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    Asie-Pacifique

    Malaisie: en homme «libre», le futur Premier ministre Anwar Ibrahim répond à RFI

    media Anwar Ibrahim, photographié lors d'un précédent entretien avec l'agence de presse Reuters, le 17 mai dernier à Kuala Lumpur. REUTERS/Stringer

    Sorti de prison le 16 mai dernier, Anwar Ibrahim devrait devenir le prochain Premier ministre de Malaisie d’ici un an ou deux. Tels sont les termes de l’accord conclu avec l'actuel chef du gouvernement, Mahathir bin Mohamad, qui vient d’être réélu à la tête du pays à l’âge canonique de 92 ans. Anwar Ibrahim nous a accordé cette semaine l’un de ses premiers entretiens à un média occidental. Il est interrogé par notre correspondante à Hong Kong.

    Pendant 22 ans, de 1981 à 2003, le Premier ministre Mahathir a dirigé la Malaisie, une monarchie constitutionnelle, d’une main de fer. En 1998, Anwar Ibrahim, qui est alors son vice-Premier ministre et ministre des Finances, mais aussi l'un de ses proches, est arrêté et condamné à plusieurs peines de prison - notamment pour sodomie -, au cours de procès qualifiés à l'époque de « parodie de justice ».

    A l'origine de cette brouille, que l'on pensait définitive : des désaccords politiques. Mais il y a quelques mois, les deux ennemis jurés se sont finalement réconciliés pour faire tomber le Premier ministre Najib Razak, dont le régime avait atteint des seuils de corruption exceptionnels. Puis la coalition d’opposition a remporté une victoire historique, qui marque la première alternance politique depuis l’indépendance.

    RFI : Anwar Ibrahim, comment allez-vous ?

    Anwar Ibrahim : Je me sens bien, indépendant, libre, enfin.

    Comment décririez-vous vos années en prison ?

    C’était extrêmement difficile. Mais en prison, il faut être fort, il faut s’imposer une règle rigide, c’est-à-dire la discipline. Il faut s’organiser pour prendre le temps de méditer, de lire, de faire de l’exercice. Sans cela, on tombe dans l’indolence ou la léthargie et cela peut nous casser. Si vous comprenez que l’intention des autorités est de vous casser, qu’il s’agit d’un plan politiquement orchestré, vous devez y être préparé et vous devez être très fort pour surmonter cela. En prison, il n'y a pas de média, pas de télévision, pas d'Internet, pas de journaux.

    Je ne pouvais compter que sur des livres ; des livres pris dans ma bibliothèque et des livres envoyés par des amis du monde entier. Quand j'ai été arrêté, inculpé et condamné - encore une fois, sur des accusations de sodomie fabriquées de toutes pièces par le gouvernement -, j'ai décidé de passer le plus clair de mon temps à lire, lire et lire. Bien sûr, j'aimais lire les classiques : Shakespeare, Victor Hugo, Maupassant, la poésie russe... Mais aussi les romans et la littérature locale et régionale, y compris dans ma propre langue, la langue malaisienne.

    Quand vous allez devenir Premier ministre, ce qui est prévu d’ici un an ou deux, vous rejoindrez les rangs de leaders politiques comme Nelson Mandela ou Aung San Suu Kyi, qui sont passés par la prison. Est-ce que cette épreuve fait de vous un homme différent ?

    Je suis plus vieux (rire) ! Plus sage, j'espère… Je suis plus patient, mais aussi plus empathique, plus attentionné. Et je pense que ce sont les qualités que les dirigeants doivent avoir. Quand on a connu l'incarcération, l'emprisonnement ou d'autres difficultés dans sa vie, on a le choix : soit on vient se venger, soit on gagne en sagesse pour essayer d’impulser un changement et faire en sorte que les injustices infligées à tant d'autres personnes et à vous-mêmes ne se répètent plus.

    J’ai choisi la deuxième option. La liberté doit être garantie. Et ce n'est pas juste un jeu de mots : « égalité, fraternité », euh... « Liberté, égalité, fraternité », ce n'est pas seulement une déclaration. Je pense donc qu'à mon âge, avec ce que j'ai vécu et enduré pendant si longtemps, je dois prouver que la politique doit être différente. Vous devez penser ce que vous dites et vous effectuer les changements que vous avez promis.

    Pouvez-vous nous dire quelques mots sur les résultats de cette élection ? Aviez-vous envisagé un tel scénario ?

