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    Asie-Pacifique

    Japon: l'empereur Akihito et le lourd héritage de son père Hirohito

    media A gauche, l'empereur Showa alias Hirohito (1901-1989). A droite, son fils Akihito, né en 1933 et que les Japonais appelleront Heisei après son règne. AFP PHOTO/FILES

    Il devait parachever la paix et réinventer sa fonction dans le sillage de son père, figure de la Seconde Guerre mondiale restée « tenno », empereur du Japon, jusqu'en 1989. C'est ce que Akihito s'est employé à faire pendant plus de 30 ans, avant d'obtenir du gouvernement Abe, plus conservateur que lui, l'autorisation de passer le relais à son propre fils Naruhito de son vivant.

    Son père Hirohito, 124e descendant de la lignée partiellement légendaire des Yamato, avait été chargé d'apporter une ère de « paix éclairée » à l'archipel du Japon. Tel était le nom officiel donné à son règne, à ses prémisses en 1926 : « ère Showa » ; et tel est depuis sa mort, en janvier 1989, le nom d'usage pour désigner ce personnage historique : « Showa Tenno », l'empereur Showa. Sauf que le règne de Hirohito, le plus long de l'histoire du pays, fut aussi le plus tourmenté.

    Après la Seconde Guerre mondiale et les deux bombes atomiques de Hiroshima et Nagasaki, une « paix éclairée » a néanmoins remplacé de fait le militarisme et l'expansionnisme d'avant-guerre à Tokyo. Et cette ville est finalement devenue la capitale d'une puissance économique et culturelle de tout premier plan. Ce fut la deuxième phase de l'ère Showa, après l'acceptation publique de la défaite par l'empereur en 1945, son renoncement au statut de dieu vivant en 1946, et son retrait définitif de la vie politique en 1947.

    C'est sous le poids de ce passé, la quête spirituelle et temporelle de son père, la fin de l'époque impériale la plus politique de l'histoire des Yamato, qu'Akihito s'installe sur le trône du chrysanthème en 1989-1990, dans un Japon démocratique et prospère où sa famille reste en retrait. Il naît pourtant le 23 décembre 1933 dans un pays très différent ; en témoignent les festivités organisées pour son 10e anniversaire en 1943. Il a 13 ans lors de la publication, le 1er janvier 1946, du « Ningen-sengen », la « déclaration d'humanité » d'Hirohito.

    Après avoir découvert à la radio - pour la première fois - la voix de leur empereur annonçant la défaite à peine quelques mois plus tôt, des millions de Nippons traumatisés découvrent désormais sous sa plume, sur injonction américaine, que les liens qu'il entretient avec le peuple du Japon « ne se réduisent pas à de simples mythes ou légendes », ni ne reposent « sur les conceptions fantasques qui font de l’empereur une divinité révélée (akitsumikami) et des Japonais un peuple supérieur à tous les autres ou destiné à dominer le monde ».

    Le général américain Douglas MacArthur, à la tête du Japon après la défaite de ce dernier, rencontre l'empereur en 1945, après sa reddition du 2 septembre. AFP

    Le symbole de l'Etat japonais, et rien d'autre

    Lorsqu'il apprend, un peu plus tôt en 1945, la capitulation de son pays depuis la villa impériale de Tamozawa, à Nikko, où son petit frère et lui ont été envoyés pendant les bombardements alliés sur la capitale, le jeune prince Akihito a sans doute déjà partiellement compris que son règne, s'il a lieu, sera bien différent de ce que son père a vécu avant et pendant la guerre. Il écrit alors dans son journal : « Je vais devoir travailler plus dur à mon apprentissage. »

    A partir de 1949, la formation politique de l'héritier au trône est confiée à l'économiste libéral et anti-marxiste Shinzo Koizumi, un admirateur de la monarchie parlementaire britannique. Son père se retrouve, selon la nouvelle Constitution établie sur ordre du général MacArthur, commandant américain des forces d’occupation, dépossédé de tous ses pouvoirs politiques. La liste des empereurs, dont les plus anciens n'ont pas d'existence avérée, est maintenue et les trésors de la famille sont conservés. Mais Hirohito n'intervient plus.

    Ainsi, bien plus tard en 1989, Akihito devient le premier empereur sacré sous la Constitution démocratique, pacifique mais aussi laïque de 1947. Cette dernière stipule que le tenno, la clé de voûte du shinto, religion première dans le pays, n'est (que) « le symbole de l'Etat et de l'unité du peuple dont la position découle de la volonté populaire, détentrice du pouvoir souverain ». Le nouvel empereur Akihito n'en reçoit pas moins son propre nom posthume, « Heisei », ouvrant ainsi une ère dédiée à « l'accomplissement de la paix ».

