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    Asie-Pacifique

    Inde: Narendra Modi justifie sa démarche autoritaire au sujet du Cachemire

    media Le Premier ministre indien Narendra Modi, à la télévision, s'adresse aux Indiens au sujet du Cachemire, le 8 aout 2019. REUTERS/Amit Dave

    Quatre jours après l’abrogation autoritaire de l’autonomie du Cachemire, le Premier ministre indien s’est exprimé pour la première fois jeudi 8 août. Il a cherché à rassurer la population indienne, et surtout les habitants du Cachemire et du Ladakh, dont le statut a radicalement changé après l’adoption de cette réforme. Pour calmer le jeu, le couvre-feu est assoupli à l'occasion de la prière du vendredi. Mais il n’est pas sûr que ces mains tendues suffisent à convaincre une population sous le choc.

    Article mis à jour vendredi 9 août avec nos correspondants dans la région

    Dans ce long discours, qui a duré près de 40 minutes, Narendra Modi s’est posé en père de la nation, qui veut le bien des Cachemiriens. Il s’est ainsi adressé directement à ces derniers, les considérant comme de nouveaux citoyens de l’union indienne qu'il vient de sortir d'une situation mauvaise pour eux.

    En effet, le chef du gouvernement indien a commencé par dresser un tableau très noir de la vie des Cachemiriens sous cette autonomie. Ce statut, dit-il, empêchait que les lois votées à New Delhi s’appliquent directement dans la région. Un propos rapporté par notre correspondant à New Delhi, Sébastien Farcis.

    « Les habitants du Cachemire n’ont pas pu bénéficier des avancées de l’Inde, il n’y avait pas de salaire minimum, de discrimination positive pour les minorités, les femmes n’avaient pas les mêmes droits que les autres Indiennes. Et le Pakistan s’est servi de cette autonomie pour promouvoir le terrorisme », a déclaré Narendra Modi.

    C’est le début d’une nouvelle ère au Cachemire et à Ladakh

    Narendra Modi s'adresse aux Indiens 08/08/2019 - par Sébastien Farcis Écouter

    Confiance rompue entre New Delhi et le Cachemire

    Le Premier ministre a ensuite avancé, de manière très binaire, le fait que cette situation pouvait changer dès maintenant : « Nous allons construire de nouvelles routes, des lignes de train, moderniser les aéroports, promouvoir le commerce du Cachemire. Grâce à cela, nous pourrons éradiquer le terrorisme, et le Cachemire va à nouveau briller. »

    Pour créer des emplois, implicitement, le Premier ministre indien propose un marché aux Cachemiriens : en substance, abandonnez toute revendication séparatiste, et vous serez plus riches et prospères. Un optimisme à tempérer, car les habitants du Cachemire n’ont jamais donné leur accord pour ce rattachement à New Delhi. Ils souhaitaient même plus d’autonomie.

    Pour que les Cachemiriens adhèrent au propos, il faudrait déjà qu’ils aient confiance dans le gouvernement central. Or cette confiance a justement été totalement rompue par le retrait autoritaire et violent de l'autonomie, réforme imposée en coupant toute communication dans la région et en déployant des dizaines de milliers de militaires dans les rues.

    La frustration pourrait s’exprimer de manière violente, et la réconciliation mettra donc du temps. En attendant, la situation sécuritaire devrait demeurer tendue et il sera difficile de faire des affaires normalement au Cachemire, même si la police a annoncé un assouplissement du couvre-feu sur place pour permettre aux populations de participer à la prière du vendredi, sans pour autant les autoriser à quitter leur localité.

    Le Pakistan en appelle aux Nations unies

    De son côté, le Pakistan n'enverra pas l'armée pour faire face à l'Inde au sujet du Cachemire, mais le ton est virulent, rapporte notre correspondante à Islamabad, Sonia Ghezali. Le ministre des Affaires étrangères pakistanais, Shah Mehmood Qureshi, l'a annoncé ce jeudi lors d'une conférence de presse : Islamabad cherche des solutions « politiques, diplomatiques et juridiques ».

