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    Asie-Pacifique

    [Infographies] Chine ou Vietnam, qui «poldérise» le plus les îles Spratleys?

    media Entre le 29 mai 2014 et le 3 janvier 2016, l'île Spratley, l'un des porte-étendards du Vietnam dans l'archipel du même nom, a considérablement changé. CSIS Asia Maritime Transparency International / DigitalGlobe

    Ces derniers mois, les travaux effectués par la Chine dans l'archipel des Spratleys, un ensemble d'îles et de récifs de la mer de Chine méridionale, a fait couler beaucoup d'encre. Sur place, toutes les imageries satellites l'ont confirmé, Pékin crée des îles artificielles pour y déployer ses activités, notamment stratégiques et donc potentiellement militaires. Cependant, d'autres images sorties tout récemment illustrent que le Vietnam remblaie lui aussi du sable à moindre échelle. Quelques rappels historiques pour le comprendre.

    Occuper des « terres sans maître », des terra nullius perdues en mer. Les habiter, les administrer, et enfin les refaçonner, pour agrandir leur superficie, et pour leur faire dépasser clairement le niveau de la mer. C'est ainsi qu'au fil des ans, à l'avenir, il pourrait s'avérer de plus en plus difficile de contester que tel ou tel récif corallien de mer de Chine méridionale, transformé en île artificielle, appartient à tel ou tel Etat, offrant potentiellement au passage à cet Etat les eaux alentours et les ressources qui s'y cachent (hydrocarbures, faune, flore).

    La « poldérisation », vieux serpent de mer des conflits territoriaux en Asie du Sud-Est, est donc un moyen d'avoir son mot à dire à long terme, y compris militairement, sur les affaires florissantes d'un carrefour commercial maritime de plus en plus essentiel à l'heure où l'Asie reprend sa place dans la mondialisation ; un bon moyen également de flatter l'égo des nations, le nationalisme étant un facteur non négligeable pour comprendre les situations dans cette partie du monde. Et c'est enfin un moyen de s'assurer des approvisionnements futurs en poisson, ou encore en guano, mais aussi en gaz et en pétrole, si cette mer abrite réellement ces ressources en quantité, comme on le suppose depuis un demi-siècle.

    Ces derniers temps, au cœur de l'archipel particulièrement disputé des îles Spratleys, dans le sud de la mer de Chine méridionale, c'est Pékin qui s'est fait le plus remarquer, construisant à tout-va des structures aux quatre coins du chapelet, dans une sorte de stratégie du « fait accompli ». La présence chinoise se traduit désormais par une chaîne d'installations civiles, mais également potentiellement militaires, puisqu'il est question de phares, de ports, mais aussi de radars ou encore de pistes d'atterrissage de 3 000 mètres de long. Illustration.

    La Chine, ce géant qui fait peur à ses voisins

    La République populaire de Chine revendique une souveraineté sans partage sur la quasi intégralité de la mer de Chine méridionale, des îles Paracels aux îles Spratleys. Elle met en avant ses droits historiques et sa pêche traditionnelle, dans les pas de sa grande histoire maritime, dont les faits et gestes sont partiellement connus grâce aux écrits anciens. Certes, la CNUDM traite de ces aspects, dans ses articles 15, 51 et 298. Mais pas assez clairement, et non sans contradictions.

    L'ambition territoriale chinoise, jugée démesurée, n'a donc jamais, on l'imagine, emporté l'adhésion de ses voisins. D'autant que les pêcheurs et les gardes-côtes chinois s'aventurent partout où la Chine se croit chez elle, et même au-delà. Alors, lorsque les Chinois ont planifié leur grand retour dans les Spratleys, à la fin des années 1980, ils ont préféré s'appuyer sur une décision de la Commission océanographique intergouvernementale de l'UNESCO, et avancer l'idée de créer un poste d'observation de la vie marine sur place. Incognito.

    Cela n'a pas suffi non plus à calmer plusieurs rivaux de Pékin qui, à l'époque, revendiquaient déjà tout ou partie de l'archipel eux aussi. A la fin des années 1980, des pays comme le Vietnam et les Philippines, sans même parler de Taïwan, en attendant Brunei et la Malaisie, occupaient déjà de longue date des îles et récifs dans l'archipel des îles Spratleys. Mieux que cela : certains avaient déjà modifié la configuration des lieux qu'ils contrôlaient.