    Il conviendra donc d'appeler Akihito « Heisei Tenno » encore longtemps après son abdication, la première au Japon depuis deux siècles. Une abdication qu'il a souhaitée pour lui-même, point d'orgue d'un règne passé à tenter de réinventer les contours d'un nouveau rôle pour l'empereur en tant que simple « symbole de l'Etat ». Akihito a voué sa vie à cet objectif, expliquait-il encore lors de son 85e anniversaire, en décembre, après avoir obtenu du gouvernement une loi d'exception pour abdiquer, contre l'avis des plus conservateurs, attachés au sacerdoce de sa fonction.

    Le nouveau prince héritier Akihito, face à ses parents l'empereur Hirohito et l'impératrice Nagako, en 1952 au palais impérial de Tokyo. JIJI PRESS / AFP

    Proche de son peuple, ouvert sur le monde

    Akihito a fait connaître ses souhaits de retraite lors d'une rare allocution télévisée dès le 8 août 2016, dans le sillage de la renonciation du pape Benoît XVI et d'une série d'abdications européennes quelques années plus tôt. Un message en filigrane, la loi japonaise ne prévoyant rien de tel et lui interdisant toute déclaration politique. « Je suis aujourd'hui en bonne santé. Cependant, quand je vois ma forme décliner progressivement, je m'inquiète de la difficulté à remplir mes fonctions en tant que symbole de l'Etat », avait-il notamment déclaré sans prononcer le mot abdication.

    Habile, jouant finement avec les lignes de la politique japonaise, il rejetait au passage toute perspective de régence le temps de sa fin de vie, pour ne pas, disait-il en substance, laisser un empereur en place qui n'en aurait plus que le nom. Chacun avait bien compris son intention d'abdiquer, et le Premier ministre Shinzo Abe avait dû s'exécuter sans délai, déclarant immédiatement prendre « avec sérieux les mots de sa majesté l'empereur », avant d’œuvrer à l'élaboration d'un cadre législatif pour rendre la chose possible.

    Des adresses de ce type au peuple japonais, qui créent l'événement sans jamais franchir les limites fixées par la Constitution de 1947, Akihito en laissera d'ailleurs plus d'une derrière lui. Outre ses interventions conventionnelles, il y a celle du 16 mars 2011 : cinq jours après le puissant séisme et le terrible tsunami qui déboucheront sur la catastrophe nucléaire de Fukushima, il prend la parole pour la première fois en temps de crise, face caméra, afin de redonner du courage à son peuple, ce qu'il n'avait pas fait en 1995 après le tremblement de terre de Kobe. Tous les commentateurs ne parlent plus que de son intervention.

    Des voyages sur le terrain, au côté de victimes ou à l'étranger, il en laissera aussi derrière lui. En 1995 précisément lors de la catastrophe de Kobe ; ou peu avant, à Pékin en 1992, lorsqu'il devient le premier tenno à fouler le sol chinois, pour le 20e anniversaire de la reprise des relations bilatérales. Ce n'était pas nécessairement l'apanage de ses ancêtres, véritables médiums entre les dieux et les hommes n'incarnant jamais véritablement le pouvoir. Mais Akihito, dans un cadre laïque, a dû inventer un style pour devenir ce « symbole » défini par la Loi fondamentale, un « chef d'Etat de facto ».

    L'empereur Hirohito, l'impératrice Nagako et leur fils, le prince héritier Akihito, dans les années 1950 à Tokyo. INTERCONTINENTALE / AFP

    Un tenno plus libéral que les conservateurs

    Les parents d'Akihito n'auront quitté l'archipel que deux fois pendant le long règne d'Hirohito. Ce dernier aura en revanche continué de faire vivre, après sa déclaration d'humanité, sans caractère officiel et à titre privé, des attributs de la tradition religieuse qui avait été repensée sous l'ère Meiji, à savoir une succession de cérémonies relevant autrefois du shinto d'État à laquelle, de nos jours, la famille royale serait bien moins attachée que certaines franges de la société japonaise. Par contre, Akihito aura beaucoup voyagé.

    Les fonctions de représentation du tenno font désormais de lui une sorte d'ambassadeur faisant rayonner le Japon à l'international. Mais Akihito se sera également passionné pour les sciences, comme son père, développant l'affinité de sa famille pour l'étude des poissons, et publiant ses travaux dans le journal de la société ichtyologique du Japon, dont il est membre, ou dans la prestigieuse revue Nature. L'empereur a consacré trois ouvrages à son sujet de prédilection, et plusieurs poissons portent désormais son nom. Il est aussi l'auteur d'un article daté de 1992 sur les prémisses de la recherche scientifique au Japon.

    En trois décennies d'un règne somme toute discret, il aura ainsi bousculé avec tact et tempérance les traditions de son pays, quitte à se confronter habilement, dans une société en mutation, aux conceptions de certains nationalistes pourtant attachés viscéralement à sa personne. Notamment sur la question de la mémoire et de la repentance des crimes de guerre survenus en Asie sous l'ère Showa, l'autre grande ambition de sa vie. Un sujet délicat dans le Japon contemporain, où toute une frange de la population n'apprécie pas ce qu'elle perçoit comme des excès d'autoflagellation.

