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    Asie-Pacifique

    Vietnam: deux femmes condamnées à la prison pour «propagande» sur les réseaux

    media Le contrôle du gouvernement vietnamien sur les réseaux a été encore renforcé par une loi sur la cybersécurité entrée en vigueur en janvier 2019 (photo d'illustration). HOANG DINH NAM / AFP

    Au Vietnam, deux femmes reconnues coupables d'avoir publié sur Facebook de la « propagande » préjudiciable à l'État ont été condamnées à 5 et 6 ans de prison ferme. Les deux militantes avaient critiqué sur les réseaux sociaux la loi renforcée sur la cybersécurité et les zones économiques spéciales mises en place par le régime.

    Vu Thi Dung et Nguyen Thi Ngoc Suong ont été condamnées pour avoir publié sur Facebook des vidéos et des articles contre un projet de zones économiques spéciales et une loi sur la cybersécurité, rapporte le correspondant de RFI à Hanoï, Frédéric Noir. Le gouvernement vietnamien avait en effet décidé l’année dernière d’octroyer à la Chine des terrains sur de très longues périodes allant jusqu’à 99 ans. S’en étaient suivies des manifestations très violentes, notamment au sud du pays, où des véhicules de police ont été incendiés et des bureaux du gouvernement saccagés. Pour mettre un terme à ces violences, le gouvernement avait décidé de frapper fort : des dizaines de personnes avaient rapidement été condamnés à de lourdes peines de prison, jusqu’à 3 ans d’emprisonnement. Et une censure sur ce sujet spécifique a été imposé à l’ensemble des médias.

    Le deuxième motif pour lequel les deux femmes ont été condamnées est de s'être opposées publiquement à une loi sur la cybersécurité. Ce texte contraint les grandes plateformes du web à retirer sous 24h les contenus jugés inappropriés et à transmettre aux autorités les données privées des utilisateurs. De plus, jusqu’à présent, ces données étaient stockées sur des serveurs basés à Hongkong et à Singapour, donc inaccessibles aux autorités vietnamiennes. Désormais, les géants du web ont l’obligation légale d’installer physiquement ces centres de données au Vietnam, ce qui devrait permettre naturellement au gouvernement de les contrôler plus facilement.

    Les géants du web sous pression

    La société Facebook s’est contenté pour le moment de rappeler dans une formule un peu vague qu’elle examinait toutes les demandes de gouvernements visant à faire retirer des contenus juges illicites selon des critères conformes à ses conditions de service et aux législations locales, une façon de botter en touche. Et pour l’heure, ses data centers sont toujours localisés à Singapour. Pour contraindre les géants du web à respecter sa législation, les autorités se font menaçantes. Elles ont menacé Facebook d’un redressement fiscal avant d’annoncer qu’elles n’hésiteraient pas à prendre des mesures adéquates si l’entreprise ne se conformait pas à sa réglementation.

    Dans le même temps, la police a intensifié la répression contre les blogueurs tout en faisant pression sur des entreprises vietnamiennes pour qu'elles suspendent la publicité sur YouTube et d'autres sites diffusant des vidéos jugées anti-gouvernementales. Mais dans ce pays de 93 millions d’habitants ou 65 % de la population a moins de 35 ans, 64 millions de personnes utiliseraient Facebook, soit plus de la moitié de la population. Très difficile dans ces conditions pour le gouvernement d’interdire la plateforme. Il se contente donc d’essayer de la censurer et n’hésitent pas à condamner lourdement ceux qui critiquent son action et en particulier ceux qui lancent des appels à manifester. En 2018, près de 60 internautes ont été arrêtés et les peines sont de plus en plus lourdes.

    Un dossier fragile

    Tran Thu Nguyen conseille depuis l'étranger les deux femmes condamnées à la prison. Elle a pu s'entretenir avec la fille de l'une d'elles et lui conseille de contester le verdict, surtout que le dossier ne repose vraisemblablement sur aucun élément concret.

    « D’après la fille de Vu Thi Dung, quand les policiers perquisitionnaient leur maison, ils n’ont rien trouvé. Sauf une pancarte écrite à la main qui conteste la location de terrains aux Chinois communistes. En revanche, les policiers ont trouvé sur le téléphone portable de sa mère des clips qui appellent à manifester avec violence. Mais ces clips, ce sont des clips qu’elle a partagés sur les réseaux sociaux. Il n’y a que ça ! »

    Pressions

    Tran Thu Nguyen pointe la stratégie des autorités pour monter des affaires de toute pièce. « La conversation que j’ai eue me laisse comprendre que les autorités font pression pour qu’elle refuse l’avocat de l’extérieur et accepte un avocat désigné. Le procès, les accusations contre elle sont montées de toute pièce par la police. Aujourd’hui, j’ai donné quelques conseils à sa fille, qu’il ne faut pas croire ni la police ni les gens désignés comme cet avocat, parce qu’ils font tout pour que les accusés acceptent de signer tous les procès-verbaux pour qu’ils puissent facilement réunir des preuves pour constituer les chefs d’accusation. »

    Il est désormais urgent que Vu Thi Dung se saisisse de son propre dossier, et cela passe notamment par un refus d'être assistée par l’avocat désigné par les autorités. « Je lui ai dit qu’il faut faire comprendre à sa mère qu’il ne faut pas accepter le verdict, mais il faut, au contraire, contester et il faut qu’elle comprenne ses droits. Elle a seulement 15 jours pour le faire. Elle doit aussi demander son propre avocat et ne plus accepter l’avocat désigné. »

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