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    Asie-Pacifique

    Comment l’Australie exporte l’accueil de migrants dans des camps offshore

    media A Sydney (Australie), des manifestants défilent en soutien des réfugiés détenus à Nauru et Manus, le 11 octobre 2015. REUTERS/David Gray

    Très régulièrement, l’Australie est critiquée par des organisations de défense des droits de l’homme pour sa politique très dure envers les demandeurs d’asile. Cette semaine, plus de 2 000 documents ont fuité et font état notamment d’agressions sexuelles et de tentatives d’automutilation ces dernières années dans des centres offshore de détention de migrants. Ces centres, situés à Manus et Nauru, deux petites îles proches, font partie intégrante de la politique australienne très stricte pratiquée envers les migrants. Explications.

    En Australie, la marine repousse systématiquement les bateaux de clandestins. Ceux qui arrivent sont placés dans des camps de rétention à Manus, île de la Papouasie Nouvelle-Guinée et à Nauru, minuscule îlot du Pacifique. Dans ces camps sont détenus des centaines de demandeurs d’asile : 442 à Nauru et 854 sur l’île de Manus, selon les derniers chiffres officiels au 30 juin 2016. Des chiffres en baisse sur les trois dernières années.

    Les migrants, venant pour la plupart du Sri Lanka, d’Iran, d’Irak, d’Afghanistan ou du Vietnam, restent détenus pendant que leur demande d’asile est étudiée. Mais l’Australie a signé des accords avec Nauru et la Papouasie-Nouvelle-Guinée pour que, au mieux, ces personnes reçoivent un statut de réfugié dans ces pays. Il est donc impossible de rentrer en Australie sans visa, comme s’en vantait une campagne de communication du gouvernement : « Pas question, vous ne serez pas chez vous en Australie ».

    Dans ces camps de rétention offshore, qualifiés de dangereux et insalubres, les détenus subissent des atteintes répétées des droits humains et l’équipement médical est rudimentaire, rapporte Amnesty International.

    Le 10 août dernier, le Guardian Australia a révélé une série d’abus sur les détenus dans le centre de détention de Nauru. Le journal a ainsi publié 2 116 documents ayant fuité, qui font chacun état d’une affaire, notamment d’agressions, de sévices sexuels, de souffrances morales et de tentatives d’auto-mutilation, survenue de mai 2013 à octobre 2015. Plus de la moitié des cas concernent des enfants.

    Des cas graves d’atteintes aux droits humains

    Selon le quotidien, ces rapports ont été écrits par des membres du personnel du centre de détention de Nauru. Parmi les cas cités, des gardes auraient menacé de mort un garçon et une jeune femme n’aurait été autorisée à prendre une douche plus longue qu’en échange de faveurs sexuelles. Le Guardian cite aussi le cas d’une femme qui a tenté de se pendre ou d’une fille qui s’est cousu les lèvres.

    « Ce que vous voyez là n’est que la partie émergée de l’iceberg », souligne Jane Willey, ancienne enseignante de Save the Children, qui a travaillé à Nauru entre juillet 2014 et mars 2015 et qui a reconnu avoir rédigé certains rapports publiés.

    Les conditions de vie dans ces centres de détention et la politique australienne à l’encontre des réfugiés font souvent l’objet de vives critiques de la part d’associations de droits de l’homme et de l’Organisation des Nations unies (ONU). Le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés s’est déclaré « gravement préoccupé » par ces accusations. Cette agence de l’ONU rapporte également « une détérioration progressive » de la situation des réfugiés sur l’île de Nauru depuis 2012.

    Le ministre australien de l’Immigration et de la Protection de frontières Peter Dutton assure de son côté que certains réfugiés mentent afin d’obtenir l’asile, en faisant croire qu’ils ont été victimes d’agressions sexuelles. « Je ne tolérerai aucune violence sexuelle de quelque sorte qu’elle soit, […] mais j’ai eu connaissance de certains cas de fausses affirmations d’agressions sexuelles car, au bout du compte, les gens ont versé de l’argent à des trafiquants et ils veulent venir dans notre pays », déclare-t-il à la radio 2GB.

