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    Asie-Pacifique

    Inde: des expulsions opposent écologistes et défenseurs des communautés tribales

    media Une forêt de pins dans l'Etat de l'Himachal Pradesh, dans le nord-ouest de l'Inde. Laurène Becquart / AFP

    Une décision de la Cour suprême datant du 13 février continue de faire polémique. La justice indienne a ordonné l’expulsion de près d’un million de familles appartenant aux communautés tribales qui vivent dans les forêts et réserves naturelles du pays. Ces expulsions ont été demandées par les écologistes qui dénoncent depuis des années l’empiétement des hommes sur les parcs nationaux et les forêts protégées. Les associations de défenses des populations tribales, parmi les plus marginalisées d’Inde, contestent vivement ces expulsions, s’appuyant sur une loi de 2006 qui reconnait le droit à ces minorités aux zones protégées qu’ils habitent.

    Avec notre correspondant à New Delhi,

    Cette décision de la Cour suprême a fait grand bruit en Inde, et l’institution a déjà fait un pas en arrière sur cette question qui concerne des millions de personnes. La décision du 13 février qui devrait mener à l’expulsion de plus d’un million de personnes a été suspendue la semaine dernière.

    La plus haute instance de justice a demandé aux États concernés par ces expulsions de déposer avant le 10 juillet prochain, un affidavit [document officiel NDLR] détaillant la procédure de ces expulsions.

    La décision d’expulsion initiale s’appuie sur une vérification des documents prouvant le droit à la terre effectuée sur 4 millions de personnes issues de communautés tribales. Les droits d’1,8 million de familles avaient été reconnus et ceux d’1 million d’autres rejetés.

    Malgré la suspension de la décision de la Cour suprême, les associations de défenses des populations tribales ont décidé de maintenir la manifestation, contre ces expulsions prévues ce mardi à New Delhi. Elles demandent davantage de garanties pour la protection de ces populations.

    La loi de « droits sur les forêts »

    Ces populations marginalisées sont protégées par une loi datant de 2006 qui reconnait leur droit d’habiter ces forêts et parcs nationaux. Cette loi dite de « droits sur les forêts » autorise tous ceux qui vivent sur ces terres depuis trois générations, avant décembre 2005, à continuer à y vivre et à y travailler.

    Mais les écologistes, qui sont à l’origine de ces demandes d’expulsion, dénoncent les abus de cette loi par des personnes qui ne rentrent pas dans ces critères. Ils mettent en garde contre la dégradation de l’environnement et des habitats de ces forêts due à la présence humaine croissante et rappellent que le relogement de populations habitant illégalement les forêts est prévu par la loi.

    Ces expulsions sont récurrentes depuis l’époque coloniale, mais celles-ci seraient inédites en termes de personnes affectées. Au début des années 2000 déjà, quelque 300 000 Indiens avaient été expulsés des forêts, de manière souvent violente.

    Opposition malheureuse

    Dans un pays aussi peuplé que l’Inde, l’empiètement humain sur la nature est un problème indéniable, mais de nombreux observateurs affirment que les écologistes et les populations dites tribales ont tout intérêt à œuvrer ensemble pour protéger l’environnement et que cette opposition n’a justement pas lieu d’être.

    Au contraire, les habitants des forêts sont souvent le dernier rempart contre les grands projets d’infrastructure ou d’exploitation minière, nuisibles à l’environnement. En 2013 par exemple, la Cour suprême avait consulté les conseils de villages, qui ont rejeté en bloc le projet de mine de bauxite du groupe Vedanta dans l’est de l’Inde. Un projet de près d’1,5 milliard d’euros.

    En 2016 encore, la loi de droits sur les forêts avait donné aux habitants d’une région du nord de l’Inde le pouvoir de rejeter un grand projet hydro-électrique, qui aurait causé l’inondation de terres. Dans ces grands projets miniers et d’infrastructures, écologistes et habitants des forêts ont donc un ennemi commun, bien plus néfaste pour l’environnement et l’habitat de ces derniers.

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