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    Asie-Pacifique

    Imran Khan et les relations indo-pakistanaises: vers un nouveau départ?

    media Des Pakistanais regardent une télévision diffusant le premier discours du Premier ministre pakistanais nouvellement nommé, Imran Khan, alors qu'il s'adresse à la nation. Photo prise dans un restaurant à Peshawar, le 19 août 2018. ABDUL MAJEED / AFP

    Dès l’annonce de son élection, le Premier ministre pakistanais Imran Khan a fait savoir haut et fort son souci de normaliser les sept décennies de relations mouvementées de son pays avec le frère ennemi indien. Parviendra-t-il à convaincre les militaires pakistanais, qui ont traditionnellement la haute main sur la politique étrangère, de lui laisser la marge de manœuvre nécessaire pour engager des pourparlers sur les contentieux majeurs qui divisent les deux pays ? Avec des législatives prévues dans neuf mois, le pouvoir indien sera-t-il réceptif à une nouvelle initiative de paix qui a toutes les chances d’échouer compte tenu de la montée des menaces terroristes et la situation tendue au Cachemire que disputent l’Inde et le Pakistan ? Décryptage.

    L’arrivée au pouvoir à Islamabad d’un leader charismatique, ancien champion du cricket qui n’a jamais exercé de mandat politique national, suscite beaucoup d’espoir au Pakistan. C’est du sang neuf. Les journaux comparent le nouveau Premier ministre pakistanais Imran Khan à Emmanuel Macron. A l’instar du président français qui se situe au-delà des lignes de fracture traditionnelles françaises entre la gauche et la droite, Khan promet de faire entrer la vie politique pakistanaise dans une nouvelle ère. L'émergence de cet homme politique pas comme les autres a ouvert une brèche dans le cycle d’alternance que connaît le Pakistan depuis des décennies entre deux grands partis : le PML-N dirigé par la famille Sharif du Punjab et le Parti du peuple des Bhutto issus de la province du Sind.

    Beaucoup croient que l’élection de ce nouvel homme fort permettra de tourner une fois pour toutes la page des relations tumultueuses avec le frère ennemi indien, puissance nucléaire de surcroît. D’ailleurs, dès la proclamation de l’élection attendue de son parti le Pakistan Tehreek-e-Insaaf (Mouvement pour la justice au Pakistan, PTI) aux législatives du 25 juillet, Imran Khan a donné le ton en affirmant que si « l’Inde fait un pas vers nous, nous en ferons deux ». « Je fais partie de la poignée des Pakistanais qui connaissent bien l’Inde grâce à mon passé dans le cricket (…) Je veux vraiment réparer nos liens qui ont été abîmés », a déclaré le leader du PTI, sans toutefois oublier de rappeler la centralité de la crise du Cachemire. Il a appelé pour sa résolution à travers des négociations.

    Certes, l’Inde n’a pas été parmi les premiers pays à réagir à la victoire électorale du PTI, mais dès que les résultats du scrutin ont été confirmés par la commission électorale pakistanaise, le Premier ministre Narendra Modi a pris son téléphone pour féliciter de vive voix le leader pakistanais pour son élection et, a « réitéré sa vision pour la paix et développement dans l’ensemble du sous-continent ».

    Imran Khan brandit la trophée de la Coupe du monde du cricket après la divine victoire de l'équipe pakistanaise à ce championnat planétaire. Stephen DUPONT / AFP

    L’ambassadeur indien à Islamabad a également fait le déplacement jusqu’à la résidence du nouveau Premier ministre avant l’investiture formelle de ce dernier pour lui remettre une batte de cricket signée par tous les joueurs de la sélection indienne. Les deux ont discuté du besoin de redémarrer le dialogue entre leurs deux pays, en présence de l’entourage proche de Khan, dont Shireen Mazari qui a toutes les chances d’être nommée la ministre de la Défense dans le nouveau gouvernement.

    Les coffres sont vides

    Les relations détériorées avec l’Inde font partie des nombreux défis auxquels est confrontée la nouvelle administration pakistanaise. Parmi les autres défis majeurs qui attendent le gouvernement Khan figure la situation sécuritaire du pays, en amélioration mais toujours précaire, comme l’a confirmé l’attentat perpétré par un kamikaze à Quetta (dans le Sud-Ouest) qui a ensanglanté la journée de vote.

