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    [Analyse] Nouvelle-Zélande: le suprémacisme blanc est «une menace très réelle»

    media Une personne blessée est prise en charge par une ambulance à la suite de l'attaque à la mosquée al-Nour, à Christchurch, en Nouvelle-Zélande, le 15 mars 2019. REUTERS/SNPA/Martin Hunter

    La Nouvelle-Zélande a connu l'une de ses journées «les plus sombres» a dit la Premiere ministre, Jacinda Ardern, après la double fusillade survenue dans deux mosquées de la ville de Christchurch. L'assaillant présumé, un Australien de 28 ans, a été arrêté et inculpé de meurtres. Avant de passer à l'action, il avait publié sur Twitter un « manifeste raciste » de 74 pages intitulé « Le grand remplacement ». Paul Buchanan, expert américain en sécurité internationale, basé en Nouvelle-Zélande, a répondu aux questions de RFI.

    RFI : Tout le monde est surpris par ce qui s’est passé aujourd’hui en Nouvelle-Zélande. Vous aussi ?

    Paul Buchanan : Non. Ce qui est surprenant, c’est l’amplitude, le nombre de morts et de blessés, parce qu’il est très difficile de se procurer le genre d’armes de destruction massive que cet individu a utilisé lorsqu’il a commis ces atrocités. Et ce sera l’objet d’une enquête. Mais Christchurch connaît la violence suprémaciste blanche : une violence habituellement d’un niveau bas - des gens qui attaquent les immigrants dans les rues, les frappent à coup de poing, à coups de pieds, et utilisent parfois des objets contondants. Mais rien de ce niveau…Et il y a beaucoup d’islamophobie en Nouvelle-Zélande. Donc ça, ce n’est pas surprenant, mais pour ce qui est de la magnitude de l’évènement, c’est du jamais vu dans l’histoire du pays.

    Comment l’expliquez-vous ? Le fait qu’un des agresseurs vienne d’Australie, c’est un début de réponse ?

    Non, ce serait une erreur de rejeter la faute sur les Australiens, ce que les gens commencent déjà à faire ici. Cet individu est né en Australie, mais il a été élevé en Nouvelle-Zélande, à Christchurch. C’est un Néo-Zélandais. Sa haine est née ici. Et il n’est pas seul : trois autres personnes ont été arrêtées aujourd’hui, suspectées d’être ses complices. Les services de sécurité soupçonnent qu’ils fassent partie d’un cercle plus large de suprémacistes blancs violents qui prévoient de perpétrer de nouvelles attaques. Donc cet acte pourrait être le premier d’une série, espérons que non, mais la police doit travailler là-dessus. Les réseaux sociaux violents d’extrême droite semblent avoir joué un rôle important dans sa radicalisation. Sur des plateformes très connues, il est apparu dans les jours et les semaines précédant l’attaque, et en gros il admettait qu’il préparait une attaque. Il a été radicalisé, il s’est transformé en néonazi de deux manières : d’abord par Internet, une des plateformes qu’il partageait était celle qui a été utilisée par l’homme qui a tiré dans la synagogue de Pittsburgh aux États-Unis l’an dernier. Ensuite, il est allé en Europe en 2017 et il a été rendu furieux par ce qu’il appelle « la prise de l’Europe par les musulmans », y compris en France. Ce sont les deux choses qui l’ont fait basculer. J’ai malheureusement dû regarder les images de son massacre, qu’il a filmé et partagé en direct. Et des gens du monde entier le félicitaient pendant qu’il commettait ces atrocités. Donc, c’est triste à dire, mais même si la Nouvelle-Zélande a la réputation d’être paisible, il y a un cancer dans ce pays, et ce cancer ce n’est pas le jihadisme, c’est le suprémacisme blanc.

    Et ces suprémacistes blancs, étaient-ils surveillés par le gouvernement néo-zélandais ?

    Malheureusement non. Depuis le 11-Septembre, les services de renseignements néo-zélandais se sont concentrés sur la détection et la prévention du jihadisme local. Et étant donné leurs ressources limitées, ils se sont en fait concentrés sur la communauté qui a été visée aujourd’hui. Et ce sur quoi ils ne se sont pas concentrés, et qui a été minimisé, c’est la menace très réelle du suprémacisme blanc violent, même si il y a comme je l’ai dit une violence, d’un niveau bas, dans ces groupes. Il y en a plusieurs en Nouvelle-Zélande, particulièrement à Christchurch et dans ses alentours. Donc, quelqu’un n’a pas fait le boulot pour ce qui est de surveiller les extrémistes de droite, et aujourd’hui on en paye le prix.

    Pourquoi cette présence de suprémacistes en Nouvelle-Zélande, qui est un petit pays de moins de 5 millions d’habitants ?

    Il y a beaucoup de raisons. C’est la même chose que pour beaucoup de jihadistes : ce sont des jeunes gens très frustrés, avec habituellement peu d’éducation, qui ont l’impression que la société les a laissés sur le côté, qu’ils n’ont pas de débouchés, et ils cherchent des boucs émissaires, « les autres ». « Les autres », ce sont les gens de couleur, les immigrants, ceux qui ne sont pas comme eux, dans ce cas des Néo-Zélandais blancs d’origine écossaise ou anglaise. Et vous savez, l’origine socio-économique de l’extrémisme d’extrême droite n’est pas si différente de celle de l’extrémisme islamiste - au-delà des différences de religion. Donc, il y a beaucoup de ces individus à Christchurch et dans ses environs, où malheureusement il y a un manque de possibilités économiques. Et c’est devenu encore pire après les tremblements de terre : la Nouvelle-Zélande a été très lente à reconstruire cette ville : si vous êtes dans des entreprises du bâtiment, tout va bien, sinon, vous êtes au chômage ! Je pense donc que pour les services de renseignement, avoir mis l’accent sur les motivations religieuses, l’islam, les a empêchés de voir que les points communs que les suprémacistes blancs partagent avec les futurs jihadistes ne sont pas d’ordre religieux, mais socioéconomique, avec une tendance à la violence.

    Et soyons très clairs : cet individu montrait de manière très évidente des tendances problématiques sur les réseaux sociaux qui ont participé à sa radicalisation, et c’est quelque chose sur quoi les autorités vont devoir se pencher très sérieusement. Parce que le niveau de haine et d’extrémisme violent que j’ai vu aujourd’hui en direct sur ces chaînes d’extrême droite était vraiment alarmant. Nous sommes arrivés à un moment clé de notre histoire en Nouvelle-Zélande : nous avons toujours pensé que rien de grave ne pourrait jamais nous arriver. L’évènement le plus grave jusqu’ici, c’était l’attentat contre le Rainbow Warrior commis par les services de sécurité. Et une seule personne était morte… Donc, je crois que nous devons tous réfléchir à la manière dont nous hiérarchisons les menaces autour de nous, et ne pas permettre à nos préjugés ou à des pressions politiques d’interférer avec notre objectivité. Parce que soyons clair : en Occident, être coupable d’identifier des menaces islamistes permet aux politiciens et aux agences de sécurité d’accumuler du crédit politique. Ce n’est pas autant le cas quand vous identifiez des menaces émanant de suprémacistes blancs et que vous vous en occupez…Je crois que le temps est venu de réévaluer tout ça.

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