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    Le président Erdogan «prévoit bel et bien de rencontrer la délégation américaine», a déclaré le directeur de la communication de la présidence turque, Fahrettin Altun, sur Twitter. Le président turc avait affirmé plus tôt ce mercredi sur Skynews qu'il ne s'entretiendrait pas avec le vice-président américain Mike Pence et le secrétaire d'Etat Mike Pompeo attendus à Ankara pour exiger l'arrêt de l'offensive turque en Syrie. «Je ne les rencontrerai pas», avait déclaré M. Erdogan à Sky News, «ils rencontreront leurs homologues. Moi, je ne parlerai qu'à Trump, s'il vient», avait-il ajouté.

    Asie-Pacifique

    «Vie de prof» [5/5] A Hong Kong, Kenneth Chan, l'enseignant activiste

    media Kenneth Chan, enseignant en sciences politiques à l'Université baptiste de Hong Kong. RFI / Stéphane Lagarde

    Après plus de trois mois de manifestations antigouvernementales, Kenneth Chan Ka Lok n’a pas été étonné de découvrir des rangs clairsemés à son premier cours de l’année. De nombreux étudiants ont boycotté la rentrée universitaire pour descendre dans les rues. Mais après tout peu importe, estime l’ancien président du Parti civique de Hong Kong, pour qui tout savoir doit être utile en donnant les clés qui permettent d’envisager le monde autrement.

    De notre envoyé spécial,

    C’est un bureau d’une dizaine de mètres carrés au cœur du département des études européennes de la prestigieuse Université Baptiste de Hong Kong (HKBU). Comme les tours d’affaires, les centres commerciaux ou les résidences d’habitation, les institutions sont contraintes de s’élever pour gagner de la place sur ce territoire déjà saturé de gratte-ciels.

    Passerelles de béton, escaliers mécaniques, puis ascenseurs aux portes couvertes de tracts et de slogans, les couloirs de verres de la faculté des sciences humaines portent les stigmates des plus de quinze semaines de mobilisation de la jeunesse hongkongaise face à une politique de l’exécutif perçue comme renforçant l’emprise de Pékin sur la région administrative spéciale de la République Populaire de Chine, et plus généralement comme une menace pour les libertés fondamentales sur le territoire.

    Parapluies et autocensure

    Et donc, au 11e étage du bâtiment académique, après un dédale de couloirs de verre et d’acier, la chaleur du bureau des chercheurs. Le cliché veut que les enseignants soient restés amoureux du papier. Le bureau de Kenneth Chan n’échappe pas à la règle. L’amoncellement de livres, de brochures, de cartons et de travaux d’élèves exige un certain art de la contorsion à l’occupant, comme au visiteur.

    En revanche, point de parapluie. La chose peut sembler étonnante, quand on sait combien ces derniers servent à tout à Hong Kong : ombre portative pour atténuer les pics de chaleurs de l’après-midi, toit dépliable pour affronter les orages de l’été et même bouclier pour s’abriter des grenades lacrymogènes et de balles en caoutchouc, ou se protéger du regard inquisiteur des caméras de surveillance.

    Les parapluies étaient le symbole du mouvement de 2014 demandant l’instauration d’élections au suffrage universel. Ils sont de retour dans les manifestations. Tels les battements de cœur de la contestation, leur ouverture et leur fermeture continuent de marquer la respiration des têtes de cortège. Mais pour celui qui enseigne depuis 21 ans à l’Université Baptiste de Hong Kong, ce qui protège avant tout, c’est le savoir, l’éducation et la parole qu’il faut défendre, non comme des armes, mais comme les moyens de se libérer de l’oppression.

    « Pour moi, l’éducation est un processus créatif et innovant », explique Kenneth Chan. « Ça libère et ça instruit. En d’autres termes, nous devons montrer que le savoir est utile, car il nous aide à penser le monde autrement, poursuit cet enseignant engagé, marié à une Polonaise et père de cinq enfants. Évidemment si j’habitais à Pékin je serais saqué, au chômage, ou pire en prison, étant donné mon état d’esprit et mon combat pour les libertés, la démocratie et la justice sociale. Mais à Hong Kong, ce qui me fait plus peur, ce ne sont pas les dangers éventuels, c’est l’autocensure ! »

    Printemps polonais

    L’autocensure, la « terreur blanche » qui pousse la direction des entreprises à Hong Kong et les personnels à s’opposer au mouvement de protestation, se retrouvent parfois sur le campus. Comme certains de ses voisins de couloirs, Kenneth Chan a reçu ces dernières semaines une pluie de courriels truffés de noms d’oiseaux. Des menaces de mort aussi. La rançon du succès, semble affirmer l’ancien député du camp prodémocratie. Le professeur de sciences politiques en a vu d’autres. Il a été autrefois détenu pour être interrogé par la police.

    Cela ne l’empêche pas d’afficher un large sourire. Le même que celui des Polonais de Solidarnosc se libérant du joug soviétique le 4 juin 1989, le jour où la Chine pleurait place Tiananmen. David a su triompher de Goliath à Varsovie il y a 30 ans, pourquoi Hong Kong ne pourrait pas faire de même face à Pékin aujourd’hui ? Diplômé en langue slovène, en estonien, en hongrois, en tchèque et en polonais, Kenneth Chan est l’un des rares chercheurs chinois à s’intéresser à l’Europe orientale.

    « Toute sa recherche concerne la fin de l’ère soviétique en Europe de l’Est et l’ouverture de la Pologne, souligne Emilie Tran, enseignante également au département des études européennes de HKBU. Quelque part, c’est ce qu’il aimerait voir appliquer en Chine. Il a rencontré son épouse lorsque tous les deux faisaient leurs études en Angleterre. Il a été aussi président du plus grand parti démocratique. Tout cela fait de lui un personnage relativement hors du commun. »

    La messe avant la manifestation

    Les yeux qui brillent, les bras qui moulinent pour convaincre les élèves, Kenneth Chan prend rarement le temps de s’assoir devant les étudiants. Lors du cours d’introduction au semestre, une partie des élèves était aux abonnés absents, car probablement partis manifester. Mais il y avait beaucoup de mains levées chez les présents, dont de nombreuses questions venant d’étudiants de Chine continentale.

    « Mon département [sur les gouvernances comparées et les politiques publiques] a toujours été populaire auprès des jeunes du continent, affirme le professeur. Je les encourage toujours à parler franchement et à partager leur opinion avec le reste de la classe. Beaucoup pensent qu’ils sont endoctrinés par le régime, ce qui est partiellement vrai. Ils passent quatre ans avec nous, c’est l’occasion pour eux d’ouvrir leur esprit. L’environnement compte énormément, c’est pour ça que nous aimons tellement Hong Kong. Aussi longtemps que cela restera une ville libre avec une société civile pleine d’énergie, nous pourrons faire beaucoup de choses avec ces jeunes. »

    Un vœu pieux qui pourrait presque être celui du prêtre. Fervent catholique, Kenneth Chan va tous les dimanches à la messe en famille, avant de rejoindre les manifestations ou défendre les positions du camp prodémocrate dans les médias ou les conférences. Un pays, deux systèmes éducatifs. « Le problème auquel nous avons été confrontés cet été est lié à quelque chose de fondamental. Cela ne peut se régler en termes d’échanges : "Je te donne ça, tu me donnes ceci", poursuit le professeur. Les Hongkongais défendent des valeurs auxquelles ils croient ou dont ils pensent devoir bénéficier. »

    À écouter aussi : «Vie de prof» [5/5]: «Le savoir doit être utile et nous permettre de penser le monde autrement»

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