    La « poldérisation », version Ferdinand Marcos

    En témoigne un long article du quotidien Le Monde, écrit depuis Puerto-Princesa, aux Philippines, et daté du 12 mai 1978. Consacré à la politique philippine dans les Spratleys, le reportage commençait par ces lignes : « Dans le bureau du Commodore Fernandez, commandant en chef des forces de l'Ouest (Westcom), des soldats, dont le tee-shirt porte l'inscription "Nous occupons et nous combattons", repeignent une grande carte murale de la zone. Au sud-ouest de Palawan figure l'archipel des Kalagan, nom philippin pour les Spratleys.

    Le président, M. Marcos, a récemment réaffirmé que les Philippines contrôlent sept îles des Kalagan. Les peintres tracent avec minutie le nom de la dernière, qui n'était pas mentionné sur l'ancienne carte : Panata. En fait, cet îlot de Panata ne figure sur aucune carte ; pas même sur les cartes de navigation des garde-côtes à quai à Puerto-Princesa. Il vient en effet de naître. Il y a quelques mois encore, il ne s'agissait que d'un atoll recouvert par les flots à marée haute. Depuis décembre, les Philippins l'ont remblayé et depuis mars, leurs troupes occupent l'îlot qu'ils ont ainsi fait surgir, y plantent des cocotiers et le fortifient. »

    Lorsque les Chinois sont revenus dans les Spratleys, près de dix ans après cet article, ce ne sont pas les Philippins, qui se sont opposés le plus ouvertement à leur présence. Mais plutôt les Vietnamiens. Leur régime communiste était alors le principal concurrent de Manille, la nationaliste pro-américaine, dans les environs. Il était déjà massivement présent dans l'archipel, depuis l'époque du Vietnam du Sud, régime nationaliste de feu le président Nguyen Van Thieu, qui s'était lui aussi appuyé sur des convictions historiques, renforcées par le leg symbolique laissé par la puissance coloniale française, mais entrant en contradiction totale avec les convictions chinoises.

    Le Vietnam remblaie aussi les Spratleys

    Face à cet adversaire hostile, la Chine a finalement dû user de la force (de nouveau). Cela s'est passé le 14 mars 1988, après des incidents de pêche, lors d'une bataille navale meurtrière autour du récif de Johnson South. Depuis lors, 30 ans plus tard, le récif Johnson South est encore sous le contrôle de la Chine, et abrite désormais sa propre île artificielle, au même titre que l'observatoire de la vie marine créé par Pékin à la fin des années 1980 sur le récif Fiery Cross. Nous sommes en effet, désormais, assez loin de la simple observation des poissons et des coraux (un fragile écosystème d'ailleurs profondément affecté par les travaux chinois).

    Mais c'est vrai : en matière de « poldérisation », si la Chine fait beaucoup plus gros, elle n'a rien inventé. Les Philippins l'ont fait, les Malaisiens également à leur petite échelle. Quant aux Vietnamiens, s'ils ont perdu Johnson South en 1988, il leur reste néanmoins de nombreux autres îlots et récifs. Et la Chine se plait à le marteler : eux aussi se sont remis à « poldériser » depuis plusieurs années. Une affirmation qui vient de trouver sa démonstration de manière inédite, sur le site internet Asia Maritime Transparency Initiative (AMTI), outil créé par le cercle de réflexion et d'influence Center for Strategic and International Studies (CSIS), basé à Washington et très au fait de la situation dans les Spratleys.

    Grâce à l'imagerie par satellite, « AMTI s'est penché sur chacun des îlots et récifs que le Vietnam occupe dans les Spratleys et y a trouvé des preuves de remblaiement sur 10 d'entre eux. Ces images suggèrent que le Vietnam a créé 120 acres [unité de mesure dans sa version anglo-saxonne, NDLR] de terres nouvelles en mer de Chine méridionale […] La majorité de cet ouvrage s'est déroulée au cours des deux dernières années », écrit le think tank. Ci-dessous, tour d'horizon.

    Mer de Chine du Sud : vers des lendemains radieux ?