    Si vous regardez les résultats des élections de 2013, vous voyez que la majorité des Malaisiens avaient déjà opté pour le changement. Et les élections ont bien sûr été falsifiées. Beaucoup de circonscriptions que nous avions remportées, alors, nous ont ensuite été volées. Donc, si vous regardez ce contexte, il n'est pas très difficile d'imaginer ou d'envisager la victoire pour l'opposition cette fois-ci. Mais le paysage politique a radicalement changé.

    J'étais en prison, et celui qui était mon ennemi à l'époque, Tun Mahathir, est apparu et a décidé de travailler avec nous. Il a conduit l'opposition pendant les élections, et nous avons gagné ! Même si j’avais envisagé une victoire, je n’avais jamais pensé qu'il aurait été possible ou même faisable d’obtenir cette remarquable transition démocratique sans qu’un seul coup de feu ne soit tiré. Je ne pensais pas non plus que l’opposition de la population au pouvoir en place serait aussi importante et qu’elle se traduirait dans les urnes.

    Vous dites « sans un coup de feu ». A-t-on craint, pendant la nuit des élections, d'assister à un coup ?

    Oui. Non seulement un coup d'Etat, mais il y avait également à ce moment-là une forte suspicion que le Premier ministre ne déclare l'état d’urgence et usurpe le pouvoir. Dieu merci, ça n’est pas arrivé.

    Quels sont vos projets dans l’immédiat, avant de devenir Premier ministre ? Vous avez parlé de voyager puis de devenir député.

    Oui, je veux aller à Paris, j’adore Paris au printemps, pendant l’été... (rires) bien sûr ! J’ai beaucoup d’amis là-bas ; j’aime l’ambiance, la ville, la nourriture, la culture. J’aimerais y passer quelques jours et voir mes vieux amis. Et il faudrait que je le fasse maintenant, parce que quand je serai au Parlement, ce sera terminé. Je vais aussi aller à Londres pour rencontrer Al Gore et son équipe, ainsi qu’en Turquie, pour répondre à l’invitation du président Erdogan. Ensuite, quelques autres endroits : Hong Kong, l'Australie, le Moyen-Orient, les Etats-Unis...

    Cela va me prendre un mois ou deux, c’est certain. Et puis, je reviendrai pour la législative partielle, pour redevenir un simple membre du Parlement, un député de second rang. J’ai dit au Premier ministre que je n'avais pas l’intention d'occuper une quelconque position dans le gouvernement, parce que je veux qu'il ait toute latitude pour prendre ses décisions sans avoir à s'occuper d’une autre personnalité politique susceptible de lui faire ombrage. Je pense que c’est une bonne décision.

    Où en est votre relation avec le Premier ministre Mahathir ? Dans les années 1980, vous parliez d’une relation père-fils. Mais aujourd’hui, sachant ce qu'il s’est passé depuis, où en est cette relation ?

    Deux amis proches oui, quasiment des liens filiaux, familiaux, qui se sont transformés en une guerre de 30 ans comme celles d'Europe (rires) : amère, vicieuse… Mais aujourd’hui, nous sommes en train de renouer notre amitié parce que l’objectif est de sauver le pays de la corruption endémique et des abus de pouvoir.

    Comment qualifier cette relation ? Est-elle confortable ?

    Non, pas vraiment confortable. Mais par exemple, hier soir, ma femme et moi étions invités dans sa maison et nous avons longuement discuté avec lui et son épouse. Il a été plus cordial et en m’observant, il s’est détendu, parce que quand l’on parle du passé de manière positive, on réalise qu’on met le passé derrière soi. Oui, voilà, on voit le bon côté.

    Que pensez-vous de Mahathir comme homme et comme dirigeant politique ?

    C’est un dirigeant compétent. Il est dur, résistant. Et il vous encourage à travailler dur. Pour moi, travailler dur, pas de problème ; être résistant, pas de problème. Mais il y a des sujets sur lesquels nous ne sommes pas forcément d’accord.

    Par exemple ?

    Par exemple, je veux davantage de réformes judiciaires. Il est engagé sur ce sujet, mais je ne pense pas qu’il puisse s'y impliquer aussi profondément que nécessaire.

    Quelle est votre ambition pour la Malaisie ?

    Paisible, démocratique et juste. La Malaisie a tellement d’atouts. Nous avons du pétrole, de l’étain… Nous produisons aussi du caoutchouc et de l’huile de palme, mais le pays… Oui, nous n’avons pas une pauvreté aussi forte qu’en Afrique, mais je ne comprends toujours pas comment nous pouvons tolérer le niveau de misère qu'il existe dans notre pays.

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