    « Certaines personnes sont allées jusqu’à l’automutilation, d’autres se sont immolées en vue d’entrer en Australie. De toute évidence, certains ont fait de fausses déclarations », ajoute le ministre de l’Immigration. Plus tôt cette année, il a affirmé que les avocats des réfugiés les encourageaient à s’automutiler et à s’immoler.

    Une politique mise en place en 2001, abandonnée en 2007 et relancée en 2012

    Depuis 2012, l’Australie mène une politique d’immigration consistant à renvoyer immédiatement hors d’Australie, à Nauru et Manus, les demandeurs d’asile cherchant à rejoindre le territoire australien sans visa. C’est la « solution du Pacifique », une politique mise en place au départ en 2001, lors de l’« affaire du Tampa ». Le 26 août 2001, le MV Tampa, un cargo norvégien, vient au secours d’un bateau de pêche indonésien en très mauvais état et transportant plus de 430 demandeurs d’asile.

    Mais le Tampa se voit refuser l’accès aux côtes australiennes, en violation du droit de la mer, et alors que de nombreuses urgences médicales graves sont signalées à bord, selon Amnesty International. Le gouvernement australien passe alors un accord avec Nauru et Manus (île de Papouasie-Nouvelle-Guinée) pour que ces îles acceptent les réfugiés sur leur territoire. En échange, l’Australie construit elle-même les camps de détention et prend en charge les réfugiés, tout en offrant une aide bilatérale à ces pays.

    Dès le début, cette politique est critiquée en raison d’atteintes aux droits de l’homme. A quoi s’ajoutent des critiques quant au coût de cette « solution » : un milliard de dollars australiens sur cinq ans, selon une étude réalisée par Oxfam et A Just Australia. Cette étude montre aussi que cette politique a eu un impact négatif sur les demandeurs d’asile et qu’elle n’a pas découragé ceux-ci de venir.

    Une politique dissuasive afin d’éviter les noyades, selon le gouvernement

    En décembre 2007, le Premier ministre annonce la fin de la « solution du Pacifique ». En février 2008, les derniers détenus à Nauru partent pour l’Australie. Mais en 2012, la « solution du Pacifique » est réintroduite, sans la nommer explicitement ainsi. Mais de fait, en septembre 2012, des demandeurs d’asile arrivant par bateau en Australie sont transférés à Nauru.

    L’Australie passe alors un accord avec Nauru et la Papouasie-Nouvelle-Guinée, pour que les réfugiés s’installent définitivement dans ces pays, et non en Australie. Les autorités australiennes expliquent que cette politique a pour objectif d’éviter les noyades en haute mer des clandestins, en les dissuadant d’entreprendre la traversée. Canberra ajoute que, grâce à cette politique, aucun migrant n’est mort en mer en 2014 et début 2015.

    Mais la réouverture des camps à Nauru et Manus a entraîné de nombreuses violations des droits humains, selon Amnesty International. Le « manque de détermination » des autorités australiennes à « remédier aux violations commises sous son autorité à Nauru laisse à penser qu’elles relèvent d’une politique cautionnée par le gouvernement », explique l’organisation de défense des droits humains.

    Dans son rapport 2015 sur l’Australie, Amnesty International rappelle que « les employés et le personnel contractuel des centres de détention qui [dénoncent] les violations des droits humains dans ces structures [s’exposent] à des poursuites pénales ».

    Une politique « extrêmement cruelle »

    Pour Anna Neistat, directrice des recherches à Amnesty International, « ce que nous voyons aujourd’hui, ce sont des femmes, des hommes et des enfants qui sont retenus en otage par l’Australie sur Nauru, dans des conditions épouvantables, uniquement pour empêcher d’autres candidats à l’asile de débarquer sur les côtes australiennes ».

    « Je viens tout juste de rentrer de l’île de Nauru. J’ai pu parler à une soixantaine de personnes, ma collègue de Human Rights Watch à des dizaines d’autres, et nous avons été en mesure de recueillir des informations qui concordent en tout point avec celles révélées par The Guardian, y compris sur la maltraitance des enfants », explique Anna Neistat à RFI.

    La politique australienne envers les demandeurs d’asile est « extrêmement cruelle », selon Anna Neistat : « Rares sont les pays qui déploient autant d’efforts pour infliger des souffrances à des hommes et des femmes en quête de sécurité et de liberté. »

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