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    Asie-Pacifique

    Afghanistan : entre bilans et négociations

    media Survol des montagnes de la province de Paktiya, en Afghanistan par un helicoptère américain. AFP/Ted Aljibe

    Usé par plus de quarante ans de guerre, l’Afghanistan tente de se reconstruire dans un contexte de grande vulnérabilité. A l’heure où se dessinent le départ des forces américaines, l’Afghanistan, plus que jamais divisé et épuisé par son lourd bilan historique, tente de négocier son propre avenir.

    «La paix et la réconciliation ne s’imposeront pas de l’extérieur ; ce ne sera pas une « Pax Americana », ce ne peut être qu’une démarche menée par les Afghans» a déclaré Olivier de Bavinchove, chef d’état-major de l’OTAN.

    Plus de 40 ans de guerre

    Le 27 avril 1978, un coup d’Etat à Kaboul met fin au gouvernement du général Daoud, qui cinq ans auparavant avait renversé la monarchie afghane. Ce putsch va entraîner le pays dans une spirale de guerre qui, 40 ans plus tard, continue toujours de déchirer le pays.

    Le nouveau pouvoir communiste, proche de l’Union soviétique, dirigé par Hafizullah Amin, impose des réformes qui heurtent la profonde foi des Afghans dans l’islam et crée des résistances armées au régime qui amène les Soviétiques à envahir militairement l’Afghanistan. Les Etats-Unis soutiennent les moudjahidines en lutte contre les communistes. Après neuf ans et demi de guerre, l’Armée rouge se retire le 15 février 1989, après avoir perdu 13 000 soldats et rapatrié 53 000 blessés, laissant un pays en plein chaos et en proie à des guérillas islamiques qui donneront naissance aux talibans.

    En Afghanistan, un groupe de talibans s'entraîne avec les armes. Reuters/Stringer/Files

    La guerre civile qui s’ensuit aboutit à la chute du régime communiste en 1992. L’Alliance du Nord qui est alors au pouvoir est à son tour renversée par les talibans en 1996, entraînant le pays dans une troisième phase de la guerre civile jusqu’en 2001.

    L’attaque terroriste d’Al-Qaïda sur New York et Washington D.C. le 11 septembre 2001 amène les Etats-Unis et une coalition internationale à envahir, en représailles, l’Afghanistan, avec le soutien d’opposants afghans. Car le pays abrite le commandement d’Al-Qaïda, à l’époque dirigé par Oussama ben Laden. La coalition menée par les Etats-Unis renverse le régime des talibans dans la capitale et pourchasse les organisations armées islamistes extrémistes dans l’intérieur du pays.

    La guerre s’enlise, de vastes régions sont sous contrôle des talibans et de puissants chefs de guerre tribaux. En parallèle, de combats meurtriers pour tenir un territoire qui lui échappe, la coalition se lance dans de vaines campagnes de reconstruction pour réorganiser un pays en ruine.

    L'Afghanistan enregistre au 30 novembre un nouveau record de plus d'un demi-million de civils déplacés depuis le début 2016 fuyant la violence et les combats (photo du camp de Bagrami prise en 2012). JOHANNES EISELE / AFP

    Le 28 décembre 2014, la force de combat de l’Otan, l’ISAF, se retire d’Afghanistan après 13 années d’intervention militaire, suivie par de nombreux pays occidentaux. Début 2015, une mission d’aide et de formation de l’armée afghane, l’opération « soutien résolu » prend le relais, 17 000 militaires étrangers restent alors sur le territoire mais dans la perspective d’un retrait progressif. Entre 2015 et 2016, seulement 8 400 soldats américains restent sur le théâtre afghan.

    En 2016, sous l’impulsion du secrétaire d’Etat américain à la Défense, le général James Mattis, Donald Trump effectue un quasi doublement des effectifs pour aider l’armée afghane en difficulté.

