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    «Vie de prof» [4/5] À Kaboul, Mina Azimi, l'enseignante de la confiance en soi

    media Le collège-lycée s’est installée à Dashte Bartchi dans l’ouest de Kaboul en 2001 après l’intervention des forces américaines appuyées par l’Otan qui ont mis fin au régime taliban. RFI / Sonia Ghezali

    Une longue tunique bleu clair sur un pantalon en coton assorti, un voile blanc couvrant à moitié ses cheveux châtains, c’est en tenue d’écolière que Mina Azimi, enseigne. Dans la classe face à elle, assises à leur pupitre, certaines élèves, ont son âge : 17 ans. Cela fait quatre mois que Mina est leur professeure de « compétences par le sport ». Ce module est unique dans l’enseignement en Afghanistan. Seul le collège-lycée Marefat, situé à Dashte Bartchi, un quartier dans l’ouest de Kaboul où vit la minorité chiite du pays, l’a mis en oeuvre. Reportage.

    « De quoi es-tu fière ? », lance Mina à chacune des élèves, du haut de son mètre 55. « L’objectif de ce cours explique-t-elle est d’enseigner aux filles la confiance en soi en s’appuyant sur le sport, car c’est dur d’être une fille en Afghanistan. » Selon Amnesty International, l’Afghanistan est le pire pays où naître pour une femme. Mina explique que le manque d’éducation dans le pays est à l’origine du mépris de la plupart des hommes pour la gent féminine. « Pour leur tenir tête nous avons besoin d’avoir confiance en nous », dit-elle. Sa classe démarre à 5h30 du matin dans une salle aux murs bleus décrépis. Durant 15 minutes, Mina livre ses secrets pour devenir une jeune fille fière de soi. « Chaque jour, félicitez-vous pour ce que vous avez réussi à accomplir dit-elle. Cela peut être une petite chose, une bonne note, l’aide apportée à une amie. Mais c’est très important que vous vous félicitiez », explique-t-elle.

    « Je veux être le premier astronaute afghan »

    Accoudée à son pupitre, Shamsia regarde celle qu’elle surnomme son « leader ». « Je veux être le premier astronaute afghan à aller dans l’espace », assure-t-elle les yeux brillants. Sa voisine Hassina choisit de confier ses projets d’avenir en anglais : « Je veux aller à l’université de Harvard aux États-Unis, étudier pour devenir professeur de sport et ouvrir mon club de gym pour coacher les autres filles. Je veux faire changer les mentalités ici, lutter contre l’obscurantisme et la passivité. » Le père de Hassina était opposé à l'idée qu’elle suive ces cours particuliers avant de céder devant l’insistance de son épouse. « Mon père est analphabète. Il pense que les filles doivent rester à la maison et s’occuper des tâches ménagères comme nos mères. Mais moi j’ai appris que les filles et les garçons sont en fait pareil. »

    L’égalité femmes-hommes est une des valeurs transmises dans l’établissement Marefat qui signifie « connaissance » et qui se donne pour objectif de faire changer les mentalités en Afghanistan. Garçons et filles sont séparés durant les cours comme l’exige le ministère de l’Éducation. En revanche, les activités extrascolaires sont mixtes tels les clubs de football, de cyclisme, d’athlétisme ou de wushu, art martial venu de Chine. Le college-lycée a été fondé à Lahore et Peshawar au Pakistan en 1990 par des réfugiés afghans qui avaient fui la guerre civile qui a précédé la prise du pouvoir par les talibans. L’école s’est installée à Dashte Bartchi dans l’ouest de Kaboul en 2001 après l’intervention des forces américaines appuyées par l’Otan qui ont mis fin au régime taliban.

    Après le quart d’heure d’échanges en classe, les filles prennent le chemin de la cour, revêtues de leur survêtement de sport noir. Elles ôtent leur voile et se mettent à courir autour de la fontaine centrale, concentrée sur leur respiration. En tête, Mina qui les guide, chronomètre en main. « Le sport aide énormément à avoir confiance en soi », explique-t-elle. La jeune fille, née en Iran où ses parents ont trouvé refuge pour fuir la violence dans le pays, est arrivée en Afghanistan à l’âge de 13 ans. « En Iran c’est différent. Les filles sont plus indépendantes. En Afghanistan, elles enfermées. Quand on va dehors, les hommes nous dévisagent. Il faut être courageuse pour sortir. Au début je regardais mes pieds. Maintenant je marche la tête haute », raconte-t-elle fièrement.

    Fille d’un maçon et d’une couturière, la cadette d’une fratrie de quatre enfants a acquis sa force de caractère dans un club d’athlétisme féminin qu’elle a intégré en début d’année. Elle y a elle-même été formée pour devenir coach avant de commencer à occuper sa nouvelle fonction dans son propre établissement tout en poursuivant le programme scolaire. « Je veux être médecin plus tard dit-elle, ”tout en continuant à coacher les filles pour leur donner confiance en elles. »

    « Maintenant je n’ai aucun problème à dire ce que je pense »

    Après 40 minutes d’endurance et d’étirements, les filles se séparent pour rejoindre leurs cours classiques. Hassina confie : « Avant, je n'osais pas m’exprimer face aux autres. Maintenant je n’ai aucun problème à dire ce que je pense. L’urgence est d’aider les autres filles à découvrir leur force intérieure. Beaucoup de filles en Afghanistan sont soumises ajoute-t-elle. Elles pensent qu’elles ne sont capables de rien. Ici j’apprends à être un héros et à aider les autres filles à le devenir », glisse-t-elle en souriant.

    Mina pourra-t-elle poursuivre ses cours si les talibans réintègrent la société et la sphère politique en cas d’accord de paix ? Elle ne cache pas sa profonde inquiétude à ce sujet. « Ce sera très difficile si cela arrive. Le simple fait de l’imaginer est insupportable souffle-t-elle. Mais même s’ils reviennent je ferai de mon mieux pour continuer ce que je fais et ne rien changer », affirme-t-elle d’une voix ferme, le regard décidé.

    ►À écouter aussi : «Vie de prof» [4/5] : «J’apprends à être un héros»

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