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    Asie-Pacifique

    Elections générales au Bangladesh: les enjeux d’un scrutin crucial

    media Des officiels bangladais installent le matériel électoral à Dacca pour les élections générales du 30 décembre 2018. Munir UZ ZAMAN / AFP

    Ce dimanche 30 décembre, le Bangladesh vote pour renouveler son Parlement. Face à une opposition déstabilisée par la politique répressive du gouvernement, la Première ministre sortante Sheikh Hasina, 71 ans, est donnée grande favorite par les sondages pour un quatrième mandat de cinq ans à la tête de son pays de 165 millions d’habitants. Elle mise sur ses succès économiques, obtenus aux dépens de la démocratie et des libertés, selon ses critiques.

    La campagne électorale qui s’est achevée au Bangladesh en vue des législatives du dimanche 30 décembre a été l’une des plus violentes que ce pays d’Asie du Sud ait connues depuis son retour à un régime de gouvernement civil au début des années 1990. Les affrontements souvent sanglants entre les partisans du pouvoir et ceux de l’opposition ont ponctué la campagne, faisant des blessés et voire des morts. Particulièrement visés par la police et les militaires déployés par le gouvernement dans les rues de la capitale et des grandes villes, les partis d’opposition ont dénoncé les vagues d’arrestations massives dans leurs rangs. 21 000 militants des partis de l’opposition se trouveraient derrière les barreaux.

    « Les violences ont commencé dès le 10 décembre avec la qualification officielle des listes des candidats et l’ouverture de la campagne dans les circonscriptions », écrivent les analystes de Human Rights Watch dans un rapport qu’ils viennent de faire paraître, au titre éloquent : « Créer un climat de panique : répression policière contre opposants et critiques à l’occasion des élections au Bangladesh ».

    « Des membres et partisans des principaux partis d’opposition ont été arrêtés, tués, voire ont disparu, créant une atmosphère qui n’est pas consistante avec des élections crédibles », a déclaré Brad Adam, directeur Asie de Human Rights Watch, lors de la présentation à la presse du rapport de son organisation sur la situation bangladaise à la veille d’une échéance cruciale.

    Forces en présence

    Pays de 165 millions d’habitants et indépendant depuis 1971, le Bangladesh a connu deux dictatures militaires (1975-1981 et 1981-1991) avant de renouer avec le régime civil en 1991. La vie politique y est dominée, depuis, par deux grands partis politiques : la Ligue Awami et le Bangladesh National Party(BNP). Parti de centre-gauche et laïque, au pouvoir depuis bientôt dix ans, la Ligue Awami est dirigée aujourd’hui par l’actuelle Première ministre, Sheikh Hasina Wajed, fille du père de la nation Sheikh Mujibur Rahman qui mena le pays à l’indépendance en 1971. Fort de son bilan économique plutôt positif avec entre 6 et 7% de croissance depuis une décennie et le triplement du revenu par tête d’habitant, la Première ministre sollicite un troisième mandat consécutif pour sa formation.

    Face à elle, une opposition déstabilisée par l’absence de sa cheffe emblématique Khaleda Zia. Malade et emprisonnée, celle-ci dirige l’autre grande formation du pays, le BNP, parti qui s’inscrit dans la mouvance centre-droit. La rivalité sanglante entre les deux leaders constitue le balancier de la vie politique bangladaise, avec les deux femmes alternant au pouvoir depuis 1991.

    Le BNP avait boycotté le scrutin précédent en 2014, en protestation contre la suppression du dispositif de gouvernement intérimaire auquel le gouvernement sortant passe le relais et qui est chargé d’organiser les élections législatives. Le boycot avait ouvert un boulevard au parti de Sheikh Hassina qui avait vu plus de 50% des 300 sièges de l’Assemblée nationale tomber dans son escarcelle quasiment sans opposition. « Cette décision s’est révélée suicidaire pour le BNP car elle a permis à la Ligue Awami de dominer le champ politique », explique Asheque Haque, analyste et chercheur politique indépendant.

    Photo prise le 27 décembre. Les militants du parti de l'opposition Bangladesh National Party manifestent dans les rues de Dhaka dans le cadre de la campagne électorale. AFP

    Déterminé cette fois de jouer le jeu du parlementarisme, le BNP a rejoint la grande coalition formée par les principaux partis de l’opposition, avec à sa tête un vétéran de la politique bangladaise, le Docteur Kamal Hossein. Ancien ministre des Affaires étrangères et longtemps conseiller de Sheikh Mujibur Rahman, père de Hasina, ce dernier est un homme très respecté dans le pays. En tant que chef de l’opposition réunie, il a réussi à mobiliser les progressistes qui s’inquiètent de la dérive autoritaire du gouvernement. L’opposition dénonce également la mainmise du pouvoir sur la machine électorale qui fait douter du caractère équitable du scrutin.