    Le Pakistan multiplie les rencontres et les échanges diplomatiques pour accentuer la pression sur l’Inde. Le chef de la diplomatie est d’ailleurs en Chine, grand allié du Pakistan, ce vendredi pour discuter de la situation. Shah Mehmood Qureshi confirme par ailleurs la saisine du Conseil de sécurité de l'ONU : « L’Inde, justifie-t-il, veut donner l’impression qu’il s’agit d’une affaire interne. Cette perception est historiquement, moralement et légalement fausse. Le Pakistan rejette la version indienne. »

    « Au Cachemire, poursuit le ministre, il y a pratiquement un soldat devant chaque maison. Cette situation prouve que la région a été transformée en véritable prison. Le Pakistan n’a pas fermé son espace aérien, c’est une fausse information. Mais nous avons décidé de suspendre le Samjhauta express, le ''train de l’amitié'' qui relie nos deux pays. »

    Le gouvernement pakistanais attend maintenant de voir comment évoluera la situation dans la partie du Cachemire qui se trouve en Inde une fois le couvre-feu levé. Islamabad est pieds et poings liés : économiquement, le Pakistan fait face a une telle crise qu’une guerre est inenvisageable. Le pays a obtenu récemment un prêt de 6 milliards de dollars de la part du Fonds monétaire international.

    Le Premier ministre pakistanais Imran Khan a vivement réagi, excédé au cours d’une session parlementaire : « Que voulez-vous que je fasse ? Que j'attaque l'Inde ? », a-t-il lancé. C’est une guerre d’opinion publique et le Pakistan doit la vaincre, dit Imran Khan. « Est-ce que le gouvernement du BJP de Narendra Modi pense qu’en utilisant la force contre les Cachemiriens, cela met fin au mouvement séparatiste ? Cela va plutôt le renforcer », écrit-il sur Twitter.

    L'armée pakistanaise reste en alerte

    La garde n'est donc pas baissée pour autant. Ce vendredi matin, le porte-parole militaire Asif Ghafoor s'est fendu d’un tweet pour mettre en garde l’Inde. « Si l’armée indienne, assure-t-il, tente de commettre une quelconque mésaventure, la réponse du Pakistan sera encore plus forte que celle du 27 février 2019. »

    En février dernier, il y avait eu une escalade de plusieurs semaines entre les deux pays. L’aviation pakistanaise avait affirmé avoir abattu deux avions indiens qui avaient pénétré dans l'espace aérien pakistanais et arrêté deux pilotes indiens qu’ils avaient fini par renvoyer chez eux. Quelques jours avant, New Delhi avait annoncé avoir abattu un avion pakistanais au Cachemire.

    Certains analystes évoquent la possibilité qu'à défaut de se lancer dans une guerre, le Pakistan laisse encore plus se développer sur son sol les groupes extrémistes séparatistes du Cachemire et autres groupes terroristes qui frappent régulièrement l’Inde. Mais il ne faut pas oublier que le Pakistan est dans le viseur du Groupe d'action financière, cet organisme intergouvernemental qui lutte contre le blanchiment d'argent et le financement du terrorisme.

    Si l’opinion publique condamne unanimement la révocation du statut spécial du Cachemire par l’Inde, les mouvements de protestation initiés ces derniers jours dans quelques villes du pays ont été peu suivis. Certains s’attendent toutefois à ce que les rassemblements prévus le 15 août prochain, à l’occasion de la fête nationale du pays, se transforment en manifestations en soutien aux Cachemiriens.

    L'ONU exhorte à la « retenue maximale »

    Le secrétaire général des Nations unies a exhorté ce jeudi à la « retenue maximale » dans la crise entre l'Inde et le Pakistan autour du Cachemire, demandant à « toutes les parties » de « ne prendre aucune décision qui puisse affecter le statut » de cette région disputée.

    Dans un communiqué, Antonio Guterres a fait état de son « inquiétude » au sujet des « restrictions » imposées dans la partie indienne du Cachemire, « qui risquent d'aggraver la situation en matière de droits humains ».

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