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    Asie-Pacifique

    Trois visages du terrible exode des Rohingyas

    media Un couple de réfugiés Rohingyas et leurs enfants à Cox's Bazar au Bangladesh, le 20 septembre 2017. REUTERS/Cathal McNaughton

    C'est le plus grand exode de Rohingyas depuis des décennies. Plus de 420 000 personnes de cette population musulmane de Birmanie, pourchassée par les autorités de ce pays majoritairement bouddhiste, ont fui vers le Bangladesh depuis le 25 août, suite à une répression militaire inédite.

    Le 25 août, un groupe rebelle rohingya, appelé l'Armée du Salut des Rohingyas de l'Arakan (ARSA), lance une offensive contre les forces de sécurité birmanes, tuant dix policiers. Les militaires ripostent de manière sanglante : ils attaquent directement les civils des villages rohingyas du nord-ouest du pays, tuent sans sommation, brûlent leurs maisons et leurs champs, pour obliger les Rohingyas à fuir et les empêcher de revenir. « C'est un exemple parfait de nettoyage ethnique », a jugé, le 11 septembre, le Haut-commissaire de l'ONU aux droits de l'homme, Zeid Ra'ad El Hussein. Cela semble s'inscrire dans la logique des autorités : en 1982, la junte militaire avait déjà retiré la nationalité birmane aux Rohingyas. A présent, on estime que plus de la moitié de ce groupe ethnique a été déplacé de force au Bangladesh voisin.

    Nous nous arrêtons sur le parcours de trois de ces Rohingyas, réfugiés depuis début septembre dans des camps informels du sud-est du Bangladesh. Trois profils qui donnent un aperçu plus intime de la violence de cette répression, de la discrimination d'Etat instaurée par le gouvernement birman, ainsi que de leur vision de la rébellion armée qui vient de se former.

    Mohammed Assad tient dans ses bras son bébé d'un an et demi. RFI/Sébastien Farcis

    Mohammed Assad a le visage enfantin et le regard encore effrayé. Dans ses yeux se lisent la frayeur de l'homme pourchassé et la vulnérabilité du père déplacé. Ce Rohingya de 25 ans, installé sous une tente précaire de Kutupalong, au Bangladesh, vient du village de Bassara, près de Taung Bazar, en Birmanie. Le 4 septembre, l'armée fait irruption - comme un tonnerre de feu qui s'abat sur les 600 villageois.

    « Les militaires ont commencé par tirer sur les maisons et les personnes qui passaient, raconte-t-il d'une voix très basse. J'ai vu au moins cinq personnes tomber sous les balles. Puis ils ont pris les femmes de côté, pour les violer. Ce n'est pas la première fois qu'ils s'en prenaient aux femmes, mais cette fois était encore plus terrible. Car ils ont également attaqué les maisons. Ils tiraient, puis mettaient le feu aux maisons. Quand je suis sorti pour rassembler ma famille, un militaire a pris de l'eau bouillante et l'a jetée sur mon enfant. ». Le bébé d'un an et demi tousse et pleure dans ses bras. Ses yeux expriment une douleur encore vive. « Il suffoque », nous confie Mohammad, qui ne sait pas où le faire soigner. Depuis cinq jours qu'il est arrivé, il est trop occupé à courir afin de trouver de la nourriture et du matériau pour se fabriquer une tente, qu'il n'a pas encore pu identifier un centre de santé. « Là où nous habitions, nous n'avions pas le droit d'aller à l'hôpital. Si on y rentrait, les bouddhistes nous jetaient dehors », conclut-il, d'un air perdu.

    Mohammed Sae Meen affiche fièrement ses résultats scolaires. Sébastien Farcis/RFI

    Mohammed Sae Meen dort sous une tente voisine. Ce garçon de 20 ans a l'énergie de son jeune âge. Mais il bout devant une injustice qui a freiné son ambition. En nous voyant, il nous montre spontanément un ensemble de papiers. Des résultats scolaires. « Regardez, j'avais de très bonnes notes. J'ai obtenu plus de la moyenne aux examens de seconde. Mais le maire m'a dit que je ne pouvais pas étudier davantage, car j'avais un nom rohingya. Seulement les Birmans pourraient être admis. Il m'a même assuré que si j'essayais, je pourrais être tué », se souvient avec douleur ce jeune homme, qui a un rêve : devenir professeur de physique. Il admire son père, qui est pharmacien. Mais pour la jeune génération, ce parcours est hors de portée.

    Depuis 2012, les nouveau-nés rohingyas sont privés de certificat de naissance et les étudiants interdits d'accès à l'université. Sans diplôme d'études supérieures, l'ascension sociale est impossible et ces jeunes musulmans birmans ne peuvent faire autre chose que travailler la terre. Dans son discours du 19 septembre, la cheffe du gouvernement birman, Aung San Suu Kyi, a assuré que « les étudiants musulmans ont accès à des études supérieures sans discrimination » dans cet Etat de l'Arakan. La réalité prouve le contraire. Mohammed a seulement pu obtenir un certificat de formation informatique de la part du Haut-commissariat aux Réfugiés de l'ONU. Mais celui-ci a peu de chances d'être reconnu par le gouvernement birman.

    Mohammed Rafiq et sa famille Sébastien Farcis/RFI

    En haut d'une colline, Mohammed Rafiq est accroupi près de sa tente composée de tiges de bambou et d'une bâche de plastique noir. Depuis cette hauteur, il observe désespérément le grouillant bidonville de réfugiés de Baloukhali. Ce Rohingya de 48 ans, qui porte un collier de barbe fournie sous un regard perçant, était un propriétaire terrien aisé dans son village de Ludaï, situé dans l'extrême ouest de la Birmanie. Il possédait 20 hectares de champs, où il faisait pousser du riz, des légumes et épices. « J'en ai hérité de mes aïeux, explique-t-il, la gorge nouée. Tous mes ancêtres ont vécu de cette terre. Et maintenant, les militaires ont tout brûlé. Tous les champs, il ne reste plus rien ! » lâche cet homme d'apparence robuste, avant de s'effondrer en larmes. La seule chose qui lui reste est une montre dorée au poignet.

    Il savait que l'armée attaquait les villages, « mais nous n'avions que des bâtons pour nous défendre. Si on avait essayé de lutter, ils nous auraient massacrés ». Son village se situe « loin des lieux des attaques » menées par le groupe rebelle rohingya, l'ARSA. Il ne soutient pas de tels actes offensifs, mais accorde à dire que « nous devons maintenant nous défendre. Et nous pouvons nous battre pour cela », affirme-t-il, comme revigoré. « Et moi je ne resterai pas ici. Je retournerai sur mes terres, coûte que coûte ».

    ►Pour en savoir plus :
    - Grand reportage: « Rohingyas: l'exode sans fin vers le Bangladesh »

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