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    Asie-Pacifique

    Cambodge: le gouvernement face au spectre de l’opposition politique

    media Kem Sokha, figure de l'opposition est autorisé à se déplacer librement au Cambodge après son assignation à résidence en 2018. TANG CHHIN SOTHY / AFP

    Sam Rainsy, opposant historique du Premier ministre Hun Sen, a échoué à revenir au Cambodge le 9 novembre. Alors qu’il continue d’annoncer son retour, ce week-end, la justice cambodgienne a assoupli les conditions de la liberté conditionnelle de Kem Sokha, président du parti d’opposition dissous.

    De notre correspondante à Phnom Penh,

    Plusieurs dizaines de journalistes se pressent aux portes de la résidence de Kem Sokha à Phnom Penh depuis dimanche. Ils attendent la première sortie en deux ans du co-fondateur du principal parti d’opposition cambodgien, aujourd’hui dissous.

    Kem Sokha, autorisé à se déplacer librement

    Accusé de trahison, le président du Parti du sauvetage national du Cambodge (PSNC) est arrêté en septembre 2017 et placé en détention provisoire pendant un an avant d’être assigné à résidence fin 2018.

    Depuis dimanche dernier, une décision de la Cour municipale de Phnom Penh autorise dorénavant Kem Sokha à se déplacer librement à condition de ne pas quitter le Cambodge et de s’abstenir de s’engager dans toute activité politique. Les charges qui pèsent contre lui restent maintenues et aucune date n’a été annoncée pour son procès.

    En novembre 2017, le parti cofondé par Kem Sokha et Sam Rainsy est accusé d’avoir voulu renverser le gouvernement et est dissous par la Cour suprême, huit mois avant les élections législatives.

    Lors du scrutin, le parti du Premier ministre Hun Sen, au pouvoir depuis 34 ans, s’empare de la totalité des 125 sièges au Parlement. Le Cambodge devient de facto un pays à parti unique.

    Une première étape

    La dissolution du parti d’opposition, l’interdiction de politique pour 118 de ses membres et la mise en accusation de Kem Sokha sur des bases contestées ont suscité les critiques de nombreux États et organisations internationales alors que les libertés d’expression dans le pays subissaient également un tour de vis.

    Depuis l’annonce de la Cour municipale de Phnom Penh, Kem Sokha a fait savoir sur Facebook qu’il espérait que cette décision ne soit qu’une première étape. « Comme d’autres Cambodgiens qui ont perdu leur liberté politique, j’ai toujours besoin de justice et de réelles solutions », a-t-il indiqué dimanche.

    Depuis lundi, les ambassadeurs de France, des États-Unis, d’Allemagne et d’Australie au Cambodge se succèdent auprès de la figure de l’opposition dissoute. « La France espère la rapide réhabilitation de Kem Sokha » a fait savoir l’ambassade de France au Cambodge sur Facebook.

    La libération de Kem Sokha survient à un moment-clé pour le gouvernement cambodgien. Vingt mille forces de sécurité ont été déployées à travers le pays en amont des festivités de Bon Om Touk, mais surtout du retour annoncé de Sam Rainsy le 9 novembre dernier, jour de l’anniversaire de l’indépendance du Cambodge.

    Sam Rainsy, de retour ?

    L’autre cofondateur du parti d’opposition a quitté le pays depuis 2015. Visé par plusieurs procès et condamnations qu’il qualifie de politiquement motivés, Sam Rainsy avait annoncé son intention de revenir pour faire monter la pression populaire à l’égard du Premier ministre cambodgien, Hun Sen.

    De nombreux observateurs sont restés dubitatifs quant au plan de l’opposant historique au Premier ministre de passer par la Thaïlande, alors que le Premier ministre Prayuth Chan-Ocha avait indiqué que le pays n’autoriserait pas Sam Rainsy sur son territoire.

    Après s’être vu refusé l’embarquement sur un vol de la Thai Airways à destination de Bangkok le 7 novembre à Paris, c’est finalement en Malaisie que Sam Rainsy a pu atterrir deux jours plus tard, échouant à revenir au Cambodge à la date annoncée. Si l’homme politique de 70 ans indique ne pas avoir renoncé à son retour, il reste vague quant à la suite de ses plans.

    Des soutiens arrêtés

    La popularité de Sam Rainsy et de l’opposition auprès du peuple telle qu’elle s’était traduite lors des élections de 2013 au Cambodge (lors desquelles le PSNC a remporté 44,5% des voix, NDLR) semble inquiéter le gouvernement en place. Plus d’une cinquantaine de membres et soutiens de l’ancien parti d’opposition ont été arrêtés depuis le mois d’août, accusés d’avoir soutenu Sam Rainsy dans ce que le gouvernement considère comme une tentative de coup d’État.

    La libération de Kem Sokha pourrait néanmoins diviser les soutiens et observateurs du parti d’opposition entre les deux figures fondatrices. D’autres analystes y voient un geste du gouvernement pour répondre à l’une des demandes spécifiques des démocraties occidentales face aux sanctions économiques envisagées par l’Union européenne et les États-Unis.

    La Commission européenne a rendu aujourd’hui une partie de cette décision cruciale pour l’économie cambodgienne. Celle de suspendre ou non l’accord « Tout sauf les armes ». Il exempte de taxes douanières les marchandises de pays en développement sur le marché unique mais il est soumis au respect des droits de l’homme et du travail. Or, près de 45% des exportations cambodgiennes partent aujourd’hui à destination de l’UE.

    La Commission a annoncé que la procédure se poursuivait. Le gouvernement cambodgien a désormais un mois pour répondre au rapport de la Commission avant que celle-ci prononce ou non la suspension des accords en février 2020.

    À la veille de l’annonce de la décision, l’Union européenne avait salué un pas dans la bonne direction. Néanmoins, elle renouvelle la demande d’une action immédiate du gouvernement cambodgien afin de « rétablir les conditions pour une opposition démocratique crédible […] Et en particulier, la libération complète de Kem Sokha et la réhabilitation de ses droits politiques. »

    L’ambassadrice de la délégation de l’Union européenne au Cambodge annonce également une visite à Kem Sokha ce mercredi 13 novembre à 9h30.

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