    « Je crois qu'il est important de ne pas oublier qu'un nombre incalculable de vies ont été perdues pendant la Seconde Guerre mondiale, que la paix et la prospérité du Japon d'après-guerre ont été édifiées grâce aux nombreux sacrifices et efforts inlassables du peuple japonais, et de transmettre cette histoire avec exactitude aux générations nées après la guerre », disait encore Akihito lors de son dernier anniversaire en décembre, alors que son père n'a jamais été inquiété et que son rôle tout en apesanteur pendant la guerre, une position complexe, fait l'objet d'intenses débats historiques.

    L'empereur Akihito, en pélerinage au mausolée de son père Hirohito, le 23 avril 2019 à Hachioji. Kazuhiro NOGI / AFP

    Le garant de la Constitution pacifique

    Ses vœux de paix récents, l'empereur les a adressés à l'ensemble de la communauté humaine, où l'archipel nippon a su s'inventer une place nouvelle après la guerre, puis sous son règne. « Cette visite m’a permis de penser le Japon au sein du monde », expliquait-il dès le début des années 1950, peu après être devenu prince héritier, alors qu'il représentait son père à Londres pour le sacre d'Elisabeth II. Son père, en tant qu'héritier après la mort de son grand-père Meiji, avait lui-même été, dans l'entre-deux-guerres, le premier prince héritier à voyager en Europe, et notamment au Royaume-Uni et en France, comme lui. C'était avant que son pays ne rompe avant la Société des nations (SDN) en 1933.

    Le reste de la vie d'Akihito, qu'il reste très délicat de critiquer publiquement, est finalement assez peu connu. La protection de la famille impériale reste une notion importante Japon. On sait cependant qu'après-guerre, le futur empereur et ses frères et sœurs seront autorisés à se mélanger avec leurs camarades de classe. Puis qu'ils recevront pour tutrice, de 1946 à 1950, l'Américaine Elizabeth Gray Vining, qui leur apprendra l'anglais et gardera le contact avec lui jusqu'à son décès en 1999. Ils s'écriront, et la vieille dame recevra plusieurs fois la visite d'Akihito.

    Un empereur du Japon doté d'amis donc, en rupture avec l'époque du shintoïsme d'Etat, pendant laquelle malgré toutes les modernisations survenues, le futur « dieu vivant » se devait d'apprendre la distance et s'isoler du peuple. Dans un ouvrage de 1952 consacré au futur tenno, Elizabeth Gray Vining raconte ainsi comment le jeune Akihito, cinquième enfant et premier garçon de l'impératrice Nagako (ils seront sept au total), séparé le plus souvent de ses parents dès l'âge de 3 ans puis isolé lors de ses premières années de scolarité à l'école Gakushuin avant l'occupation, s'est ouvert sur le monde à son contact.

    L'écrivaine américaine va jusqu'à affirmer qu'il a été gagné par les valeurs libérales à l'Occidentale à cette période ; ce qui ne l'empêchera d'être la seule étrangère invitée au mariage de l'intéressé, en 1959, avec Michiko Shoda. Un mariage qui confirme d'ailleurs le progressisme prêté en privé à Akihito, puisque ce dernier est le premier empereur japonais marié à une roturière, rencontrée sur un court de tennis il y a six décennies. Outre Naruhito, ils ont eu deux autres enfants, qu'ils ont tous élevés eux-mêmes, une première dans la lignée. L'impératrice Michiko passe elle aussi la main ce mardi, à une autre roturière, Masako.

    L'empereur n'a pas à avoir de rôle, il doit être dans une mesure constante, ne doit pas avoir d'action qui ait une coloration politique. Dans cette mesure, Akihito a été parfait, c'est à dire qu'il n'a jamais émis un avis sur un projet de loi, ne s'est jamais immiscé dans la conduite de la politique. Et en même temps, cet empereur, paradoxalement, avec toute sa discrétion, a réussi à avoir un rôle éminemment politique. D'abord parce qu'il incarne véritablement la nation, ce qui est son rôle. Les Japonais l'aiment énormément et ont beaucoup de respect pour lui. Il a su avoir les gestes forts en direction de son peuple, manifester toujours une compassion dans les moments difficiles, en particulier Fukushima. Il s'est déplacé pour voir les réfugiés. Il était assis avec eux dans les gymnases où ils étaient réfugiés. Et en même temps, il est connu pour être un personnage modéré, pour être favorable à une réconciliation avec la Chine et avec la Corée du Sud. Il est parvenu à se positionner comme une figure libérale au sens anglo-saxon, c'est à dire plutôt à gauche. Sur un plan politique, institutionnel, il a changé le rôle de l'empereur et sa fonction

    Guibourg Delamotte, maître de conférence à l'Inalco 30/04/2019 - par Joris Zylberman Écouter
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