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    Asie-Pacifique

    Corée du Sud: la politique anti-syndicats de Samsung sur le banc des accusés

    media Le président de la branche électronique du géant Samsung a été inculpé la semaine dernière pour avoir empêché pendant des années la création d’un syndicat au sein de son entreprise. ®REUTERS/Kim Hong-Ji/File Photo

    Le président de la branche électronique du géant Samsung a été inculpé la semaine dernière pour avoir empêché pendant des années la création d’un syndicat au sein de son entreprise. Cette inculpation est une petite révolution en Corée du Sud, pays où les autorités ont longtemps été étonnamment complaisantes vis-à-vis de la politique anti-syndicats de Samsung.

    Lee Sang-hoon, le président de Samsung Electronics, et 15 autres dirigeants de l’entreprise sont accusés d’avoir eu recours à divers moyens pour empêcher leurs salariés de se syndiquer : menaces de licenciement ou de baisse de salaire, ou encore mise à la porte de fournisseurs jugés trop conciliants avec les syndicats.

    Parmi les personnes inculpées se trouvent aussi des hauts fonctionnaires de la police et du ministère du Travail. Les procureurs ont parlé de « crime organisé qui a mobilisé l’ensemble de l’entreprise à temps plein ».

    Cette inculpation survient après cinq mois d’une enquête sans précédent. C’est d’ailleurs la découverte de documents lors d’une autre enquête, visant elle l’ancien président coréen Lee Myung-bak accusé de corruption, qui a permis à la justice de se pencher sur les pratiques de Samsung.

    Une opposition aux syndicats

    Le conglomérat a en effet longtemps réussi à empêcher la création de syndicats parmi ses filiales. Depuis sa création en 1938, celle qui est aujourd'hui la plus grande entreprise de Corée n’a jamais caché son opposition aux syndicats, auxquels elle a un jour publiquement reproché de « créer des conflits inutiles ». Samsung a même été accusée dans le passé d’avoir kidnappé plusieurs syndicalistes pour tenter de leur faire peur !

    Parmi les 60 filiales du groupe, seulement neuf disposent d’un syndicat. Et parmi ses 200 000 employés en Corée, seuls 300 sont syndiqués ! Un chiffre très faible, à comparer avec les 74% de salariés syndiqués chez Hyundai, un autre conglomérat coréen.

    Cette politique a des conséquences : dans les usines de semi-conducteurs, en raison de l’utilisation de produits chimiques nocifs et de l’absence de protections adéquates, plus d’une centaine d’ouvrières de Samsung ont été victimes de leucémies et de cancers... et il a fallu plus de dix ans de lutte à leurs familles pour que l’entreprise finisse par leur offrir des excuses et des indemnités.

    Le mouvement syndical en perte de vitesse

    Mais historiquement, les syndicats sont pourtant très puissants en Corée du Sud, et notamment dans les secteurs de l’automobile et de la construction navale. Ces syndicats ont aussi joué un grand rôle dans la lutte contre les dictatures militaires dans les années 1970 et 1980.

    Aujourd’hui ils ont perdu de leur influence : seulement 10% des salariés coréens sont syndiqués. Le recours en masse à la sous-traitance et à l’intérim a beaucoup affaibli le mouvement syndical.

    Ce qui est étonnant, c’est que la politique anti-syndicat de Samsung a de toute façon toujours été illégale... mais les autorités fermaient les yeux - un signe de la puissance démesurée de l’entreprise en Corée.

    Cependant l’année dernière, le président Moon Jae-in a été élu en promettant de mieux contrôler les abus de ces conglomérats qui dominent l’économie du pays. L’héritier de Samsung, Lee Jae-yong vient d’ailleurs de passer plusieurs mois en prison pour un scandale de corruption. Le message du président coréen semble avoir été entendu du côté des tribunaux.

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