    Le Vietnam a donc « poldérisé » plus de positions que la Chine populaire dans les Spratleys. Mais il est important de souligner que face aux 120 acres de terres nouvellement créées par le Vietnam, la Chine en a créé près de 3 000, ce qui n'est pas du même ordre de grandeur. Et par ailleurs, « les travaux du Vietnam n'ont pas été seulement beaucoup plus petits, mais aussi bien moins destructeurs pour l'environnement », précise enfin AMTI, détails à l'appui.

    Dans ce « jeu de go » qui anime le quotidien du pourtour de la mer de Chine depuis des décennies, qui bouleverse également les grandes réflexions sur l'avenir des relations entre superpuissances mondiales dans le Pacifique, peut-on espérer voir un jour les parties prenantes trouver un terrain de coopération ? Avancent-elles leurs pions en vue de peser un jour dans d'éventuelles négociations ? Pensent-elles plutôt à anticiper sur les enjeux militaires de demain, pour éventuellement faire face aux conflits futurs ?

    Etant donnée l'histoire des lieux, à la fois théâtre de la Seconde Guerre mondiale au temps de la toute-puissance japonaise, et de la mondialisation des échanges et des interdépendances dans le contexte actuel, aucune perspective ne peut être exclue à 100%. L'histoire s'écrit peu à peu sur place.

    Le Vietnam renouvelle ses stocks d'armes

    Alors que chacun des autres protagonistes est, à l'heure actuelle, de plus en plus dépendant de ses relations économiques avec la Chine, et que cette dernière est également dépendante, notamment des débouchés qu'ils offrent, l'évolution des budgets militaires et les commandes passées en matière d'armements traduisent tout de même un besoin crucial de modernisation des arsenaux sur place.

    Par exemple, dans le top 10 des importateurs d'armes dressé par le Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI) sur cinq ans, le Vietnam a fait cette année une entrée fracassante : de 43e importateur entre 2006 et 2010, ce pays est passé 8e entre 2010 et 2015. Pour le dire autrement et de manière très parlante, entre les deux périodes étudiées, les importations d'armes de Hanoï ont augmenté de 699%. Un cas unique.

    Les bateaux et autres sous-marins ont constitué 44% des importations vietnamiennes entre 2011 et 2015, et les avions 37%. Le SIPRI évoque le transfert de huit avions de combat, mais aussi quatre navires d'attaque rapide et quatre sous-marins armés de missiles de combat terrestre. Aux dernières nouvelles, il était également question pour le Vietnam, dont les budgets militaires annuels pourraient avoir triplé entre 1988 et 2014 selon le SIPRI, d'acquérir six frégates et deux sous-marins supplémentaires.

    La Chine, puissance militaire exponentielle

    De son côté, la Chine est redevenue en un temps record la troisième flotte navale du monde, en passe de dépasser la Russie avec, pour horizon ultime, l'idée de rejoindre les Etats-Unis. Il s'agit également d'un exportateur d'armes grandissant. Et surtout, les dépenses militaires de Pékin ont augmenté de manière exponentielle pendant le dernier quart de siècle, à en croire le SIPRI. Elles étaient plus de dix fois plus importantes en 2014 qu'en 1989 : près de 200 milliards, contre plus de 18 milliards.

    Dans la région, la question des sous-marins, comme l'atteste la multiplication des contrats, promet d'être un enjeu majeur de demain. En 2012, dans l'ouvrage Flottes de combat, le Français Bernard Prézelin s'était retrouvé dans l'incapacité d'établir le nombre de sous-marins commandés par la Chine, faute de transparence en la matière. Mais il est désormais clair que Pékin ne se contente plus d'acheter à l'extérieur et a franchi un cap, aussi bien en qualitatif qu'en quantitatif.

    Les sous-marins chinois, qui peuvent faire sentir leur présence dans des eaux autrefois fréquentées par les grandes puissances uniquement, sont basés à Sanya, sur l'île de Haïnan, juste au-dessus des îles Paracels. Sur place, les observateurs ont remarqué la présence d'installation de démagnétisation, ce qui a surpris, et permet probablement aux Chinois de gagner en furtivité. Nul doute que la profondeur des eaux méridionales revêt un intérêt non négligeable pour faire partir des appareils en direction des océans. La dissuasion, énième raison de contrôler cette mer de toutes les discordes.

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