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    Asie-Pacifique

    Audrey Tang: hackeuse, anarchiste et ministre taïwanaise

    media La ministre du digital, Audrey Tang, à l’entrée de son bureau du Yuan exécutif, le gouvernement taïwanais. Adrien Simorre/RFI

    Codeuse précoce et chantre de la gouvernance numérique, la ministre Audrey Tang symbolise les innovations de la démocratie taïwanaise face à l’autoritarisme de la Chine communiste. À quelques jours des élections générales taïwanaises, rencontre avec une ministre hors du commun.

    Adepte du télétravail, ancienne hackeuse ayant quitté l’école à 14 ans et transgenre : Audrey Tang est une ministre décidément atypique. Vêtue d’une longue tunique marbrée et chaussée de souliers en daim, la ministre taïwanaise du digital reçoit dans un bureau aux fauteuils molletonnés où elle ne met en réalité jamais les pieds. « En fait, la partie ministre est la moins importante, s’amuse-t-elle, une pointe de malice dans les yeux. Je prêche surtout pour le digital ».

    Investie à ce poste en 2016 au sein de la nouvelle administration souverainiste, Audrey Tang est devenue l’un des symboles d’une démocratie taïwanaise bien décidée à faire valoir ses particularités face aux revendications territoriales de Pékin. Un effort qui porte ses fruits : Taïwan trône en tête des classements des gouvernements les plus ouverts au monde et se place désormais à la pointe en matière de démocratie numérique. Un contre-pied criant à la « grande muraille électronique » et au contrôle social imposés à 200 km de là, en Chine.

    Une pionnière de l’internet

    Le parcours d’Audrey Tang est hors norme à plus d’un titre. Dès huit ans, elle apprend à coder sans ordinateur, en noircissant des pages de cahiers. « J’ai découvert le web alors qu’il venait juste d’être inventé, avec cette possibilité que des centaines de milliers de personnes qui ne se connaissent pas puissent agir collectivement », se remémore-t-elle.

    À son quatorzième printemps, Audrey Tang quitte les bancs de l’école pour partir hacker le monde. « Je préférais travailler dans un environnement dans lequel je fais moi-même mon emploi du temps », explique-t-elle sans détour. C’est sur la Californie qu’elle jette son dévolu, et plus exactement la ville de San José. « J’ai été impliquée dans la culture qu’on appelle la culture "hackeurs", avec des gens formés au Massachusetts Institute of Technology (MIT) ou des membres du club allemand Chaos Computing », précise-t-elle de sa voix soyeuse. La jeune surdouée se taille alors une solide réputation dans l’univers du code informatique, comme lorsqu’elle développe un moteur de recherche en mandarin.

    La « transparence radicale » comme valeur première

    De retour à Taïwan, Audrey Tang continue à faire vivre les promesses de l'internet inclusif et égalitaire qu’elle a vu naître aux États-Unis. Audrey est alors devenue femme, après une transformation sur laquelle elle reste discrète, évoquant seulement « quelques opérations mineures » dans un texte posté en ligne. Parmi les raisons qui la font rester à Taïwan, elle évoque d’ailleurs le fait d’être transgenre, dans le premier pays d’Asie ayant autorisé le mariage pour personnes de même sexe en mai dernier.

    À travers sa participation au collectif de hackeurs citoyens gOv, Audrey Tang commence à donner corps à ses idéaux. Les militants se font connaître en créant des versions détournées de sites officiels du gouvernement. Le principe : présenter des données gouvernementales ouvertes, permettant au citoyen de mieux cerner l’action publique. Le concept de « transparence radicale » se forge alors une place de premier choix parmi les idéaux de la jeune hackeuse.

    « Faire confiance aux citoyens »

    Devenue ministre après l’élection de la présidente démocrate-progressiste Tsai-Ing Wen en 2016, Audrey Tang continue de défendre une vision radicale de la démocratie numérique. « L’idée c’est de faire confiance aux citoyens sans attendre qu’ils nous fassent confiance en retour, expose-t-elle. On publie quotidiennement tous nos budgets, on travaille avec les citoyens sur les pétitions en ligne, les budgets participatifs ».

    Parmi les dispositifs numériques les plus innovants figure en bonne position vTaiwan, une plateforme de délibération citoyenne. L’outil voit le jour à l’issue d’un hackaton, un processus cher à Audrey Tang. Le principe est celui d’une course entre développeurs informatiques, dans laquelle les kilomètres seraient des lignes de codes et la ligne d’arrivée un programme fonctionnel. Une réussite, puisque dès 2016, le Premier ministre taïwanais déclare lors d’un conseil des ministres que « toutes les questions nationales importantes [devront] passer par un processus de type vTaiwan », note la chercheuse Emilie Frenkiel dans une étude consacrée à Audrey Tang.

    « Je ne donne pas d’ordres, je ne reçois pas d’ordres »

    La jeune ministre impose aussi son style. « Mon opinion politique c’est le taoïsme, mais je suis aussi une anarchiste conservatrice ». Conservatrice, car Audrey Tang défend les valeurs premières de la culture de l’Internet, à savoir un réseau open source, libre et égalitaire. « Et anarchiste, parce que tout doit être fait sur une base volontaire, poursuit-t-elle, ramenant une mèche rebelle derrière l’oreille. Je ne donne pas d’ordres, je ne reçois pas d’ordres. Ici, tous ceux qui travaillent ici le font volontairement ».

    Dans quelques jours, le 11 janvier, se tiendront les élections présidentielle et législatives taïwanaises. Les deux principaux partis s’écharpent sur la stratégie que doit adopter Taïwan face aux revendications territoriales de Pékin. Le numérique pourrait-il aider les Taïwanais à s’accorder sur la question ? « Aujourd’hui, les Taïwanais s’accordent sur le fait que la République populaire de Chine développe sur le cyberespace une norme autoritaire, nationaliste, très différente de celle que l’on connaît sur l’internet, note Audrey Tang. Bien sûr, les émotions, les idées, les opinions, diffèrent davantage. Mais si c’était uniforme, il n’y aurait plus de démocratie, n'est-ce pas ? ».

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