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    Asie-Pacifique

    Référendum en Nouvelle-Calédonie: quelques jours pour convaincre

    media Les supporters du FLNKS, partisans de l'indépendance kanake, en meeting le 30 octobre 2018 à Nouméa. Theo Rouby / AFP

    « Oui » ou « non » à l’indépendance ? La question sera posée dimanche 4 novembre 2018 aux 174 000 électeurs du référendum d’autodétermination de la Nouvelle-Calédonie, 165 ans après l’arrivée des premiers colons français sur cet archipel situé à 18 000 km de l'Hexagone. Les sondages donnent le « non » largement gagnant, mais les indépendantistes kanaks espèrent quand même faire avancer leur cause. Récit des derniers jours de campagne.

    De notre envoyé spécial à Nouméa,

    La France lui a donné le nom de Nouvelle-Calédonie. Mais eux l’appellent « Kanaky ». Dans une ambiance de kermesse, les indépendantistes de la coalition du Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS) donnent leur dernier meeting de campagne à quelques kilomètres du centre de Nouméa. Les drapeaux rouge, vert, bleu et jaune de Kanaky sont partout. « C’est le dernier meeting avant le "oui". Kanaky ! », lance l'oratrice.

    Gaëlle, étudiante de 25 ans, n’a pas connu les années de violence qui ont ouvert la voie vers le référendum historique de ce dimanche. « Ce n'est pas un vécu, explique-t-elle, mais c’est une continuité de ce que nos vieux ont fait. On veut avoir notre identité kanake. » Car à ses yeux, aujourd'hui, ce n’est pas encore le cas. « Ici, on est français. Sur nos papiers, c’est pas écrit Calédonie. On n’est pas de nationalité calédonienne », déplore la jeune femme.

    « Vous allez perdre beaucoup de choses, on vous fait miroiter la Lune »

    TEMOIGNAGE
    Joseph, kanak de 83 ans, votera «oui», car «nous sommes capables de gérer notre pays, donc pourquoi ne pas nous le redonner? C'est un droit universel» 02/11/2018 - par Julien Chavanne Écouter

    A la tribune, les chefs de file du FLNKS se démènent pour mobiliser contre l’Etat colonial, mais aussi pour rassurer les troupes. Car les sondages donnent le « non » vainqueur à plus de 60%. Les dirigeants indépendantistes le reconnaissent d'ailleurs eux-mêmes : ce référendum sera un « galop d’essai ». C'est notamment le cas de Roch Wamytan, qui préside le groupe FLNKS au Congrès de la Nouvelle-Calédonie.

    « Avec la colonie de peuplement orchestrée par l’Etat français depuis des dizaines et des dizaines d’années, dénonce le dirigeant indépendantiste, effectivement, on peut se poser la question de savoir si on va passer cette fois-ci. C’est pour cela d’ailleurs qu’on a prévu trois référendums. Et pour nous, il n’est absolument pas question de changer quoi que ce soit. Tant que le FLNKS sera là, nous irons jusqu’au bout. »

    En face, le camp du « non » a fait campagne sur un argument principal : l’indépendance, c’est se priver des 1 milliard et demi d’euros versés chaque année par l’Etat français. Or, la Kanaky n’en aurait pas les moyens. Mais pas de triomphalisme chez Calédonie ensemble, le parti de centre droit qui dirige le gouvernement local. Philippe Michel est à la tête de la province Sud. Il tend d’ores et déjà la main aux indépendantistes.

    TEMOIGNAGE
    Une Caldoche, descendente des premiers colons, votera «non» car l'archipel n'a pas les moyens de subsister sans la France, dit-elle 02/11/2018 - par Julien Chavanne Écouter

    « Dimanche, dit-il, il ne suffira pas de gagner pour garantir le maintien de la paix, la poursuite du vivre ensemble. Il faudra être plus intelligent que ça, il va falloir tendre la main. » Car si les affiches et les tracts sont presque invisibles dans les rues de Nouméa, il suffit de poser une question au marché du port pour lancer le débat entre un Kanak indépendantiste et une Calédonienne venue de métropole.

    « Etre indépendant, qu'est-ce que ça va t'apporter ? », demande la dame. « Je suis pour l’indépendance dans la France », répond le monsieur. « Ça c'est pas possible », plaide la première. « On pourra toujours rester comme ça mais dans une autre configuration, régler le problème colonial », précise le second. « Mais tu n'es pas opprimé, tu as ta maison. Vous allez perdre beaucoup de choses, on vous fait miroiter la Lune », conclut la métropolitaine.

    « Dans un référendum d'autodétermination, seul le peuple colonisé doit voter »

    Loin de l’agitation de Nouméa, des médias et des tribunes de meetings, Maki Wéa, l’une des voix des indépendantistes radicaux, aimerait bien s'occuper de son jardin à Gossanah, au nord de l’île d’Ouvéa. C’est ici qu’il y a 30 ans, 19 assaillants kanaks, quatre gendarmes et deux militaires avaient été tués à l’issue d’une prise d’otages. Là où tout a commencé. Mais Maki Wéa n’ira pas voter. Pour lui, le scrutin de dimanche est biaisé.

    « Dans un référendum d'autodétermination, argumente-t-il, seul le peuple colonisé doit voter. Et le peuple colonisé, c’est les Kanaks. Le Wallisien, le Français, le Martiniquais, ils ont un premier pays. Quand ils arrivent ici, ils ont encore un deuxième pays pour mieux nous noyer, mieux nous piétiner chez nous. C’est ça que nous dénonçons. » Les deux camps ont évité jusqu’à présent les provocations. Tous le répètent, ils veulent la paix, quel que soit l’avenir de leur pays, Kanaky ou Nouvelle-Calédonie.

    Avoir la chance de voter là, c’est quand même un privilège. Il y a des gens qui sont tombés pour qu’on soit là.

    Trois visages du choix kanak

    Reportage en Nouvelle-Calédonie

    02/11/2018 - par Julien Chavanne Écouter
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