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    Asie-Pacifique

    Hong Kong: «On pense qu’il y a eu une réunion hier à Shenzhen»

    media Carrie Lam et Xi Jinping en juillet 2017 à Hong Kong pour l'investiture de la cheffe de l'exécutif local. Anthony WALLACE / AFP

    Après une semaine marquée par des manifestations massives et des violences, la dirigeante de l'exécutif hongkongais a annoncé une suspension sans délai du projet de loi prévoyant des extraditions vers la Chine, ce samedi 15 juin. Pékin a déclaré « soutenir » la décision de Carrie Lam. Pour Éric Florence, directeur du Centre français d'études sur la Chine contemporaine, c'est la preuve que la République populaire de Chine peut reculer face à la contestation locale et internationale.

    Des oiseaux qui volent, puis le crépitement des appareils photo dans l'auditorium du siège de l’exécutif hongkongais. Devant une forêt de micros et caméras, Carrie Lam répète que la loi devait combler un vide juridique, mais que le travail d’explication n’a pas été suffisant. Sorte de malentendu, en somme, mais qui a tout de même conduit des centaines de milliers de personnes dans la rue, comme le rappelle notre envoyé spécial à Hong Kong, Stéphane Lagarde.

    Pékin a affiché ce samedi son soutien vis-à-vis des autorités de Hong Kong, après la suspension de ce projet de loi qui permettrait des extraditions vers la Chine. « Nous soutenons, respectons et comprenons cette décision », a déclaré un porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Geng Shuang, dans un communiqué. Ce délai vise selon lui à « écouter plus largement » les diverses opinions sur ce projet et « restaurer le calme au plus vite ».

    « De source officieuse et anonyme, on pense qu’il y a eu une réunion hier à Shenzhen, vraiment tout près de la frontière avec Hong Kong, confie Éric Florence, directeur du Centre français d'études sur la Chine contemporaine, qui réside à Hong Kong. Et suite à cette réunion, l’exécutif hongkongais s’est réuni et la décision a été prise. Si effectivement, il y a eu cette rencontre et que, bien sûr, cela a contribué dans la décision qui a été prise, cela me semble intéressant. »

    Éric Florence rappelle que plusieurs prises de position publiques, « pas nombreuses mais quand même assez importantes », avaient été formulées en Chine en faveur de ce projet de loi, « notamment Han Zheng, qui est un officiel de très haut niveau, responsable de Hong Kong et Macao ». Ce recul tactique, selon lui, peut donc « vouloir dire que parfois, Pékin peut reculer » face à de telles « combinaisons de pressions locales et internationales très fortes ».

    Le chercheur met en avant le contexte, « quand même très tendu ». En toile de fond, la guerre commerciale menée par les États-Uni à l'encontre de Pékin. « La Chine est un peu sur le feu », ajoute-t-il, alors qu'au moment de s'expliquer, Carrie Lam a refusé de démissionner, ou de formuler des excuses pour un recours à la force jugé excessif par l’opposition, refusé enfin de donner un nouveau calendrier - le retour du texte avant les élections de novembre parait compliqué.

    Pour Pékin et l'exécutif hongkongais, il s'agit d'apaiser les esprits

    « J’ai encore des tonnes de choses que je veux faire pour Hong Kong », explique la cheffe de l’exécutif. « Depuis quelques jours, quand même, on avait l’impression que Carrie Lam était fort isolée, commente Éric Florence. Il y avait peu d’expressions publiques de soutien de la part des poids lourds du gouvernement. Et donc, on pouvait s’y attendre, on ne voyait pas vraiment d’autre issue. Je pense que c’était vraiment la seule issue. »

    Ce rétropédalage est-il dû à des tensions au sein de l'exécutif ? « Je pense qu’il y a des tensions. Il y avait quand même, depuis quelques jours - ce n'était pas tellement des membres directs de l’exécutif - d’anciens conseillers, d’anciens membres de l’exécutif qui s’étaient exprimés en faveur soit d’un report, soit d’un retrait du projet. Mais la pression vient évidemment aussi de la rue, de la population. Parce que la mobilisation, depuis dimanche dernier, n’a pas arrêté. »

    « Nous avons essayé plusieurs fois de réduire la polarisation et les doutes, mais je dois reconnaître que nos explications n'ont pas été suffisantes. Une grande partie de l’opinion a toujours des doutes concernant cette loi et certains trouvent difficile à comprendre l’urgence de son examen », a expliqué Carrie Lam. Une urgence qui ne serait plus forcément justifiée, a-t-elle précisé, en raison des déclarations de l’autre femme de pouvoir de la région, la présidente de Taïwan.

    Tsai Ing-wen a en effet annoncé qu’elle n’avait pas l’intention de demander à Hong Kong le retour d’un suspect de meurtre qui s'y trouve. Or, ce cas justifiait selon l’exécutif hongkongais un examen du texte avant l’été. Pour autant, en dépit du report, le texte reste nécessaire, insiste Carrie Lam. Nous sommes donc loin d'un retrait définitif. Il s'agit plutôt, pour Pékin et l'exécutif hongkongais, d'apaiser les esprits et de ramener le calme. Pas sûr, donc, que la mobilisation s'affaisse.

    Le texte a donné naissance à une vaste opposition dans l'ex-colonie britannique, réunissant des avocats, d'importantes organisations juridiques, des capitaines d'industrie, des chambres de commerce, des journalistes et des militants. Et les contestataires affirment déjà n'avoir aucune intention de s'arrêter. Une nouvelle marche de protestation est prévue dimanche. Et le lendemain, un appel à la grève a été lancé dans ce territoire au statut décidément particulier.

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