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    Attentat au Cachemire indien: quelles conséquences pour Modi?

    media Des soldats indiens sur les lieux de l'attentat contre un convoi de paramilitaires dans le Cachemire, le 14 février 2019. REUTERS/Younis Khaliq

    Le Premier ministre indien Narendra Modi jure de « faire payer le prix fort » aux responsables de l'attaque-suicide qui a tué jeudi au moins 41 paramilitaires au Cachemire indien. L'attentat, revendiqué par le groupe islamiste Jaish-e-Mohammed, basé au Pakistan, s'est produit à quelques semaines des élections législatives en Inde. Entretien avec Christophe Jaffrelot, directeur de recherche au CERI-Sciences Po .

    RFI : L'attentat au Cachemire indien a été revendiqué par le groupe islamiste Jaish-e-Mohammed, basé au Pakistan. Que sait-on de ce groupe ?

    Christophe Jaffrelot : C’est une organisation maintenant ancienne, créée en 2000 par Masood Azhar. Les Indiens avaient capturé ce jihadiste au Cachemire, et avaient dû le libérer lors du détournement d’avion en forme de prise d’otages qui avait atterri à Kandahar en 1999.

    A peine sorti de prison, il a créé cette organisation, Jaish-e-Mohammed, basée au Pendjab pakistanais. C’est de là qu’ils opèrent. Assez librement, semble-t-il. Les autorités pakistanaises n’ont jamais mis Masood Azhar en difficulté au point qu’il doive cesser ces activités. Et les Indiens n’ont jamais non plus réussi à le faire inscrire sur la liste des terroristes de l’ONU, à cause du veto chinois. De manière répétée, Pékin a en quelque sorte sauvé le soldat Masood Azhar pour complaire à ses alliés pakistanais.

    Jaish-e-Mohammed et Lashkar-e-Taiba sont les deux groupes les plus actifs au Cachemire indien, en particulier dans la vallée de Srinagar. Lashkar-e-Taiba a depuis très longtemps cherché à établir un chapitre de son organisation au Cachemire indien, et il a été actif au-delà de cette région puisqu’il est responsable de l’attentat de Bombay en 2008.

    L’Inde affirme que le Pakistan est derrière l’attaque de ce jeudi, une affirmation qu’Islamabad rejette.

    Bien sûr. Le Pakistan nie toujours ce genre de choses. De fait, on peut penser que c’est un peu plus compliqué que ce que disent les Indiens. Il y a certainement une logistique qui vient du Pakistan – on ne peut sans doute pas si facilement acquérir les 350 kilos d’explosifs stockés dans le véhicule qui a percuté le convoi militaire indien.

    Mais en même temps, il y a certainement des complicités locales d’une ampleur plus importante que par le passé. L’auteur de l’attentat-suicide est Indien. Il a rejoint Jaish-e-Mohammed l’an dernier seulement, et habitait la vallée de Srinagar.

    On entre dans une autre logique : si les groupes pakistanais peuvent désormais trouver des relais parmi la population locale au point de mener des opérations d’envergure, ce n’est plus seulement le problème pakistanais que les Indiens doivent traiter, mais aussi celui de l’aliénation d’une jeunesse cachemirie, que la politique de Narendra Modi au Jammu-et-Cachemire n’a fait que compliquer.

    Justement, quelle a été la politique de Narendra Modi au Cachemire indien depuis qu’il est arrivé au pouvoir il y a cinq ans ?

    Il y a une dégradation, cela ne fait aucun doute. Le nombre de tués ne cesse d’augmenter depuis cinq ans. Il s'agit surtout d'activistes, de civils et bien sûr de militaires. Il y a d’une part une raison politique : le BJP de Narendra Modi a voulu diriger l’Etat du Jammu-et-Cachemire en coalition avec une force politique locale, le PDP. Au bout d’un moment, le PDP s’est rendu compte que les nationalistes hindous n’avaient absolument aucune envie de normaliser la situation dans la région et ils se sont retirés de la coalition.

    Cela a permis au gouvernement de Narendra Modi de prendre le pouvoir en direct, en imposant la « president’s rule », l'autorité présidentielle. Le Jammu-et-Cachemire est par conséquent dirigé depuis Delhi depuis maintenant des mois. C’est une première cause d’aliénation pour les Cachemiris : ne pas les laisser se gouverner eux-mêmes, c’est une des tares les plus anciennes de la politique indienne dans la région.

    Et puis il y a une deuxième cause d’aliénation : la répression tous azimuts qui ne cesse de se développer dans la zone. Le développement militaire est considérable. Le convoi attaqué ce jeudi comptait 78 véhicules. C’étaient des milliers de soldats qui revenaient de permission. Il y a au Jammu-et-Cachemire environ 500 000 soldats déployés en permanence, avec un ratio qui est probablement aujourd’hui de 1 à 5 ou de 1 à 10 soldats par habitant suivant les zones.

    Et cette répression a pris la forme d’assassinats, en tous cas de meurtres extraconstitutionnels. En 2016 par exemple, de jeunes militants ont été ciblés, ce qui a provoqué des mobilisations populaires de très grandes ampleur qui ont elles aussi été réprimées. Le cycle de la répression s’est accéléré, accentué. Tout comme sa forme. L’armée indienne utilise des cartouches remplies de billes de plomb qui ont des effets terribles quand on vise la tête. On a ainsi aveuglé quantité de manifestants, et parfois très jeunes.