    L’économie pakistanaise se trouve aussi dans une situation désastreuse avec une crise de la balance des paiements, qui menace la stabilité de la monnaie pakistanaise et la solvabilité du pays. Le Pakistan est désormais sans guère d’option que le recours au Fonds monétaire international (FMI), mais la nouvelle équipe au pouvoir craint que cette organisation internationale n’impose des conditions trop lourdes sous la pression de l’administration Trump avec laquelle le Pakistan entretient des relations pour le moins compliquées.

    « Moins d’argent dans les coffres de l’Etat pakistanais, c’est moins de fonds pour les organisations terroristes contrôlées par l’armée, chargées de perpétrer des attentats sur le sol ennemi », expliquait récemment un spécialiste du terrorisme transfrontalier à la télévision indienne, s’interrogeant sur un ton badin si finalement le moment n’était pas propice pour l’amélioration des relations indo-pakistanaises.

    « Cette amélioration passe obligatoirement par le bon vouloir de l’armée pakistanaise qui garde la haute main sur la politique étrangère et la défense », prévient Gilles Boquérat, chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique et spécialiste du Pakistan (1). L’illustration en a été donnée le mois dernier par le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo en personne. Soucieux d’obtenir le soutien du Pakistan afin de pouvoir organiser des pourparlers avec les talibans en Afghanistan, le dirigeant américain a téléphoné au Pakistan. Qui croyez-vous a-t-il appelé ? Pas le Premier ministre ni le ministre des Affaires étrangères, mais le tout-puissant chef de l’arme pakistanaise, le général Qamar Javed Bajwa. Celui-ci s’est instamment rendu en Afghanistan et a persuadé le président afghan Ashraf Ghani de la nécessité de procéder au cessez-le-feu réclamé par les Américains.

    « Cette mainmise de l’armée est totale, s’agissant des relations avec l’Inde qui est considérée comme une menace existentielle », maintient Gilles Boquérat. « Les gouvernements pakistanais issus de la société civile ont constaté le monopole de l'armée sur la diplomatie à leurs dépens », poursuit le spécialiste, attirant l’attention sur le sort des Premiers ministres démocratiquement élus, qui ont voulu prendre des initiatives pour se rapprocher du frère ennemi indien.

    « Le prédécesseur d’Imran Khan, Nawaz Sharif qui s’était rendu à New Delhi pour l’investiture de Narendra Modi il y a 4 ans, pourrit aujourd’hui en prison où il purge une peine de dix ans pour corruption et népotisme », raconte Boquérat. Et d’ajouter : « Quant à Asif Ali Zardari du clan Bhutto qui a entre 2008 et 2013 présidé à la destinée du Pakistan en tant que président élu, est aujourd’hui condamné à la poubelle de l’histoire pour avoir déclaré au Wall Street Journal que l’Inde n’avait jamais été une menace, contredisant la lecture traditionnelle des militaires de la relation bilatérale indo-pakistanaise. »

    « Un millier d’estocades »

    L’Inde moderne et le Pakistan sont nés de la partition de l’Inde britannique en 1947. Le Pakistan a soufflé ce 14 à Islamabad et l'Inde ce15 août à New Delhi leurs 71 bougies. Contrairement au pays de Gandhi qui a adopté le système démocratique, le pays des Purs (surnom du Pakistan) qui se veut le foyer des musulmans du sous-continent, a été dirigé par l’armée pendant près de la moitié de ses sept décennies d’existence. Le sort du Cachemire, réclamé par les deux voisins, demeure la principale pomme de discorde entre eux.

    Des manifestants touchent le corps du professeur Mohammed Rafi Bhat, abattu par la police indienne. REUTERS/Danish Ismail

    Ancienne principauté à majorité musulmane mais dont le souverain hindou avait fait le choix de rejoindre l’Inde lors de la partition, le Cachemire est aujourd’hui une province indienne, exception faite du tiers occidental de son territoire occupé par le Pakistan. L’armée pakistanaise a menacé d'infliger à l’Inde « un millier d’estocades » afin de lui arracher le Cachemire. En sept décennies de co-existence mouvementée, les deux frères ennemis se sont livrés quatre guerres, sans pour autant résoudre dans un sens ou dans l’autre la question de l’ancienne principauté himalayenne. Qui plus est, depuis vingt ans la région s’est embourbée dans un climat insurrectionnel avec la population réclamant désormais l’indépendance.

