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    Droits de l’homme: le Cambodge sous pression

    media Une rue de Phnom Penh, capitale du Cambodge (photo d'illustration). © AFP/TANG CHHIN SOTHY

    Le Cambodge connaît une forte croissance depuis plusieurs années (7,5% en 2018). Mais aujourd’hui, l’Union européenne et les États-Unis réclament un plus grand respect des droits de l’homme et des travailleurs.

    Avec notre correspondante à Phnom Penh,

    Sans évolution positive de la situation des droits de l’homme, le Cambodge pourrait s’exposer à des conséquences économiques négatives car, depuis février dernier, l’Union européenne a entamé des démarches qui pourraient aboutir, ou non, à la suspension d’accords douaniers préférentiels avec le Cambodge.

    En effet, la dissolution du principal parti d’opposition en novembre 2017 et la tenue d’élections législatives controversées en juillet 2018 ont suscité des critiques importantes dans le pays et à l’étranger.

    D’autant que, comme 49 pays en développement, le Cambodge bénéficie de l’accord « Tout sauf les armes », qui exonère de taxe douanière les produits exportés vers l’Union européenne. Un accord conditionné au respect des droits de l’Homme et des travailleurs, domaines dans lesquels l’UE demande des améliorations significatives au Cambodge depuis des mois.

    L’Europe vérifie, les États-Unis réfléchissent

    Une nouvelle délégation européenne chargée d’évaluer la situation arrive d’ailleurs à Phnom Penh lundi 3 juin. C’est la seconde visite de la sorte cette année et peut-être la dernière avant l’ouverture des discussions.

    La suspension est une menace d’autant plus importante qu’aujourd’hui 40% des exportations du Cambodge partent en direction du bloc européen. Dans le même temps, les États-Unis continuent également d’envisager des sanctions.

    Le Cambodge entretient le flou

    Face à ces pressions, entre appels au dialogue et inflexibilité, le ton du gouvernement de Hun Sen fluctue au gré des déclarations. De plus en plus proche de la Chine de Xi Jinping, Phnom Penh a plusieurs fois cherché à minimiser la menace du retrait des accords européens.

    Mais il continue de répéter son attachement à ces derniers en d’autres occasions.

    L’opposition entravée

    Or, dans certains dossiers clefs, la situation ne semble pas près de s’améliorer. Le PSNC, le principal parti d’opposition, a été dissous en novembre 2017, accusé d’avoir voulu renverser le gouvernement. Malgré des demandes de libération ou d’avancées dans les procédures judiciaires, l’ancien leader du parti Kem Sokha reste assigné à résidence, 19 mois après son arrestation pour trahison.

    ► Lire aussi : Cambodge, la Cour suprême dissout le principal parti d'opposition

    Par ailleurs, ces dernières semaines, près de 140 sympathisants et anciens membres du parti d’opposition ont fait l’objet de convocations par la justice cambodgienne. Si 118 membres du parti avaient déjà été interdits d’exercer toutes activités politiques, aucune des personnes convoquées n’est concernée par cette interdiction. On leur reproche tout de même d’avoir poursuivi des activités politiques sous les couleurs du parti prohibé.

    Une déclaration conjointe publiée samedi 1er juin par 73 communautés et organisations de la société civile demande la fin du harcèlement judiciaire des anciens sympathisants du PSNC et le respect des libertés fondamentales.

    Le gouvernement est par ailleurs embarrassé par une autre affaire sensible, la mort suspecte du fils d’un ancien membre du parti d’opposition. Mi-avril, Thit Rorn est arrêté pour des faits datant d’une dizaine d’années et meurt trois jours plus tard, dans sa cellule, au cours de sa garde à vue. Une mort suspecte selon la famille, qui ne croit pas à une simple chute.

    Le décès a suscité une réaction officielle des États-Unis qui demandent une enquête indépendante, comme plusieurs organisations de défense des droits de l’Homme.

    Quelques gestes positifs

    Tout n’est pas pour autant noir au Cambodge, comme en témoigne l’acquittement de six représentants syndicaux par la cour d’appel du Cambodge la semaine dernière. La justice leur reprochait d’avoir incité à la violence lors des manifestations antigouvernementales en 2013 et 2014.

    Des charges politiquement motivées selon plusieurs organisations de défense des droits. Condamnés en décembre, il leur était dorénavant interdit d’exercer leur fonction de leaders syndicaux.

    Certains voient dans leur acquittement la conséquence d’une lettre adressée début mai au gouvernement par plusieurs marques d’habillement qui produisent au Cambodge. Nike, Adidas ou Gap demandaient ainsi des améliorations allant dans le sens d’un maintien des accords douaniers avec l’Europe.

    D’autres ont suggéré que l’arrivée imminente de la délégation européenne n’y serait pas étrangère.

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