    On voit maintenant des adolescents parmi les activistes. L'opposition armée s'est transformée et implique désormais des enfants. Au point que les militaires ont tiré le signal d’alarme et appelé les politiques à reprendre des formes de négociation. Parce que les militaires ne veulent surtout pas avoir à exercer la répression contre des enfants.

    Ce sont bientôt les élections en Inde. Le Premier ministre Narendra Modi brigue un second mandat. L’objectif de cette attaque est-il de le mettre en difficulté ?

    Il est certain que pour les militants islamistes du Cachemire indien, cet attentat peut être un message politique : faire la démonstration qu’il n’a pas trouvé la solution dans la zone, mais qu’au contraire, il a pris le risque de la montée aux extrêmes et que, du coup, il a un retour de bâton. Mais en même temps, des attaques comme celle-ci, il y en a tout le temps – une dizaine au cours des derniers mois. On en parle très peu parce qu’évidemment le bilan humain n’est jamais aussi lourd. Là, lorsqu’on a 40 morts de l’armée indienne, cela fait la Une. Mais il est difficile de savoir si l’attentat est lié au calendrier électoral ou s'il s'agit d'une opération assez comparable à celles qui sont menées régulièrement, mais cette fois d’une ampleur beaucoup plus grande du fait du bilan humain.

    On peut aussi, éventuellement, faire l’hypothèse que cet attentat a pour objectif d’empêcher Narendra Modi et le Premier ministre pakistanais Imran Khan et de se parler. Parce qu’Imran Khan fait des concessions, des ouvertures… Et on sait très bien que pour les islamistes pakistanais (dont Jaish-e-Mohammed), comme pour l’armée pakistanaise d’ailleurs, toute négociation avec l’Inde est à bannir et qu’il faut continuer le combat pour libérer le Cachemire indien de la tutelle de New Delhi.

    Est-ce que le Cachemire était déjà un thème de campagne, et si ce n’est pas le cas, est-ce qu’il va le devenir ?

    Quand on parle du Cachemire, on va parler du Pakistan. Et quand on parle des Cachemire on va parler des musulmans, et quand on parle des musulmans on va parler du Pakistan… Tout ça fait partie de la toile de fond sur laquelle se déploie la stratégie du BJP, qui cherche à polariser l’électorat selon une ligne de clivage religieuse.

    On peut penser que si le BJP a mené la politique du pire au Cachemire, c’est précisément pour montrer à la population que décidément il n’y a rien à faire avec ces musulmans, on ne peut pas gérer le pays avec eux d’une manière normale et naturelle. On peut penser qu’effectivement, ça va revenir dans la campagne électorale, mais il est très compliqué de dire aujourd’hui si cette stratégie peut encore porter ses fruits. Parce qu’il y a une véritable lassitude vis-à-vis de ces enjeux. Le BJP n’est plus crédible en terme de protecteur des hindous dès lors que sa politique se traduit par la mort de dizaine de soldats indiens – hindous en l’occurrence. Donc, ça peut faire partie d’une stratégie électorale. L’efficacité de celle-ci reste à vérifier…

    Quelles sont les options de Narendra Modi pour répondre à cette attaque ?

    Il a peu de marge de manœuvre. A fortiori parce qu’on est entré dans la campagne électorale et que s’il prend le risque d’une opération spectaculaire, si celle-ci échoue le retour de bâton sera encore plus dommageable pour ses projets et ses perspectives électorales.

    Les représailles diplomatiques ont commencé : l’Inde vient d’annuler la clause de la « nation la plus favorisée » que le Pakistan n’avait de toute façon jamais acceptée. Donc, au plan commercial ça ne fera absolument aucune différence on est purement dans le symbole.

    Ils ont en revanche annoncé une opération militaire. S'agit-il d’une simple intensification de la violation du cessez-le-feu sur la ligne de contrôle au Jammu-et-Cachemire ? Ce qui serait l’hypothèse basse – davantage de tirs, d’obus qui passent par-dessus la frontière (qui est une frontière de fait, pas de droit, au Cachemire). On a déjà vu cette intensification ces dernières années, avec des tirs qui peuvent se traduire par des victimes surtout civiles : ce sont des paysans pakistanais et en retour des paysans indiens qui sont tués par des attaques venues de l’autre côté.

    L’hypothèse haute, c’est une réédition de ce qui s’est fait en 2016, ce que l’on avait appelé à l’époque une « frappe chirurgicale » visant des camps de formation de jihadistes du côté du Cachemire pakistanais. Mais il est aussi probable que ceux-ci se soient un peu repliés, et soient un peu plus loin de la ligne de contrôle. Une opération « chirurgicale » de cet ordre impliquerait donc une pénétration du territoire pakistanais d’une plus grande ampleur. Et les Pakistanais, s’ils ont été surpris par la première frappe chirurgicale en 2016, sont maintenant sur leurs gardes… Donc, là, on est sur une hypothèse qui est quand même moins probable, parce que le risque d’une escalade et d’un échec dans une telle opération, en pleine campagne électorale, paraît quand même très dissuasif.

    Donc, on va probablement avoir dans les semaines qui viennent une opération mais pas d’une ampleur qui impliquerait pour le gouvernement de prendre un risque aussi considérable. Ou alors c’est carrément l’aventure militaire, et là on est dans un registre qui pourrait déboucher sur le report des élections elles-mêmes – enfin on est dans une autre logique.

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