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    Asie-Pacifique

    Cambodge: dans le labyrinthe de la mémoire des Khmers rouges

    media Lundi 7 janvier: cérémonie officielle de lâcher de colombe au stade olympique de Phnom Penh pour célébrer le 40e anniveraire de la chute des Khmers rouges. Tang Chhin Sothy/AFP

    Au Cambodge, il y a 40 ans tombait le régime sanguinaire des Khmers rouges. La répression méthodique pratiquée par ces maoïstes radicaux formés en Occident a coûté la vie à 1,7 million de Cambodgiens. La gestion de la mémoire de cette tragédie demeure un enjeu majeur de la vie politique dans le royaume.

    Le 7 janvier 1979, les troupes vietnamiennes pénétraient dans Phnom Penh, refoulant vers les frontières thaïlandaises l’armée en déroute de Pol Pot, le dictateur cambodgien aux mains tachées de sang et leader des Khmers rouges. La tension était à son comble entre les deux voisins, avec la multiplication des incursions cambodgiennes sur le territoire vietnamien tout au long de l’année qui venait de s’achever. La réponse de Hanoï fut décisive. Après avoir détruit les dernières lignes de défense khmère, l’armée vietnamienne prend rapidement le contrôle du pays et y installe un gouvernement ami.

    Quarante ans après, que représente la date du 7 janvier pour les Cambodgiens ? «  Devenu férié, ce jour est entré dans l’imaginaire collectif comme la date emblématique du renversement des Khmers rouges et de la fin de la longue nuit de cauchemar dans laquelle ces derniers avaient plongé le pays », répond l’historien Alain Forest, spécialiste du Cambodge (1).

    Une dictature sanglante

    Bref rappel historique. Arrivés au pouvoir en avril 1975, Pol Pot et son équipe de révolutionnaires avaient imposé aux Cambodgiens leur vision du monde basée sur la collectivisation ultra radicale des moyens de production et la volonté de faire advenir une société agraire sans classes, sans religion et voire sans argent. Pendant quelque trois ans et demi, ce régime totalitaire, mis en place par ces communistes radicaux d’inspiration maoïste, a fait régner la terreur, contribuant à une déstabilisation sociale profonde.

    La stratégie de ces nouveaux maîtres de Phnom Penh consistait d’une part à transférer vers les campagnes tous les citadins et à organiser des persécutions de masse inédites, d’autre part. Celles-ci visaient à « rééduquer » les populations embourgeoisées par la vie citadine et à éliminer les plus récalcitrants par la torture, quand ceux-ci n’étaient pas déjà victimes d’exécutions sommaires ou de famine. Le Cambodge sous les Khmers rouges s’apparentait à une dictature sanglante, sous laquelle périrent 1,7 million de Cambodgiens, soit un quart de la population du pays à l’époque. «  On parlera de génocide, même si le terme reste problématique, puisqu’en l’occurrence les victimes des bourreaux khmers étaient elles-mêmes essentiellement khmères  », explique Alain Forest.

    Des lieux de mémoire

    Hem Sakou, 79 ans, une rare survivante du génocide des Khmers rouges se tient devant le mur des victimes au musée Tuol Sleng (S-21), à Phnom Penh. Datée du 31 mai, 2011. REUTERS/Samrang Pring

    Or, quand le 7 janvier 1979, les premiers blindés vietnamiens pénètrent dans la capitale cambodgienne, le monde était loin d’imaginer l’ampleur de la tragédie humaine que ce petit pays de l’Asie du Sud-Est venait de vivre. Ce sont les découvertes des camps de concentration et des fosses communes mis à jour tout d’abord par les soldats vietnamiens, puis les chercheurs, qui ont révélé les nombreux crimes de masse perpétrés en quasi-autarcie par les Khmers rouges contre leurs propres populations.

    On a recensé jusqu’à présent 380 sites d’extermination à travers le pays, ainsi que 20 000 fosses communes et plus d’une centaine de « centres de rééducation » et de torture, à l’image du centre S-21, devenu à partir de 1980 le principal musée du génocide cambodgien, au cœur de la capitale Phnom Penh. Ce sont deux journalistes vietnamiens, arrivés dans les valises des troupes de Hanoï, qui ont découvert le camp, remontant à la trace l’odeur des corps en décomposition dans ce quartier de la capitale cambodgienne.

