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    Inde: un nouveau mandat et une victoire écrasante pour Narendra Modi

    media Le président du BJP, Amit Shah (g) et le Premier ministre indien, Narendra Modi (c) après l'annonce des résultats des élections à New Delhi, le 23 mai 2019. REUTERS/Adnan Abidi

    Narendra Modi et son parti le BJP ont remporté les gigantesques élections générales qui se sont déroulées sur pas moins de six semaines. Le chantre du nationalisme hindou devrait même conserver la majorité absolue à la Lok Sabha, la chambre basse du Parlement.

    Le téléphone du chef du gouvernement indien a sonné toute l’après-midi : de nombreux présidents et chefs de gouvernement l’ont appelé pour le féliciter - Vladimir Poutine pour la Russie, Xi Jinping pour la Chine, Benyamin Netanyahu en Israël… Mais aussi le Premier ministre pakistanais Imran Khan, qui a souligné qu’il avait hâte de travailler avec lui pour « la paix, le progrès et la prospérité et en Asie du Sud ». Et ce malgré les combats aériens de février dernier entre les deux voisins. Le Premier ministre indien avait lancé ses avions côté pakistanais de la frontière pour attaquer un camp de terroriste après un attentat au Cachemire indien. Narendra Modi a pu utiliser pendant la campagne un discours sécuritaire qui lui a certainement été utile.

    Le Premier ministre a remercié les Indiens pour leur confiance et les militants de son parti le BJP pour leur persévérance lors de ces élections. Et au niveau local, comme prévu, il l’a emporté très largement, comme en 2014, dans sa circonscription de Bénarès (Uttar Pradesh).

    Une défaite sévère pour le parti du Congrès

    Certes, au niveau local, le président du parti du Congrès Rahul Gandhi a très largement remporté la circonscription de Wayanad (Kerala). Mais il a perdu à Amethi (Uttar Pradesh), un bastion du Congrès depuis 1966, où il se présentait aussi. Et c’est cet échec qui symbolise le mieux la situation du Congrès au niveau national : il fait mieux qu’en 2014, mais ce n’était pas difficile. Il y a cinq ans sa coalition n’avait remporté que 60 sièges sur 543. Il faut dire que malgré ses promesses, l’opposition est arrivée cette année en ordre divisé à ces élections générales, et le parti du Congrès n’a pas formé la grande coalition qui aurait pu lui permettre de faire contrepoids face au BJP dans un scrutin à un tour qui ne pardonne pas.

    Rahul Gandhi a donc reconnu sa défaite et celle de son parti. Il a assuré que le Congrès continuerait la bataille idéologique qu’il mène contre le BJP, demandant aux militants de ne pas perdre espoir. Un espoir qui était revenu à la fin de l’année dernière, quand son parti avait détrôné le BJP lors d’élections locales dans trois États. Un espoir douché aujourd’hui face au rouleau compresseur du parti de Narendra Modi, qui aurait remporté une majorité absolue encore plus importante qu’il y a cinq ans.

    C’était justement la grande question : après cinq années d’un gouvernement qui a divisé la société indienne, le Premier ministre conserverait-il cette majorité absolue ou serait-il forcé de former une coalition qui l’obligerait à des concessions ? Les Indiens ont finalement voté massivement pour lui - la participation est d’ailleurs encore plus importante qu’il y a cinq ans.

    Quelle politique pour ce nouveau mandat ?

    Avec ce score, Narendra Modi a les mains libres pour mener sa politique. D’autant que ceux qui l’ont élu l’ont fait en connaissance de cause : ils l’ont vu à l’œuvre pendant cinq ans. Et ils ne lui tiennent pas rigueur pour une de ses mesures-clés, la démonétisation – la suppression de certains billets de banque pour lutter contre la corruption, qui avait fait souffler un vent de panique sur le pays il y a deux ans. Et son discours qui repose sur une suprématie des hindous ne les dérange pas, ou mieux, ils l’appellent de leurs vœux. Les cinq prochaines années vont être difficiles pour la minorité musulmane, stigmatisée et victime de violences pendant le premier mandat de Narendra Modi ou pour les ONG et associations critiques du Premier ministre, dont le nombre a considérablement diminué depuis cinq ans – il leur est désormais interdit de recevoir des fonds étrangers.

    Quant à ce qu’a prévu de faire le Premier ministre pendant les cinq prochaines années, cela reste un peu un mystère, explique le spécialiste Christophe Jaffrelot du CERI-Sciences Po : le BJP n’a pas été réélu sur un programme, mais sur la personne de Narendra Modi. Ce qu’on peut penser, c’est que cette large majorité va peut-être l’amener à essayer de faire passer des lois, voire des réformes constitutionnelles que jusque-là il ne pouvait pas faire voter. Par exemple, sur le Cachemire indien dont l’autonomie pourrait être remise en cause. Il y a aussi l’idée de créer un répertoire de la citoyenneté, qui rendrait les migrants venus du Bangladesh apatride. Mais Narendra Modi devra faire face au ralentissement économique, dont il n’a pas parlé pendant sa campagne : « les inégalités se sont considérablement creusées », explique Christophe Jaffrelot, « et notamment les campagnes sont dans une situation dramatique pour nombre d’entre elles ».

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