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    Sri Lanka: vers une criminalisation des fausses informations et messages haineux

    media Le sanctuaire Saint-Antoine, frappé par le terrorisme cette année, et désormais sous étroite surveillance. Colombo, le 12 juin 2019. REUTERS/ Dinuka Liyanawatte

    Le Sri Lanka se remet difficilement de l’un des attentats les plus meurtriers de son histoire. Le 21 avril, plus de 250 personnes sont mortes lors d’attaques menées par une organisation islamiste contre des hôtels et des églises du pays. Et depuis, les tensions sont vives entre les communautés religieuses. Certains exploitent la situation en propageant des messages de haine voire des fausses informations sur les réseaux. Le gouvernement a donc rédigé un projet de loi afin de punir sévèrement ces actes. Un texte qui inquiète les militants des droits de l’homme.

    De notre correspondant régional,

    Ce projet de loi a été approuvé la semaine dernière par le Conseil des ministres, qui a ainsi publié ses grandes lignes.

    Le texte prévoit de criminaliser la publication de fausses informations ou de messages de haine qui pourraient « perturber l’harmonie sociale et la sécurité de l’État ». Et ces actes seraient alors punis de cinq ans de prison maximum et d’une amende d’un million de roupies, soit 5 000 euros.

    La rédaction de ce projet de loi a été motivée par les différentes rumeurs répandues sur les réseaux sociaux ces derniers mois, et qui ont embrasé le Sri Lanka.

    Cela a commencé avant les attentats ; l’année dernière, des groupes bouddhistes radicaux ont mené des attaques contre les quartiers musulmans et répandu des fausses informations sur les réseaux sociaux, ce qui a enflammé tout le centre de l'île et forcé le gouvernement à imposer un état d’urgence et à couper les réseaux sociaux.

    Pour éviter cela après les attentats du dimanche de Pâques, le gouvernement a immédiatement bloqué ces principaux réseaux sociaux. Aucun affrontement communautaire n’a alors eu lieu.

    Par contre, 15 jours après la levée de cette interdiction, des groupes bouddhistes militants ont de nouveau mené des attaques contre des commerces musulmans.

    Selon le gouvernement, les réseaux sociaux faciliteraient ainsi la propagation de ces messages haineux, de la désinformation et surtout aiderait à la coordination des assaillants. Et cette loi pourrait limiter ces abus.

    Les militants des droits de l’homme sont toutefois inquiets. Car il est très difficile de définir ce qu’est une fausse information et quels messages seront jugés comme perturbant « l’harmonie sociale ou la sécurité de l’État », des notions très vagues également.

    Et surtout, tout le monde au Sri Lanka se souvient que les autorités ont déjà abusé de telles législations lors de la lutte contre les séparatistes des Tigres tamouls.

    Des militants des droits de l’homme ou des journalistes ont été arrêtés, torturés et abattus par les services de renseignement sous couvert d’une loi anti-terroriste draconienne.

    Maintenant que cette guerre est terminée, la population ne veut donc pas retomber dans ces heures noires et liberticides avec une nouvelle  loi qui restreindrait excessivement la liberté d’expression en ligne.

    ► À lire aussi : Couvre-feu et réseaux sociaux coupés après des heurts interreligieux

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