, initiée à tort par le leader (Mao) et manipulé par les groupes contre-révolutionnaires » (la Bande des Quatre, le groupe de Lin Biao). 
     
    Aujourd’hui, l’amnésie, partagée par les bourreaux et les victimes, est jugée moins périlleuse que le rappel d’une décennie de cruautés chaotiques. L’image de Mao est toujours intangible, garante d’un régime schizoïde qui compose sans état d’âme avec la course au profit.
     
    La France « maoïste »
     

    Affiche représentant Mao Zedong, en bonne place dans la cour de la Sorbonne, alors que l'université est en grève. Le 18 mai 1968. AFP

    En Occident, et particulièrement en France, la Révolution culturelle chinoise est vue dès 1967 comme la réalisation de tous les rêves de la gauche marxiste-léniniste. Des intellectuels se rendent en Chine, comme Philippe Sollers en 1974 qui en revient plein d’admiration pour cette « vraie révolution antibourgeoise ». Une décennie plus tard, Sollers révisera ses appréciations et parlera de l’« illusion marxiste » et abjurera sa foi maoïste.
     
    La fascination des intellectuels français pour la Révolution culturelle a de quoi surprendre quand on sait que l’objectif de Mao était d’expédier aux champs tous leurs pairs chinois. Mais à l’époque, cette rupture avec ceux qui possèdent ou qui savent, est le noyau dur des acteurs les plus en vue de Mai-68.
     
    Iconoclaste
     

    Le sinologue belge Simon Leys alerte dès 1971 sur le caractère totalitaire de la Révolution culturelle chinoise. DR 网络照片

    D’autres intellectuels, comme le belge Pierre Ryckmans, alias Simon Leys, tenteront pourtant d’alerter sur le caractère totalitaire de ce qui se passe en Chine. Dans Les habits neufs du président Mao, paru en 1971, le sinologue écrit : «  La “Révolution culturelle“ qui n’eut de révolutionnaire que le nom et de culturel que le prétexte tactique initial, fut une lutte pour le pouvoir, menée au sommet entre une poignée d’individus, derrière le rideau de fumée d’un fictif mouvement de masses ».
     
    Ces écrits iconoclastes allaient faire de Simon Leys une cible pour tous ceux qui persistent à croire que la Chine est un paradis pour le prolétariat et un modèle. La levée de boucliers que provoque son ouvrage chez les défenseurs du maoïsme l’écarte de l’Université française. Il fera finalement toute sa carrière d’enseignant et de chercheur en Australie où il est mort en 2014.
     
    Si les Chinois sont peu au fait officiellement de cette période de leur Histoire, les jeunes Français enthousiastes de 1968 n’en savaient guère plus. Pour eux, Mao était le premier leader communiste à contester les privilèges de la « bourgeoisie rouge » et cela leur suffisait.
     
    Mais au fur et à mesure que la face sordide de la Révolution culturelle était mise au jour, beaucoup des maoïstes hexagonaux ont abandonné leur soutien. Ne restent plus de nos jours que de rares laudateurs du maoïsme qui n’ont pas voulu abandonner la foi de leur jeunesse.

     

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