    Pendant ce temps, la liste des contentieux majeur entre l’Inde et le Pakistan n’a cessé de s’allonger : « la question longtemps centrale du Cachemire, objet par le passé de nombreuses passes d’armes aux Nations unes, doit aujourd’hui rivaliser avec le positionnement face à l’extrémisme islamique, le partage des ressources hydrauliques des fleuves transfrontaliers ou lutte d’influence en Afghanistan », écrit Gilles Boquérat dans un article sur les relations indo-pakistanaises (Ramses 2012).

    Les pourparlers (« dialogue composite ») engagés depuis le début des années 2000 par les gouvernements indien et pakistanais dans le but de trouver des solutions à leurs contentieux sont systématiquement torpillés par des attentats terroristes sur le sol indien. Elles seraient commanditées, selon les spécialistes, par l’Inter-Services Intelligence (ISI), la notoire agence pakistanaise de renseignements, chargée d’exécuter les basses œuvres de l’armée.

    Le torpillage le plus spectaculaire a eu lieu à Bombay, le 26 novembre 2008, lorsqu’une poignée de terroristes en provenance du Pakistan et lourdement armés se sont mis à tirer de manière indiscriminée sur la population à divers endroits de la capitale économique de l’Inde, faisant 188 morts et 322 blessés. Ces attentats ont sonné le glas du « dialogue composite », avec les dirigeants indiens appelant à mettre fin au parrainage du terrorisme transfrontalier par l'Etat pakistanais, si celui-ci voulait reprendre les négociations.

    Or les attaques terroristes ont continué. Les dernières en date sont celles perpétrées en janvier 2016 contre la base aérienne militaire de Pathankot et en septembre de la même année contre une base de l’infanterie indienne au Cachemire, faisant huit et dix-sept morts respectivement dans les rangs de l’armée indienne. Chaque fois, New Delhi a pointé du doigt les groupes terroristes opérant à partir du sol pakistanais, prenant pour cible l’Inde en toute impunité.

    Parallèlement, on assiste à une montée de tensions militaires entre les deux pays, avec un accroissement anormal au cours des trois premiers mois de l'années en cours des cas de violation du cessez-le-feu entre les deux armées stationnées le long de la ligne de contrôle servant de frontière entre la partie indienne du Cachemire et le territoire occupé par le Pakistan, appelé aussi « Azad Kahmir » ou le Cachemire libéré.

    Simulacre d’autonomie

    Tel est le contexte dans lequel Imran Khan est arrivé au pouvoir à Islamabad. « Si l’Inde a tardé à répondre à l'appel du nouveau Premier ministre pakistanais pour donner une nouvelle impulsion aux relations bilatérales, c’est sans doute parce que, décrypte Gilles Boquérat, le gouvernement Modi est conscient des limites des gouvernements issus du processus démocratique pour mener à bien les initiatives diplomatiques. » Rappelant qu’Imran Khan s’est rapproché des militaires pour pouvoir remporter le scrutin du 25 juillet, les experts indiens s’interrogent pour leur part sur la véritable marge de manœuvre du nouvel homme fort du Pakistan.

    « L’élection d’Imran Khan n’est pas en soi un signal suffisant d’un changement quelconque à l’oeuvre dans la diplomatie pakistanaise », écrit Manoj Joshi, chercheur à l’Observer Research Foundation, think-tank indien basé à New Delhi.  « L’armée pakistanaise n’est pas, poursuit-il, sur le point de renoncer à son droit de formuler la politique étrangère du pays quand bien même l’homme politique dont elle a favorisé l’ascension prend la tête de l’exécutif. Le pays a connu cette situation avant et l’armée avait alors estimé que la classe politique pakistanaise n’était pas à la hauteur. Cette fois, le Premier ministre (qui doit à l’armée son élection) n’aura peut-être même pas la possibilité d’exercer un simulacre d’autonomie. »

    La presse indienne rappelle, quant à elle, qu’avec les législatives prévues en avril 2019, Imran Khan risque de trouver son homologue Modi peu réceptif à une nouvelle initiative de paix car tout échec risque de coûter cher en voix à ce dernier, candidat à sa propre succession. Dans ces conditions, comment ne pas croire que la gestion des conflits plutôt que sa résolution continuera d’être, pendant sans doute longtemps encore, la marque de fabrique des relations bilatérales indo-pakistanaises ?


    (1) Le Pakistan en 100 questions, par Gilles Boquérat. Editions Taillandier, 368 pages, 16,90 euros.

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