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    Asie-Pacifique

    Le projet de barrage de Myitsone, serpent de mer des relations sino-birmanes

    media Une délégation de la dirigeante birmane Aung San Suu Kyi, reçue par le président chinois Xi Jinping, en mai 2017 à Pékin. DAMIR SAGOLJ / POOL / AFP

    Un projet controversé de barrage hydroélectrique dans le nord de la Birmanie fait de nouveau parler de lui. Dans l’Etat Kachin, cela fait plus de sept ans que la construction du barrage de Myitsone par une entreprise d’Etat chinoise a été suspendue face à la contestation populaire. Mais Pékin manifeste de plus en plus son impatience. L’ambassadeur chinois s’est rendu sur place en décembre, et le compte-rendu de sa visite suscite la colère des responsables locaux.

    De notre correspondante à Rangoun,

    Selon l’ambassadeur chinois, les habitants de l’Etat Kachin ne seraient pas du tout opposés au barrage hydroélectrique. Il dit tenir cette information de certains responsables politiques locaux, qui ont démenti en début de semaine, expliquant avoir dit le contraire au représentant de Pékin.

    Le barrage est en effet très controversé en Birmanie, où 85% de la population est contre, selon un sondage réalisé en 2017 par l’école de Sciences politiques de Rangoun. En cause, ses conséquences environnementales : le barrage pourrait inonder une zone de la taille de Singapour, provoquer des déplacements de population, abîmer les écosystèmes. Et puis, les Birmans ont du mal à voir ce qu’ils peuvent y gagner ; 90% de l’électricité produite par le barrage sera envoyée directement en Chine.

    La construction a été interrompue en 2011 et pour l’instant, on ne sait pas ce que va devenir le projet. Difficile en effet de connaître les intentions du gouvernement actuel. A l’époque, Aung San Suu Kyi, pas encore au pouvoir, s’y était opposée. Mais aujourd’hui, la dirigeante n’a pas réglé la question. Le gouvernement a mis en place une commission à son arrivée au pouvoir, dont les rapports n’ont jamais été rendus publics.

    Le dilemme birman

    C’est une décision très compliquée pour la Birmanie. D’un côté, il y a donc une forte opposition locale, à un an des prochaines élections. De l’autre côté, en cas d’abandon, la Birmanie devrait payer jusqu’à 800 millions de dollars en compensation. Et susciterait aussi la colère de la Chine, premier partenaire économique de la Birmanie, doublé d'un soutien politique de poids.

    Un soutien rare, dans le contexte de la crise des Rohingyas, cette minorité musulmane victime de nettoyage ethnique par l’armée birmane. Le pays est en effet isolé sur la scène internationale, et les vétos de Pékin au Conseil de sécurité de l’ONU concernant d’éventuelles sanctions des Nations unies à son encontre sont donc précieux. Selon certains observateurs, c’est pour cela que la Chine sait qu’elle peut mettre la pression sur le dossier Myitsone maintenant.

    Et puis Pékin est en train de mettre en place ses nouvelles routes de la soie, stratégie du dirigeant Xi Jinping pour relier la Chine à l’Europe, et dont la Birmanie est l'un des piliers. Pékin a beaucoup de projets en cours en Birmanie, notamment des ports. Un conflit avec le barrage de Myitsone pourrait donc être un levier de pression de la part de la Chine pour négocier avec la Birmanie, et obtenir plus de concessions.

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