    Les historiens estiment qu’entre 1975 et 1979, dans cet ancien lycée Tuol Sleng à Phnom Penh, transformé en centre de détention, d’interrogation et de torture, entre 16 000 et 18 000 personnes ont été détenues, torturées, avant d’être exécutées soit à l’intérieur de ses murs ou dans le camp d’extermination de Choeung Ek (connu sous le nom de « Killing Fields »), situé en périphérie de la ville. Selon la légende, les dernières exécutions y ont eu lieu le 6 janvier 1979, c’est-à-dire la veille de la prise de la capitale.

    Avec ses quatre blocs conservés en état avec leur potence, leurs instruments de torture et des photos des suppliciés accrochées au mur, le centre S-21 est devenu un lieu de mémoire incontournable du génocide cambodgien, particulièrement prisé par les tours opérateurs. Il est pris d’assaut du matin au soir par les touristes occidentaux, ce qui laisse peu de place pour les visiteurs du cru.

    Amnésie collective ?

    «  Le succès du musée S-21 et des charniers des Killing Fields auprès des touristes marque la quasi-indifférence que ces lieux suscitent chez les Cambodgiens, jeunes et adultes », se lamente l’historien Alain Forest. Cette indifférence est confirmée notamment par les chiffres de fréquentation par les étudiants de l’ancienne prison : 7% seulement du total des visiteurs (2017), selon l’administration du S-21.

    Dans un pays où 70% de la population a moins de 30 ans, comment s’étonner que les générations montantes s’intéressent peu à des événements qui se sont déroulés il y a 40 ans ? « Loin d’être atteinte d’amnésie collective ou un quelconque déni des atrocités dont on l’accuse souvent, la jeunesse cambodgienne est sensible, me semble-t-il, aux questions mémorielles. Mais c’est la mémoire conflictuelle du passé qui pose problème », nuance Alain Forest. Et d’ajouter : « Les événements de 1975-1979 ont profondément divisé les familles cambodgiennes. Chaque famille a ses Khmers rouges, ses sihanoukistes, ses lon-nolistes. La jeunesse a besoin de comprendre ces ambiguïtés familiales, mais il lui manque encore de repères pédagogiques pour y voir plus clair. »

    L’avènement des Khmers rouges s’inscrit en effet dans une histoire nationale doublée d’une géopolitique sud-est asiatique complexe, qui résiste à toute lecture manichéenne, comme aime le rappeler pour sa part Youk Chhang, le directeur de l’ONG Centre de documentation du Cambodge. Engagé dans un travail de longue haleine réunissant les preuves matérielles des horreurs commises par les bourreaux du régime génocidaire afin de traîner ces derniers devant les tribunaux, l’homme a démontré qu’au « camp de rééducation » Tuol Sleng, près de 80% des suppliciés étaient eux-mêmes d’anciens Khmers rouges tombés en disgrâce.

    Cette découverte met à mal la version officielle du gouvernement cambodgien qui a toujours soutenu que les massacres survenus sous les Khmers rouges étaient le fait d’une poignée de cerveaux malades. Une découverte d’autant plus embarrassante pour l’actuel Premier ministre Hun Sen, au pouvoir depuis 1985 et lui-même un ancien Khmer rouge repenti.

    «  Cela ne l’a pas toutefois empêché de remporter les élections de juillet dernier, marquées par un fort taux de participation, commente Alain Forest. Il n'en reste pas moins que la mise en scène de la mémoire des années Khmer rouge demeure essentiellement politique, avec pour objectif d'offrir des gages de légitimité au régime en place. C'est à cela que sert le musée S-21 qui était une idée de l'envahisseur vietnamien, tout comme la sacralisation de la date du 7 janvier qui célèbre depuis quarante ans la chute du régime génocidaire, légitimant en sous-texte l'invasion par le Vietnam, pays avec lequel le Cambodge entretient traditionnellement des relations conflictuelles. »


    (1) Alain Forest est professeur émérite, spécialiste de l’Histoire à l'Université Paris-Diderot.

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