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    Asie-Pacifique

    Inde: des extrémistes rajputs empêchent la sortie d'un film

    media Des membres de la communauté rajputs manifestent contre la sortie du film Padmavati le 20 novembre à Bombay. REUTERS/Danish Siddiqui

    Depuis plus d'une semaine, l'Inde est secouée par la révolte d'un petit groupe de militants appartenant aux plus hautes castes du pays. Ils sont en colère contre un film qui doit bientôt sortir et qui relate la vie d'une des reines légendaires de leur caste. Selon eux, ce long métrage, qui n'est pas encore sorti, tordrait le cou à l'histoire et insulterait leur monarque vénérée. Ils semblent prêts à tout pour défendre leur version. Résultat, la sortie de ce film a dû être repoussée.

    De notre correspondant à New Dehli,

    Cette reine s'appelle Padmini, et c'est une figure légendaire de la caste des Rajputs, les aristocrates guerriers du Rajasthan. Comme toute légende, nous n'avons aucune preuve que cette reine a vraiment existé. C'est un poète du XVIe siècle qui l'a décrite et glorifiée.

    Ce film à gros budget, appelé Padmavati, gonfle encore plus la bravoure de cette monarque et insiste sur la cruauté des musulmans - rien de subversif en Inde, à première vue. Les Rajputs prennent cependant cette légende très au sérieux et refusent qu'un réalisateur de Bollywood la porte à l'écran.

    Ils prétendent que le long métrage montre une scène d'amour entre cette reine hindoue et un roi musulman, ce qui a été démenti par le réalisateur. Leurs reproches sont surtout issus de rumeurs, vu que le film n'est pas encore sorti et que personne ne l'a vu légalement.

    Des appels au meurtre

    Des membres du groupe hindouiste du Karmi Sena sont allés très loin dans leurs protestations. Au début de l'année, ils attaquent d'abord le réalisateur, Sanjay Bhansali, puis en mars, ils mettent le feu au décor, qui est pourtant sous haute protection.

    Puis ces derniers jours, alors que le film doit sortir, la pression monte : plusieurs manifestations ont lieu, et un député local du BJP, le parti au pouvoir à Delhi, offre « une récompense de 130 000 euros pour celui qui décapitera l'actrice principale et le réalisateur. »

    Ces derniers doivent ainsi recevoir une protection spéciale. Mais au lieu de condamner ces menaces de mort, punis par le Code pénal indien, les élus jettent de l'huile sur le feu. Les ministres en chef de cinq Etat régionaux annoncent qu'ils interdiront le film de sortir, sous prétexte que cela pourrait entraîner la colère des Rajputs et compromettre la sécurité dans leur région.

    La politique s'en mêle

    La sortie du film n'est donc plus garantie. Le comité de certification des films a suspendu son autorisation, affirmant que le dossier est incomplet, et le directeur a repoussé la sortie, prévue ces jours-ci.

    Ce long métrage est en fait pris en otage par la politique indienne de castes : des élections importantes ont lieu à la fin de la semaine dans l'Etat du Goujarat, et le parti nationaliste hindou au pouvoir veut s'assurer du vote des Rajputs.

    Il préfère donc prendre la défense de ces extrémistes, même si au passage, il piétine la liberté d'expression et fragilise l'industrie entière du cinéma indien, qui fait vivre des millions de personnes et constitue l'une des armes les plus puissantes de la diplomatie indienne à l'étranger.

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