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    Asie-Pacifique

    Philippines: plongée dans la guerre contre la drogue du président Duterte

    media Michael Araja (29 anos) foi morto numa batida policial. © Daniel Berehulak pour The New York Times

    Le photographe Daniel Berehulak a remporté le Visa d’or Magazine, vendredi 6 septembre, pour un reportage publié dans le New York Times. «Ils nous abattent comme des animaux» met en lumière la sanglante campagne contre la drogue lancée par le président philippin Rodrigo Duterte.

    En recevant son prix, vendredi soir à Perpignan, Daniel Berehulak, déjà lauréat du Pullitzer et du World Press cette année, a dénoncé le « massacre en cours » aux Philippines et appelé la communauté internationale à agir.

    Depuis l’arrivée au pouvoir de Rodrigo Duterte le 30 juin 2016, « on estime que sa guerre contre la drogue a fait 12 000 morts », a-t-il rappelé lors d’une rencontre organisée ce samedi à l’occasion du festival de photojournalisme Visa pour l’image.

    « Ils nous abattent comme des animaux », le titre de son reportage publié en décembre dernier dans le New York Times, c’est la phrase que lui a lancée un passant à Manille.

    « Une campagne d’assassinat des plus pauvres par le gouvernement »

    En 35 jours passés aux Philippines, le photographe australien a pu documenter 57 homicides. Rigoles de sang, cadavres empilés, prisons surpeuplées, familles endeuillées…

    Même s’il en réfute « une certaine beauté », difficile de ne pas se sentir attiré par ces photos à l’esthétique proche des scènes de crime de séries américaines. Dans la capitale des Philippines, ces images sont devenues une réalité quotidienne quand Rodrigo Duterte a mis à exécution la rhétorique utilisée pendant sa campagne où il promettait de mettre hors d’état de nuire tous ceux qui seraient liés au narcotrafic.

    Des proches accablés à la vue des corps de Frederick Mafe et Arjay Lumbago, abattus en pleine rue. Manille, 3 octobre 2016. © Daniel Berehulak pour The New York Times

    « Au départ, les crimes avaient un style justicier. Les cadavres arboraient des pancartes sur lesquelles étaient écrits des messages comme : "Si tu continues à vendre de la drogue, tu seras puni". »

    Déjà récompensé en 2015 par plusieurs prix pour son travail sur l’épidémie d’Ebola, le photographe insiste : « Il faut bien avoir conscience que ce n’est pas une guerre contre la drogue, c’est une campagne d’assassinat par le gouvernement des plus pauvres, dans les quartiers les plus pauvres. »

    La lutte contre la drogue devient un prétexte à toutes les exactions. Comme cette histoire d'un jeune homme descendu acheter une bricole à l'épicerie, abattu en pleine rue. « Il était au mauvais endroit au mauvais moment. Il était juste à une fête. Ce n'était pas un dealer », assure Daniel Berehulak.

    Sa méthode : travailler avec la communauté journalistique locale. « On allait tous ensemble sur les scènes de crime et parfois on arrivait même avant la police ; on avait des contacts, parfois on était prévenu par radio. Je n’aurais pas pu réaliser mon reportage sans eux », souligne-t-il. Il collabore notamment avec Rica Concepcion, une reporter chevronnée qui lui fait bénéficier de son vaste réseau.

    « Des scènes fabriquées »

    « Les crimes avaient lieu la nuit donc on se donnait rendez-vous près des commissariats, raconte le photographe de 42 ans. La première fois que l’on est arrivé sur une scène de crime, il s’agissait d’un double homicide. La police nous a dit que la fusillade avait duré une heure. Mais j’ai tout de suite remarqué que les corps étaient étrangement disposés de manière identique, sur le dos, les mains placées au même endroit. Et dessus, ils avaient un petit sachet de méthamphétamine. »

    « Des scènes fabriquées », mais comment savoir ce qui s’est vraiment passé ? Peu à peu le photographe et ses confrères locaux s’organisent. « Sur place, je prenais les photos et les numéros de téléphone des proches pendant que Rica parlait aux témoins et aux policiers. Je notais aussi les coordonnées GPS », relate-t-il.

    La petite Jimji hurle avant les obsèques de son père. Des traces de torture étaient visibles sur le corps. Selon la police, c’était un dealer ; selon ses proches, il avait voulu suivre une cure de désintoxication. Manille, 10 octobre 2016. © Daniel Berehulak pour The New York Times

    Pour comprendre les conséquences de cette guerre sans foi ni loi, le journaliste se rend aussi aux obsèques des victimes. « Les proches m’invitaient aux veillées et aux funérailles », précise-t-il. Il va aussi dans les morgues où les corps nus s’entassent. Dans une prison où les prisonniers de la lutte antidrogue ont à peine la place de s’allonger. « Dans cet établissement, il y avait 3 500 prisonniers pour 800 places », commente-t-il.

    Menaces de mort

    Quelques mois après son reportage, Daniel Berehulak espérait pouvoir revenir à Manille pour continuer à documenter la situation. Au moment de la publication, le sujet provoque beaucoup de réactions positives. Mais le photojournaliste reçoit aussi de nombreuses menaces de mort. « Aux Philippines, des articles faux ont été publiés sur moi et mon travail, j’ai été visé par une campagne sur les réseaux sociaux, mes comptes Facebook et Twitter ont été piratés. »

    Daniel Berehulak rappelle que le président philippin, élu avec 85% des suffrages, est toujours très populaire dans son pays, malgré ses dérapages verbaux et sa politique brutale.

    Mais il ne désespère pas d’y repartir. « Les journalistes locaux ne peuvent pas tout faire », estime-t-il.

    Le site officiel de Visa pour l'image

    Rencontre organisée autour du travail de Daniel Berehulak, à Visa pour l'image. Perpignan, le 7 septembre 2017. RFI/Aurore Lartigue

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