    Des avancées économiques réelles

    Traditionnellement, la politique et la violence vont de pair au Bangladesh. « Les campagnes électorales donnent lieu régulièrement à des affrontements sanglants entre les partisans des formations rivales. Mais ce qui est inhabituel cette fois, c’est le nombre particulièrement élevé des opposants incarcérés. Cela traduit sans doute, analyse Asheque Haque, une crise de légitimité du pouvoir.  » Et l’analyste de poursuivre : «  Ce manque de confiance est d’autant plus étonnant que les derniers sondages sont largement favorables au gouvernement et à ses politiques économiques. »

    Le pays connaît en effet une croissance économique soutenue depuis une dizaine d’années, de 6% en moyenne. Les excellents résultats à l’exportation de son industrie du textile et du prêt-à-porter ne sont pas étrangers à cette accélération de l’économie, qui s’est répercutée sur le niveau de vie des citoyens et sur les indicateurs de développement du pays. L’espérance de vie y est supérieure à 72 ans, mieux qu’en Inde et au Pakistan, et la participation des femmes dans la population active y est l’une des plus élevées comparée aux pays en développement. La Banque mondiale cite Dacca en exemple pour ses efforts réussis pour la réduction de la grande pauvreté.

    « Le fossé entre les riches et les pauvres n’a pas pour autant cessé de se creuser dans ce pays », souligne pour sa part Asheque Haque, rappelant que le Bangladesh est entré dans le club des pays où on peut devenir désormais milliardaire en un temps record. Par ailleurs, des banques bangladaises connaissent un haut niveau de prêts non remboursés, conduisant à un problème de liquidités qui n’est pas sans rappeler, selon les experts, la situation explosive de l’Indonésie avant sa crise bancaire catastrophique de 1997. La résolution de la crise avait coûté à Jakarta, on s’en souvient, 50% de son PIB.

    Dérive autoritaire

    Parallèlement à des avancées économiques réelles et saluées par la communauté internationale, le gouvernement de Sheikh Hasina, au pouvoir depuis une décennie, a adopté des méthodes de plus en plus autoritaires pour s’imposer et se perpétuer au pouvoir. Réélu pratiquement sans opposition en 2014, la Ligue Awami se comporte désormais, disent les observateurs, comme un quasi-parti unique, qui n’a plus besoin de rendre des comptes au parlement devenu une simple chambre d’enregistrement. « Le gouvernement n’a pas à rendre des comptes non plus à la communauté internationale, car avec la montée des régimes autoritaires à travers le monde, c’est le non-respect des règles démocratiques qui est devenu désormais la norme », ironise l’analyste Asheque Haque.

    C’est l’opposition, soumise à une répression terrible, qui a principalement fait les frais ces dernières années de la dérive autoritaire du pouvoir. En particulier, Khaleda Zia, la chef de l’opposition et l’ancienne Première ministre. Détenue depuis février dernier dans le cadre des procès pour des affaires de violence et de corruption, elle a été condamnée à 17 ans d’emprisonnement. Quant à son fils, Tariq Rahman, héritier de la dynastie Zia, il a dû s’exiler à Londres, puisqu’il a lui aussi été visé par des procès. Accusé notamment d’avoir fait exploser une grenade sur le passage de Sheikh Hasina il y a 14 ans, alors qu’elle n’était pas encore Première ministre, il vient d’être condamné in absentia à une peine de prison à vie.

    Parmi les autres cibles privilégiées du gouvernement bangladais, les journalistes qui se retrouvent devant les tribunaux chaque fois qu’ils osent pointer du doigt les défaillances de la Ligue Awami. « Les journalistes n’ont pas pour vocation de mettre de l’huile sur les conflits, ni de ternir l’image du pays », a déclaré la Première ministre. Elle s’était personnellement déplacée au Parlement pour soutenir une nouvelle loi controversée sur la sécurité numérique, qui restreint, selon ses critiques, la liberté d’expression. Adopté par les parlementaires, la Digital Security Act est entrée en vigueur en octobre dernier, au grand désespoir des progressistes, qui ne sont pas convaincus que les gains économiques justifient la mise sous le boisseau des valeurs fondamentales de démocratie et de liberté d’expression au nom desquelles leurs parents ont livré une guerre de libération sanglante en 1971 et dont Dacca commémorera le souvenir et le cinquantenaire dans trois ans.

    Une seule certitude, ce dimanche 30 décembre, le gouvernement sortant de Sheikh Hasina sera confronté à un choix difficile entre ... équité et fraude. S’il manque à son devoir d'organiser une élection libre et crédible, ce sera porter un coup fatal à l’Etat de droit, décourageant les investisseurs étrangers dont dépend la prospérité du pays et se condamnant par la même en tant que parti et héritier direct des martyrs de la guerre de libération, à une crise de légitimité sans fond. En revanche, s'il réussit à organiser une élection crédible, il aura peut-être permis au pays de tourner définitivement la page de la dérive autoritaire.

    Qu'en pense le spécialiste du pays Asheque Haque ? « Je crains fort que le Bangladesh n’en a pas encore fini avec l’autoritarisme », fuse la réponse, précédée d'un bref silence.

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