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    Asie-Pacifique

    Qui se cache derrière l'étrange attaque de l'ambassade nord-coréenne à Madrid?

    media Sur cette photo datant de 2004, le premier ambassadeur de Corée du Nord en Espagne, Kim Hyok-chol, rend ses hommages au roi de l'époque, Juan Carlos. AFP PHOTO / SPANISH ROYAL HOUSE / BORJA FOTOGRAFOS

    C’est une affaire très mystérieuse qui soulève beaucoup d’interrogations à Séoul : l’ambassade nord-coréenne à Madrid, en Espagne, a été attaquée par un commando à l’évidence très bien préparé. Les enquêteurs ont identifié deux assaillants, et ceux-ci seraient liés aux services secrets américains !

    De notre correspondant à Séoul,

    Les faits se déroulent le 22 février dans un quartier cossu de la capitale espagnole. A 3h de l'après-midi, une dizaine d’hommes masqués pénètrent dans l’ambassade de Corée du Nord. Ils ligotent les huit personnes qui s’y trouvent, diplomates et employés, leur mettent un sac sur la tête, les frappent. Ils sont équipés d’armes factices, selon le récit qu’en fait le quotidien El Pais.

    Une opération trop bien préparée

    La prise d’otages dure deux heures, jusqu’à ce qu’une employée nord-coréenne réussisse à s’enfuir par la fenêtre. Ses hurlements alertent un voisin, qui appelle la police. Quand les policiers arrivent sur les lieux, un Coréen leur ouvre la porte et leur assure qu’il n’y a pas de problème. Quelques instants plus tard, le commando prend la fuite à bord de deux véhicules de l’ambassade, en emmenant avec eux les ordinateurs et les téléphones des diplomates.

    Alors, qui se cache derrière cette opération plutôt étonnante ? Selon des sources proches de l’enquête et citées par les journaux El Pais et El Confidencial, la plupart des attaquants seraient des « Coréens » - du Nord, du Sud ou d’ailleurs, on ne sait pas - et deux des hommes identifiés auraient des liens avec la CIA, l’agence d’espionnage américaine ! Les enquêteurs estiment que l’attaque était si bien préparée qu’elle ne peut être que l’œuvre d’une « cellule militaire ».

    Ils soupçonnent une coopération des services secrets sud-coréens. Et les éléments à leur disposition sont jugés suffisamment solides pour qu'ils demandent des explications à la CIA, qui a bien sûr nié. L’élément-clé de l'affaire, c’est que l’ambassade de Madrid n'est pas n’importe laquelle : jusqu’en 2017, l’ambassadeur était Kim Hyok-chol, devenu depuis janvier le principal négociateur nord-coréen en charge des pourparlers nucléaires avec les Etats-Unis !

    Les spéculations vont bon train

    Cette attaque a eu lieu cinq jours seulement avant le sommet raté de Hanoï, entre Donald Trump et Kim Jong-un, les dirigeants américain et nord-coréen. Une date qui semble trop proche pour être une simple coïncidence. Mais à Séoul, la plupart des observateurs se montrent dubitatifs : pourquoi la CIA aurait-elle pris autant de risques à cinq jours d’un sommet aussi crucial pour la diplomatie américaine ? Et pour obtenir quelles informations ?

    Quant à l’hypothèse d’une intervention des services secrets sud-coréens, elle est « fantaisiste », assure l’analyste Cheong Seong-chang,  à l’institut Sejong de Séoul. La Corée du Sud veut un dialogue avec le Nord et jamais elle n’aurait pris le risque de faire dérailler le sommet de Hanoï. Cheong Seong-chang évoque une hypothétique intervention des services israéliens ; Israël veut en effet empêcher la Corée du Nord de vendre des armes de destruction massive, notamment chimiques, à des pays du Moyen-Orient.

    D’autres spéculent enfin sur une possible opération menée... par les Nord-Coréens eux-mêmes. Par exemple, une faction opposée au négociateur Kim Hyok-chol aurait pu aller chercher des informations compromettantes sur lui dans son ancienne ambassade. La Corée du Nord n’a d’ailleurs toujours pas dit seul un mot au sujet de l’attaque, ce qui est aussi étrange que le reste de cette affaire !

    ►À relire : « On ne rabiboche pas en quelques mois » des relations si hostiles

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