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    Asie-Pacifique

    Îles Kouriles: rencontre entre Poutine et Abe pour des négociations difficiles

    media Les îles Kouriles sont une source de tension entre la Russie de Vladimir Poutine (à droite) et le Japon de Shinzo Abe (à gauche). REUTERS/Pavel Golovkin/Pool

    Le président russe Vladimir Poutine reçoit mardi 22 janvier à Moscou le Premier ministre japonais Shinzo Abe pour des négociations sur les îles disputées de l'archipel des Kouriles. Des discussions qualifiées d'emblée de « pas faciles » par les deux parties.

    Ces quatre îles volcaniques, appelées Kouriles du Sud par la Russie et Territoires du Nord par le Japon, ont été annexées par l'URSS à l'issue de la Seconde Guerre mondiale, mais sont revendiquées par Tokyo depuis.

    Ce différend territorial a empêché jusqu'ici la signature d'un traité de paix entre les deux pays, même s'ils ont rétabli leurs relations diplomatiques en 1956. « Les négociations avec la Russie ont été un défi pendant plus de 70 ans depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, et ce défi n'a jamais été facile », a déclaré lundi Shinzo Abe à la presse avant son départ pour Moscou.

    La Russie est d'accord sur ce point: le conseiller du Kremlin, Iouri Ouchakov, a déclaré s'attendre à des « négociations pas faciles » entre les deux chefs d’Etat. La signature d'un traité de paix est « un travail très méticuleux, très compliqué », a rappelé le porte-parole du Kremlin lundi Dmitri Peskov, en soulignant que « personne ne va renoncer à ses intérêts nationaux ».

    Enjeux stratégiques

    Ces négociations s’annoncent d’autant plus ardues que les îles sont stratégiques pour leurs minerais, leur poisson, et l'accès de la flotte russe au Pacifique analyse Valéri Kistanov, directeur du Centre d’études japonaises auprès de l’Institut russe de l’Extrême-Orient

    « Ces îles sont importantes pour la Russie pour plusieurs raisons. D’abord, d’un point de vue économique : on y trouve d’importantes réserves de minéraux, et les eaux qui les entourent sont riches en poissons et hydrocarbures. Ensuite il y a une importance stratégique : ces îles forment une sorte de barrière entre l’océan Pacifique et la mer d’Okhotsk, où la Russie dispose de sous-marins atomiques. Les rendre au Japon, allié des Etats-Unis, ferait donc baisser le niveau de sécurité stratégique de la Russie. »

    Autre enjeu important dans ces discussions : la pression de l’opinion publique. « Si la Russie acceptait de rendre les Kouriles cela provoquerait un fort mécontentement de la population russe, et la cote de popularité de Vladimir Poutine en souffrirait certainement ! Les sondages montrent en effet qu’une très large majorité de la population russe est contre la moindre concession territoriale. »

    A deux jours de ce sommet crucial entre Vladimir Poutine et Shinzo Abe, plusieurs centaines de Russes ont en effet manifesté contre une éventuelle cession au Japon des îles disputées.

    « Loin d’être partenaires »

    Les tensions entre Moscou et Tokyo ont été alimentées notamment par une déclaration de Shinzo Abe lors de son allocution du Nouvel An. Il a évoqué la nécessité d'aider, selon lui, les résidents russes des Kouriles du Sud « à comprendre et accepter le fait que la souveraineté de leurs territoires allait changer ».

    Cette déclaration a provoqué la colère de Moscou. La Russie accuse son voisin de « déformer » la teneur des accords entre Vladimir Poutine et Shinzo Abe et de vouloir « imposer son propre scénario ». Le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov a pour sa part affirmé que Moscou et Tokyo étaient « loin d'être partenaires, non seulement dans les relations internationales, mais également dans le fait de trouver des voies constructives pour améliorer nos relations ».

    En novembre, Poutine et Abe avaient convenu à Singapour d'accélérer les pourparlers sur la base d'une déclaration de 1956. Cette déclaration prévoyait notamment que l'URSS s'engage à restituer les deux plus petites îles (Shikotan et Habomai) en échange de la conclusion d'un traité de paix. Or les négociations, fortement ralenties après la signature en 1960 d'un traité de coopération entre Tokyo et Washington, n'ont jamais abouti.

    Aujourd'hui, la position des autorités russes reste ferme: le Japon doit avant tout accepter les conséquences de la Seconde Guerre mondiale, et il est hors de question qu'un changement de souveraineté sur ces îles soit à l'ordre du jour.

    (avec AFP)

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