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    Présidentielle au Kazakhstan: des centaines de manifestants arrêtés

    media A Almaty, la plus grande ville du pays, les policiers ont interpellé et conduit dans des véhicules des centaines de personnes, ce dimanche 9 juin. REUTERS/Mariya Gordeyeva

    Des centaines de manifestants ont été arrêtés ce dimanche 9 juin dans les deux principales villes du Kazakhstan, Nour-Sultan et Almaty, alors que se déroule la présidentielle dans le pays. C’est un scrutin historique car pour la première fois depuis l’indépendance du pays, en 1991, il se déroule sans la participation de Noursoultan Nazarbaïev, 79 ans. Ce dernier a annoncé sa démission en mars dernier, à la surprise des 18 millions d’habitants de cette ex-République soviétique riche en hydrocarbures. Mais ce qui est présenté comme une transition ressemble pour beaucoup à une simple perpétuation du régime autoritaire mis en place au cours des trois dernières décennies. Selon des sondages de sortie des urnes, Kassym-Jomart Tokaïev a été élu avec plus de 70% des voix.

    Avec notre correspondant régional à Tbilissi,  Régis Genté

    Les vidéos défilent sur les médias sociaux kazakhstanais. On y voit des policiers plonger dans de petits rassemblements et en extraire des citoyens pour les conduire dans des véhicules.

    Les observateurs sur place parlent de centaines d’arrestations, principalement dans la capitale Nour-Soultan et à Almaty.

    Ces manifestations, les plus importantes depuis trois ans, font suite à une série d’autres organisées depuis l’annonce de la démission de M. Nazarbaïev, voilà bientôt trois mois. Des manifestations qui avaient conduit le pouvoir à réprimer les médias entre autres.

    Difficultés économiques

    Le mécontentement s’enracine pour une part dans les difficultés économiques que connaît ce pays grand comme cinq fois la France, celui-ci dépendant lourdement des cours du pétrole qui se sont effondrés ces dernières années.

    Mais l’inquiétude populaire vient aussi de ce que chacun comprend que la transition du pouvoir n’est que de façade. Pour nombre de Kazakhstanais, le scrutin présidentiel de ce dimanche, avec ses sept candidats en lice, n'est qu’une mise en scène visant à faire croire qu’une véritable élection se déroule et que le système autoritaire de M. Nazarbaïev amorce une transition.

    Avec 70% des voix, selon des sondages à la sortie des urnes, Kassym-Jomart Tokaïev aurait été élu à la présidence. Le diplomate de 66 ans, apparaît donc comme le successeur désigné par M. Nazarbaïev, qui, lui, conserve de larges pouvoirs notamment en tant que président du Conseil de sécurité national, aux pouvoirs renforcés.

    Mais M.Tokaïev n’a ni la volonté ni les capacités de changer la nature du régime, autoritaire et corrompu. Et que ce qui est présenté comme une transition ne vise en fait qu’à préserver un système façonné depuis trois décennies.

    À lire aussi : Kazakhstan: une élection présidentielle orchestrée


    ♦ ANALYSE

    « Si Tokaïev est déclaré vainqueur, ce ne sera pas un signe rassurant »

    Pour les organisations de défense des droits de l'homme, la perspective d'une transition au Kazakhstan reste illusoire, explique Mihra Rittmann, chercheuse sur l'Asie centrale pour Human Rights Watch.

    « Ce qui s'est passé dimanche, les arrestations par la police de manifestants pacifiques, et même de journalistes parfois n'a rien de surprenant. Il est prouvé que le Kazakhstan restreint le droit de rassemblement et la liberté de la presse et la liberté d'expression. Donc ce qu'on a vu [dimanche, ndlr] indique que les autorités suivent le même chemin qu'avant pour répondre à l'expression de la contestation et aux manifestations. En mars dernier, il y a eu un moment capital, quand le président Nazarbaïev qui dirigeait le pouvoir depuis près de 30 ans a annoncé spontanément qu'il renonçait à ses fonctions, c'était complètement inédit. Et ça pouvait ouvrir la porte à un éventuel changement. Mais le président par intérim, qui est aussi le grand favori de cette élection, s'est engagé à poursuivre la même politique de Nazarbaïev. Donc si Kassym-Jomart Tokaïev est déclaré vainqueur du scrutin, disons que ce ne sera pas un signe de changement rassurant. »

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