    Une épaisse fumée est visible au dessus du siège de la police de Gardez, en Afghanistan, victime d'une attaque des talibans, le 17 octobre 2017. REUTERS/Stringer

    Selon l’ONG Amnesty International, le territoire contrôlé par les talibans en 2017 n’a jamais été aussi vaste depuis 2001. De plus, en 2017, l’insécurité augmente avec l’arrivée d’un autre groupe terroriste : l’Etat islamique. Mais en décembre 2018, le président des Etats-Unis annonce cette fois qu’il envisage de retirer la moitié de ses troupes, soit près de 7 000 soldats sur les 14 000 militaires américains encore engagés en Afghanistan. Une décision qui apparaît au moment où les Etats-Unis entreprennent pour la première fois des négociations avec les talibans.

    Le bilan de l’engagement américain

    La guerre contre les talibans, à la suite des attentats du 11 septembre 2001, est devenue le conflit le plus long dans lequel les Etats-Unis se soient engagés depuis leur indépendance. C’est aussi un conflit dont le coût est estimé, si on ne considère que les dépenses réalisées par le département de la défense pour l’Afghanistan, à plus de 840 milliards de dollars (714 milliards d’euros), dont 110 milliards de dollars auraient été consacrés aux programmes de reconstruction. Un chiffre correspondant à 16 années d’engagement américain, calculé par Anthony Cordesman, de la chaire de stratégie Arleigh Burke, qui dépasse le montant du plan Marshall pour la reconstruction de l’Europe en 1945. Un article publié en 2017 par le Center for Strategic and International Studies donnait la somme de 2 000 milliards de dollars (1 700 milliards d’euros) pour le total des sommes engagées, depuis le 11 septembre 2001, dans les guerres d’Afghanistan, d’Irak et de Syrie.

    Mais le plus lourd bilan est humain. En 2011, au plus fort du conflit, les Américains ont envoyé plus de 100 000 hommes en Afghanistan. Cette guerre a causé de nombreuses pertes humaines: 2 403 soldats américains ont été tués depuis 2001, soit deux fois plus que les autres pays de la coalition (1 136 victimes). 500 sont morts rien que sur l’année 2010. De plus, le Congressional Research fait état de 20 092 soldats blessés dont près de 5 000 avaient moins de 22 ans.

    Mais ces chiffres officiels, sur les pertes humaines, ne prennent pas en compte les « contrators », les personnels des sociétés militaires privées (SMP) recrutés massivement par les Etats–Unis. Ces soldats privés ou mercenaires engagés par ces entreprises seraient actuellement trois fois plus nombreux que les militaires américains en Afghanistan. Ces sociétés, comme Blackwater, ne sont pour la plupart pas américaines et ne figurent pas dans la liste des pertes officielles de cette guerre.

    Des soldats américains retirent leur drapeau de la base militaire de Helmand en Afghanistan, le 26 octobre 2014. REUTERS/Omar Sobhani

    Un pays plus instable que jamais

    Aujourd’hui, l’Afghanistan est non seulement un des pays les plus pauvres du monde, mais il est après plus de 40 ans de guerre dont dix-huit ans d’engagement américain, un pays plus instable que jamais. Les talibans contrôleraient plus de 50% du pays ; le groupe Etat islamique, même s'il a perdu du territoire, reste très actif et mène des attentats meurtriers au cœur même de Kaboul, la capitale. La production d’opium qui finance la guerre bat des records historiques. D’après le dernier rapport mondial de l’Office des Nations Unies sur les drogues et le crime, l’ONUDC, la production mondiale d’opium a augmenté de 65% entre 2016 et 2017 et sur les 10 500 tonnes d’opium produits dans le monde annuellement, 9 000 tonnes proviennent d’Afghanistan, et ce malgré des millions de dollars investis pour l'éradiquer pendant des années par les Américains dans ce pays.

    Une guerre qui fait plus de 3 500 morts parmi les populations civiles chaque année depuis ces trois dernières années. Le nombre de victimes civiles est estimé en 2014 à 17 000 morts d’après un rapport de l’Institut Brooking. Le président afghan, Ashraf Ghani avait donné fin 2017 le chiffre de 28 000 personnes tuées depuis 2015. Une autre évaluation terrifiante obtenue par des données compilées par les organisations américaines Armed Conflict Location et Event Data project, estime que le nombre de morts liées au conflit a dépassé cette année 40 000 victimes, soit presque autant qu’en Syrie et au Yémen réunis.

