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    Asie-Pacifique

    Entre résignation et espoir de paix, les Afghans face à l’incertitude

    media Kaboul, quartier Herat ©Sonia Ghezali

    Depuis que des discussions bilatérales entre les Etats-Unis et les talibans ont commencé en novembre dernier à Doha, au Qatar, la perspective d'une paix en Afghanistan n’a jamais été aussi atteignable. En ces temps d’incertitude sur l’avenir, la population afghane vit partagée entre l’espoir de voir la guerre prendre fin et la crainte d’un retour à l’obscurantisme.

    De notre correspondante à Kaboul,

    Sur la colline de Wazir Akbar Khan, dans le centre de Kaboul, Ramin Mazhar scande ses vers, juché sur un promontoire. Autour de lui, des dizaines de jeunes femmes et de jeunes hommes l’écoutent en silence.

    « - T'embrasser au milieu des talibans, aurais-tu peur ?
    - T’aimer partout et à chaque instant,
    - T’aimer envers et contre les traditions meurtrières. 
    »

    En ce 14 février, alors que certains célèbrent la Saint-Valentin, le petit groupe communie à travers une ode à la liberté. « Je m’attaque aux talibans en tant qu’école de pensée, en tant qu’idéologie qui dépasse le cadre purement politique », explique le jeune homme. Quand Ramin Mazhar déclame son poème, il le fait avec l'élégance de sa silhouette longiligne, vêtu d'une redingote en laine grise. Il se tient droit tandis que ses mains graciles semblent balayer le vent.

    La poésie pour lutter contre le fondamentalisme

    « Je veux attirer l’attention sur les nombreuses filles dans les zones rurales qui sont empêchées d’aller à l’école, par leur père ou d’autres membres de leur famille, ajoute-t-il. Ces hommes n’ont d’ailleurs souvent aucun lien avec les talibans, mais ils ont la même mentalité qu’eux. C’est contre cette mentalité que je m’élève. » Une mentalité qui s’appuie selon lui sur les textes des auteurs emblématiques de l’orthodoxie islamique traditionnelle tels Sayyid Qutb et al-Ghazali.

    Ramin Mazhar, poète et journaliste afghan pour le quotidien national Hasht-e-Subh. ©Sonia Ghezali

    « Éclater en sanglots sous la pluie
     Puis exploser en pleine rue avec Sayyid Qutb
     Lire la nuit tombée les vers d’al-Ghazali et en avoir des cauchemars », déclame Ramin Mazhar.

    « Il n'y aura pas de paix si les talibans n’acceptent pas que notre société soit multicolore avec une multitude de styles de vie différents et autant de mentalités et d’idéologies. Nous sommes nombreux à nous tenir debout pour le défendre », prévient-il. Les vers de Ramin ont été mis en musique et chantés par une jeune femme, Ghawgha Taban. Sa vidéo, partagée sur les réseaux sociaux, est devenue virale. Elle chante avec émotion face caméra, ses cheveux bouclés non voilés, accompagnée à la guitare.

    En l’espace de quelques heures, Ghawgha Taban et Ramin Mazhar sont devenus le symbole de toute une génération de jeunes Afghans épris de liberté et contre l’obscurantisme religieux des talibans.

    Des excuses, le pardon... puis la charia

    Au fond d’un restaurant de la capitale afghane, Chamangul découvre la vidéo dans une pièce de 3 mètres carré réservée aux familles, dissimulé derrière un rideau lourd à l’abri des regards des clients exclusivement masculins attablés dans la salle principale. Cet ancien commandant taliban est originaire de la région de Khost, une province montagneuse près de la frontière avec le Pakistan. Il travaillait pour les services de renseignement sous le régime taliban en vigueur entre 1996 et 2001. « Elle devra s’excuser et promettre de ne plus recommencer, dit-il, et nous lui pardonnerons, réagit-il. Nous ne voulons pas tuer les chanteurs et les poètes, nous pardonnerons à tout le monde avant de mettre en place la charia islamique, explique l’homme en shalwar kamis, lourd turban noir sur la tête, enroulé dans un patou en laine, long châle traditionnel. « Nous avons tous soif de paix », dit-il, le peuple et les talibans ont ce désir en commun, affirme le taliban.

    Hors de question de céder aux exigences religieuses des talibans, crie Leila Haidari. A 39 ans, cette chef d’entreprise est l’une des rares femmes à ne pas porter le voile et à conduire sa voiture, n’hésitant pas à lâcher son volant au milieu de la route pour apostropher les conducteurs qui ne lui cèdent pas la priorité. Mère de famille, divorcée, elle est la fondatrice d’un centre mixte de désintoxication dans l’ouest de Kaboul où elle a aussi ouvert un restaurant, Tajbegum, qui emploie d’anciens toxicomanes. A 39 ans, la mère de famille a déclaré la guerre à la paix avec les talibans. « Nous ne voulons pas la paix, nous devons nous organiser », insiste-t-elle sur les réseaux sociaux. « Je ne m’assoirai pas devant les talibans avec un voile sur la tête pour mendier mes droits », crie-t-elle.

    La paix coûte que coûte

    S’il faut vivre sous la charia islamique pour avoir la paix, Youssef G, journaliste indépendant à Kaboul, l’acceptera en revanche. « Nous paierons tous le prix de cette paix qui se négocie avec les talibans, dit-il. Mais je préfère renoncer à certains droits plutôt que de vivre encore dans cette guerre qui nous tue tous les uns après les autres. » Le trentenaire ne se réjouit pas à la perspective de voir les talibans intégrer la sphère politique et la société afghane qui a évolué depuis l’intervention américaine en 2001. Il se veut cependant lucide : « Notre nation est effritée, notre État est incompétent et fragile, nous n'avons pas d'autre choix que de courber l'échine, accepter notre sort et espérer que les futures jeunes générations changeront progressivement l'avenir de l'Afghanistan, mais cela doit venir de l'intérieur. »

    Au pied des blocs de béton du quartier Macroyan, construction austère héritée de l’ère soviétique, Abdul Matin ne rêve que de paix derrière son étal de fruits secs. « Je me fiche que ce pays soit gouverné par les talibans ou d’autres, ce que je veux c’est la paix », dit-il. Il gagne environ 150 euros par mois, largement insuffisant pour subvenir aux besoin de sa famille, se plaint-il. « À cause de cette guerre qui n’en finit pas, on ne peut pas travailler comme on le souhaite. Je dois rentrer avant la tombée de la nuit à cause des criminels qui rodent dès que le soleil se couche », explique-t-il.

    La population vit dans la crainte des attaques, mais aussi des groupes criminels, l’autre fléau afghan alors que le taux de chômage culmine à près de 25% dans le pays. « Peu importent les droits, pourvu que l’on mange à notre faim », lâche l’homme les mains enfouies dans les poches de son mince anorak, tandis que la neige se met à tomber en flocons sur la capitale afghane.

    → Lire aussi : Un accord-cadre se dessine entre Américains et talibans

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