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    Asie-Pacifique

    Cachemire: la répression de plomb

    media Chaque décès d’un civil déclenche de nouvelles protestations de colère. Ces femmes manifestent lors des funérailles d’un civil tué le 3 août 2016 par des tirs de billes de plomb. RFI/Syed Shahriyar

    Le Cachemire indien est en proie à la pire insurrection depuis six ans. Plus de 90 civils sont morts lors des manifestations en faveur de l'indépendance d'une région disputée entre l'Inde et le Pakistan depuis près de 70 ans. Mais des milliers sont également blessés et tués en marge, par une arme très controversée : les fusils à plomb.

    De notre envoyé spécial à Anantnag, sud du Cachemire indien

    Les écolières ont le regard fixé sur le jeune professeur qui énumère le fonctionnement des cellules du corps humain. Ces élèves, assises par terre, répètent scrupuleusement chacune de ses phrases, pour essayer de mémoriser cette leçon de biologie. Les voiles multicolores qui entourent leurs visages oscillent au rythme de leur acquiescement, dans la pénombre de la petite salle. Ces étudiantes d'une quinzaine d'années de la ville d'Anantnag, dans le sud du Cachemire, se concentrent sur cet apprentissage afin d'essayer d'oublier le chaos qui les entoure. La révolte a cependant déjà pénétré l'enceinte de ce petit temple du savoir du quartier d'Hazratbal : sur le tableau noir de la classe, quelqu'un a écrit un mot : « FREEDOM », liberté en anglais. L'appel de ralliement des militants indépendantistes cachemiris.

    « Chiens indiens »

    La commune d'environ 100 000 habitants offre le visage d'une place assiégée déterminée à mener une résistance passive. Les avenues sont désertes, leurs magasins ont tiré les rideaux de fer, qui servent maintenant de tableaux d'affichages aux slogans séparatistes, écrits à la bombe : « Inde, va en enfer » , « Chiens indiens », ou « Cachemire Libre ». Devant ces enseignes, le dos tourné à ces messages, des paramilitaires équipés d'AK-47 montent la garde.

    Les représentants séparatistes de l'Hurriyat ont appelé à la grève générale depuis plus de trois mois dans tout le Cachemire, et seules quelques pharmacies ou épiceries restent ouvertes. Les fonctionnaires ont rejoint le mouvement et l'école d'Hazratbal est gérée depuis juillet par une ONG pakistanaise, Minhaj-ul-Kuran.

    Pierres contre billes de plomb

    La violence couve cependant. Celle-ci a explosé le 8 juillet dernier, quand l'armée indienne a tué Burhan Wani, un commandant du groupe indépendantiste armé du Hizbul-Mudjahidin. Ce jeune combattant de 21 ans, originaire des environs d'Anantnag, était devenu un symbole de la lutte contre la domination indienne, entre autres car il était l'un des premiers à médiatiser son combat à travers les réseaux sociaux. Sa mort a enflammé la population, qui manifeste depuis quotidiennement dans toute la région, de manière plus ou moins pacifique. De nombreux jeunes envoient des pierres contre les convois de paramilitaires, qui répondent à coups de gaz lacrymogène ou de tirs de billes de plomb, une nouvelle arme cruelle et controversée. Un seul tir projette des centaines de ces billes d'une manière très imprécise. Plus de 600 personnes auraient ainsi été partiellement ou totalement aveuglées après en avoir reçu dans l'œil.

    « Quand elles sont tirées à bout portant, ces billes sont plus mortelles que des balles réelles, affirme un chirurgien de l'hôpital SMHS de Srinagar, la capitale régionale, qui souhaite rester anonyme. Car une balle suit une trajectoire droite, mais ces billes sont éparpillées et peuvent toucher plusieurs organes. En plus, on ne pourra pas toutes les enlever et le plomb qui restera pourra empoisonner les patients à long terme ».

    La région la plus militarisée au monde

    Le jeune Zager, âgé de 18 ans, est assis sur un des lits de l’hôpital, l’oeil rougi par la blessure provoquée par une de ces billes. A moins que ce ne soit par sa colère, manifeste. Cet étudiant circulait à moto avec un ami quand il a été atteint par ces projectiles, certainement tirés en marge d'un affrontement. Son ami en a reçu environ deux cents dans le corps et se trouve entre la vie et la mort. Zager, lui, ne sait pas s'il pourra à nouveau voir correctement, mais sa détermination a grandi: « maintenant, je lutterai pour notre indépendance, je ne peux plus supporter cette occupation militaire. Mes études passeront au second plan s'il le faut ».

    Plus de 700 000 militaires et policiers sont déployés dans la région du Jammu-et-Cachemire, ce qui en fait la zone la plus militarisée au monde, face à environ 250 combattants armés. Beaucoup sécurisent la frontière pakistanaise, par laquelle pénètrent de nombreux « terroristes » - dont quatre qui seraient responsables de l'attaque d'une base militaire le 18 septembre dernier, tuant 19 militaires, attaque la plus meurtrière en vingt ans - mais la majorité s'occupe de contrôler une population agitée qui réclame la fin de l' « occupation militaire » et une plus grande autonomie, voire l'indépendance d'une région disputée entre New Delhi et Islamabad depuis 1947.

    Cette répression a déjà fait plus de 90 morts, ce qui en fait la plus sanglante depuis six ans, et un nombre record de blessés, du fait de l'utilisation de ces fusils à plomb. Plus de 15 000 personnes ont été hospitalisées. « Nous avons affaire à des jeunes particulièrement violents, qui attaquent nos soldats à coups de pierres et cocktails Molotov dans le but de les blesser grièvement, justifie Rajesh Yadav, porte-parole de la police paramilitaire dans la région. Nous n’utilisons ces fusils à plomb qu'en dernier recours et visons en dessous de la ceinture. Mais il est vrai que les billes peuvent ricocher ». Aucun militaire ou paramilitaire ne peut être poursuivi au Cachemire, car ils sont protégés par une loi spéciale de 1990, qui leur offre une quasi totale impunité.

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    RFI/Syed Shahriyar

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