    Outre les violences, l’Afghanistan qui est un pays sinistré économiquement, a aussi été frappé en 2018 par la pire sécheresse de son histoire récente qui a provoqué le déplacement de 250 000 personnes. Des victimes qui tentent de survivre aujourd’hui en périphérie des grandes villes dans une situation d’extrême précarité au sein d’une population totale estimé en 2017 à 35,53 millions d’habitants.

    Scène de rue à Kaboul, en Afghanistan. GettyImages/Alison Wright

    45 000 membres des forces de sécurité afghans tués

    La situation est très difficile pour le président afghan Ashraf Ghani, venu plaider ces jours-ci la cause de son pays au Forum économique mondial de Davos, en Suisse. Une intervention dans laquelle le président a fait part de ses inquiétudes face à la montée en puissance des talibans et à la fréquence de leurs attaques meurtrières qui visent des bases militaires, des soldats et des policiers. Il a déclaré à cette occasion que plus de 45 000 membres des forces de sécurité du pays avaient été tués depuis qu’il est devenu chef du parti en 2014. Un chiffre jusqu’alors gardé secret par les responsables américains et afghans car jugés trop sensibles. Et le président afghan de rajouter: « le nombre de victimes internationales est inférieur à 72, cela montre qui combat ».

    Un véhicule de sécurité afghan avance vers la ville de Kunduz, en Afghanistan le 30 Septembre 2015 Reuters

    Ashraf Ghazi a annoncé le 20 janvier 2019 sa candidature à la prochaine élection présidentielle, prévue le 20 juillet 2019, en déclarant: « La crise à laquelle notre pays a été confronté au cours des 40 dernières années est due à l'absence d'un gouvernement fort. Notre peuple veut un gouvernement fort », mettant ainsi en avant la réputation d'homme fort de son ex-ministre de l'Intérieur, féroce opposant des talibans. Quatorze prétendants participeront à cette élection au rang desquels se distinguent quelques concurrents : le Tadjik Abdullah Abdullah, chef de l’exécutif soutenu par le chef de guerre ouzbek très controversé Rashid Dostum ; Gulbuddin Hekmatyar, considéré comme l'un des chefs de guerre les plus cruels du pays et Mohammad Haneef Atmar, ancien conseiller à la sécurité nationale qui a démissionné en août dernier.

    Des négociations entre les Etats-Unis et les talibans

    Pour éviter une escalade de la violence, les Américains et les talibans ont décidé de se rencontrer à Doha au Qatar. Ces négociations, les premières officielles entre les deux protagonistes, (Zalmay Khalilzad, l'émissaire américain et le mollah Abdul Ghani Barabar, cofondateur du mouvement taliban) tentent d’amorcer un projet d’accord vers la paix. Les talibans ont dirigé l’Afghanistan de 1996 à 2001, en imposant des règles strictes de la charia et œuvrent entre autre pour le retrait de toutes les forces étrangères afin de revenir au pouvoir. Leurs forces contrôleraient actuellement directement ou indirectement plus de la moitié du territoire.

    Les talibans célébrant le cessez-le-feu en Afghanistan du 16 juin 2018. (Archives d'illustration) Parwiz/REUTERS

    D’après des sources proches des talibans, reprises par l’AFP, un projet d’accord serait en cours pour mettre fin au conflit. Le texte prévoirait la sortie des forces étrangères dans un délai de 18 mois et l’engagement en contrepartie que ni Al-Qaïda, ni le groupe Etat islamique n’utiliseront l’Afghanistan comme une base arrière. D’autre dispositions envisageraient un cessez-le-feu, des échanges de prisonniers et des levées d’interdiction de voyager sur des dirigeants talibans.

    A l’issue de cette rencontre, l’émissaire américain est parti à Kaboul pour informer le président Ashraf Ghani, lui-même n’étant pas associé à ces discussions car les talibans jugent illégitime son gouvernement. Cette négociation inquiète la population à Kaboul qui aimerait bien se construire un avenir pacifié sans devoir composer avec toutes ces forces armées.

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