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    Asie-Pacifique

    Macron en Chine: une première visite au programme chargé

    media Les présidents Emmanuel Macron et Xi Jinping au sommet du G20 à Hambourg, en juillet 2017. IAN LANGSDON / POOL / AFP

    Emmanuel Macron se rend en Chine du 8 au 10 janvier. Le chef de l'Etat effectue dans ce pays sa première visite d'Etat en Asie depuis son élection en mai dernier. Après Donald Trump, Vladimir Poutine, le chef de l'Etat français espère grâce à ce déplacement nouer une relation personnelle avec son homologue chinois Xi Jinping.

    L'objectif est affiché et assumé. En Chine, Emmanuel Macron veut poser les bases d'une « relation personnelle » avec Xi Jinping. La présence à ses côtés de son épouse Brigitte, qui est la marraine du premier bébé panda né en France, va l'y aider.

    Emmanuel Macron et Xi Jinping se connaissent déjà. Ils ont eu un entretien en marge du G20 à Hambourg en juillet dernier. A Pékin, ils vont donc avoir l'occasion d'approfondir leurs discussions au cours des entretiens et des cérémonies prévus au programme. Un programme chargé avec des dossiers sensibles au menu. Comme celui de la Corée du Nord.

    Emmanuel Macron espère trouver en Xi Jinping un allié, notamment sur la question de la lutte contre le réchauffement climatique, chère au président français.

    Comme avec Donald Trump ou Vladimir Poutine, le président français va valoriser auprès de son homologue chinois une relation diplomatique inscrite dans l'histoire. C'est pour cela qu'il a choisi de débuter sa visite à Xi'an, le berceau de la civilisation chinoise et d'y prononcer son grand discours sur l'avenir des relations franco-chinoises.

    Mais que Paris n'espère pas être entendu sur les questions extrême-orientales, prévient Jean-Luc Domenach, directeur de recherche à Sciences-Po : « La France ne pourra rien obtenir sur ce qui concerne directement la Chine en Extrême-Orient et qui, en Chine, est considéré comme une affaire chinoise ». En revanche, analyse le chercheur, la France intéresse Pékin de par son rôle en Europe et en Afrique.

    Soutien au G5 Sahel et terrorisme

    Le président français espère notamment obtenir l’appui de Pékin à la force militaire du G5 Sahel. Un appui qu'il devrait obtenir selon Jean-Philippe Béjà, directeur de recherche émérite au CNRS-Ceri Sciences Po. « La Chine ne rechigne plus tellement à envoyer des troupes à l’étranger. Elle a depuis un an une base en Afrique à Djibouti et elle est intéressée par l’Afrique de l’Ouest », rappelle le chercheur, qui précise que plutôt que l’envoi de forces armées, il s‘agirait sans doute pour la Chine « de financer les troupes du G5. »

    Mais Jean-Philippe Béjà estime que la demande de la France à la Chine d’intervenir en Afrique de l’Ouest, « qui est un peu sa chasse gardée », est à double tranchant. « C’est d’un part faire preuve de son incapacité à régler le problème mais, d’autre part, peut-être est-ce un moyen de développer le multilatéralisme. Mais c’est risqué », estime le chercheur.

    Les deux hommes devraient donc également parler de terrorisme. Mais pour le directeur de recherche émerite au CNRS, là aussi, le sujet est complexe. Car le mot n'a pas forcément le même sens pour le président français et pour le président chinois.

    « Pour Xi Jinping, les terroristes, ce sont les autonomistes ouïghours du Xinjiang, rappelle-t-il. Nous avons actuellement Ilham Tohti, un homme tout à fait pacifique, un professeur, condamné à la prison à vie pour soutien au terrorisme. Or, il n’a fait qu’animer un site internet sur lequel il essayait de développer le dialogue entre Han et Ouïghours. On ne peut pas vraiment dire que ce soit du terrorisme. »

    Alors qu'en France, le terrorisme est associé à Daech et ses exactions, le terme regroupe des enjeux très différents en Chine. « Pour Xi Jinping, les avocats défenseurs des droits de l’homme mettent en danger la sécurité nationale. Le prix Nobel de la paix, Liu Xiaobo, est mort en détention. Donc, de ce côté-là, on ne peut pas dire que l’on partage les mêmes valeurs… »

    Rééquilibrer les relations commerciales

    L'économie occupera également une place importante dans cette visite. Pas moins d'une cinquantaine de dirigeants d'entreprises françaises seront du voyage, dont ceux de LVMH, Airbus, Safran, EDF. L'Elysée prévoit une cinquantaine d'accords dans les secteurs de l'énergie, de l'agriculture et des services. La commande d'une centaine d'Airbus est également attendue.

    Le déficit commercial de la France vis à vis de la Chine s'élève à environ 30 milliards d'euros. Il s'agit du plus gros déficit commercial extérieur de la France, alors que la Chine est le deuxième fournisseur de l'Hexagone.

    Emmanuel Macron souhaiterait – et il le dira à son homologue Xi Jinping – que les relations entre les deux pays se rééquilibrent et que l'implantation des entreprises françaises en Chine soit aussi facile que celle des firmes chinoises en France, ce qui pour l'heure, est loin d'être le cas. C'est particulièrement vrai dans le secteur des services financiers. Un fonds d'investissement franco-chinois d'un milliard d'euros, destiné notamment à aider des PME françaises à s'établir en Chine, devrait également être annoncé.

    Toujours sur le plan économique, le vice-président du comité France-Chine, Jean-Pierre Raffarin, espère que ce voyage présidentiel sera également l'occasion de discuter des « nouvelles routes de la soie », un vaste projet de Pékin pour relier la Chine au monde via de nouvelles infrastructures.

    « C’est un énorme projet, rappelle l'ancien Premier ministre français. Il faut encore voir quels sont les conditions, la nature des projets, les règles que l’on veut respecter sur l’environnement... Donc il y a beaucoup à discuter sur les routes de la soie. Mais c’est un sujet sur lequel l’Europe n’est pas suffisamment mobilisée et le voyage du président sera, je crois, l’occasion d’éclairer ce projet. »

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