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    Asie-Pacifique

    Birmanie: six mois après la répression, les Rohingyas toujours dans l'attente

    media (Photo d'illustration) Des réfugiés rohingyas attendent de l'armée bangladaise l'autorisation de poursuivre leur route après avoir traversé la frontière, le 25 octobre 2017. REUTERS/Hannah McKay

    Il y a 6 mois en Birmanie, dans l'Etat de l'Arakan, débutait une vaste opération de répression de l'armée en réponse à l'attaque de postes de police par un groupe rebelle de la minorité musulmane Rohingya, entraînant la fuite au Bangladesh voisin de 700 000 Rohingyas victimes d'exactions, d'exécutions sommaires, de viols... L'ONU dénonce un nettoyage ethnique. Aujourd'hui, la situation s'est relativement apaisée et un plan a été signé entre les deux pays prévoyant leur rapatriement.

    Entre les barbelés et les soldats, les réfugiés survivent tant bien que mal, dans le dénuement et dans la peur. Ils sont 700 000 et la moitié sont des enfants. « Ils n’ont pas d’espace pour jouer librement, pas d’accès à l'éducation, assure Lucie Eches de l'ONG Save the Children. Et surtout ils ne se sentent pas en sécurité. Dans les consultations que nous avons faites récemment, ils nous ont fait part de leur peur d’être kidnappés, de leur peur d’aller chercher de l’eau, d’aller aux toilettes, de leur envie d’aller à l’école et de retrouver surtout une vie normale. »

    Aujourd'hui, c'est aussi l'arrivée de la mousson qui préoccupe Lucie Eches. « On a très peur que la situation se détériore, s'inquiète-t-elle. On sait qu’il y a à peu près 100 000 Rohingyas qui sont dans ces camps qui sont à risque d’inondation ou de glissement de terrain. En fait, il faut imaginer que le camp est sorti de nulle part, anciennement c’était une forêt. Donc c’est un terrain qui est extrêmement boueux.  La plupart des abris sont faits en bambous avec  des bâches en plastique. On pense que beaucoup ne résisteront pas à du vent ou à des fortes pluies. »

    La question du retour

    Le processus de rapatriement devait débuter le 23 janvier, mais selon les témoignages recueillis sur place, les Rohingyas refusent de rentrer en Birmanie dans les conditions actuelles. Au contraire, beaucoup d'entre eux continuent à fuir l'Arakan, où les violences n'ont pas cessé même si elles ont changé de nature.

    « On n’est plus face aux incendies systématiques de leurs habitations, viols, exécutions comme on l’a vu dans les mois précédents, explique Nina Walsh d'Amnesty International. Aujourd’hui on est plutôt sur des enlèvements de filles, de femmes, sur l’intimidation. Il y a privation de nourriture qui les pousse à fuir aujourd’hui. Et sur le chemin, quand ils essaient de traverser le Myanmar pour arriver au Bangladesh, ils sont victimes de vols systématiques de tous les biens qu’ils peuvent essayer d’emmener avec eux. »

    Des dizaines de villages rasés

    En effet les bulldozers sont à l'œuvre, au moins 55 villages ont été détruits. Le gouvernement birman explique qu'il s'agit de reconstruire la région en vue du rapatriement. Les experts sont sceptiques et pour les réfugiés, c'est un traumatisme de plus, explique Chris Lewa, présidente de l’ONG Arakan Project :

    « Toutes les traces de village adjacentes à la frontière bangladaise sont maintenant rasées. Un par un, les villages qui étaient brûlés et même ceux qui n’étaient pas brûlés et qui étaient abandonnés sont aussi rasés. Et pour les Rohingyas, c’est peut-être quelque chose d’encore plus émotionnel. On nous a dit ça. C’est-à-dire que maintenant les autorités sont en train d’effacer leur passé, les signes de leur présence dans le nord d’Arakan. »

    Empêcher de faire la vérité sur les crimes commis

    Le fait de raser les villages permet également de détruire toute preuve des atrocités qui s’y sont déroulées au mois d’août. Et jusqu’à présent, le gouvernement birman n’a pas autorisé la mission internationale établie par l’ONU d’avoir accès à la région. Et si un jour ils leur donnent l’accès, ils ne pourront plus rien y trouver.

    Selon les experts, des retours auront lieu petit à petit mais il est illusoire de penser que 700 000 personnes pourront retraverser la frontière. Et pour quelle vie ? La question reste entière : « Il n'y a toujours pas du côté de Naypyidaw de volonté politique d'inclure les Rohingyas dans la société birmane », affirme Chris Lewa.

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