Dernières infos
Article publié le : lundi 25 février 2013 à 16:16 - Dernière modification le : lundi 25 février 2013 à 16:16

"Défense et illustration de la langue française", Hors-série Gallimard

"Quand en 1549, Joaquim Du Bellay fait paraître La Défense et Illustration de la Langue française, il entend, on le sait, affirmer la « vénusté et dignité » du français face au grec et au latin, mais aussi combattre le « Monstre Ignorance » et surtout assigner aux poètes la tâche de refonder et d’enrichir une langue tenue pour «vulgaire et barbare».

Autres temps, autres barbaries, autres combats mais peut-être même nécessité et même devoir : ne revient-il pas aujourd’hui aux écrivains, aux poètes, face à la domination d’une langue «moyenne» hâtive et désinvolte, asservie aux vissées manipulatrices de la communication, de maintenir et de refonder sans cesse une langue affranchie, de revendiquer, par objection souvent, le droit à la nuance, au subtil, à la densité et à l’imprévu ?
Proust (qui ne pensait pas nécessairement à la poésie, mais à toute création littéraire) ne dira pas autre chose en lançant comme une provocation, dans une lettre de 1908 à Mme Strauss : « les seules personnes qui défendent la langue française sont celles qui l’attaquent ». Le meilleur moyen de défendre la langue française c’est de l’attaquer, c’est à dire de l’inventer, d’en bouleverser les codes grâce à un travail d’écriture. Ce qui permettra à l’auteur de La Recherche d’écrire plus tard : « les plus beaux livres sont écrits dans une sorte de langue étrangère ».
De la langue vernaculaire, chez Du Bellay, nous sommes passé à une langue «étrangère» chez Proust, mais c’est de la même langue qu’il s’agit, de cette « douce langue natale » chantée par Baudelaire dans L’invitation au voyage, et qui est la véritable langue maternelle de l’écrivain, et plus encore celle du poète ; à ce détail près qu’elle ne lui ai jamais donnée ou transmise, et qu’il doit lui-même la trouver, ou la retrouver – mais c’est elle qui permet d’illustrer la langue.
Si la poésie est, en quelque sorte, comme il en existe pour les autres arts, un conservatoire des arts et techniques de la parole, un lieu de longue mémoire où se préserve le génie propre d’une langue, elle est simultanément le lieu où cette langue perpétuellement s’excède elle-même. Il est donc sans doute plus urgent que jamais de réaffirmer la fonction inaliénable des tenants d’une langue insoumise, de ceux qui sont, pour chacun et pour tous, garants des infinis possibles du langage.
Dans cet ouvrage qui fait écho au manifeste de Du Bellay, onze poètes évoquent, analysent et confrontent en toute liberté leur attachement à la langue française."
                                                                                           Xavier North & Jean-Pierre Siméon

Les Auteurs
Françoise Cheng, Jacques Roubaud, Michel Deguy, Alain Borer, Jacques Réda, Marie-Claire Bancquart, Michel Butor, Silvia Baron Supervielle, Tahar Ben Jelloun, Vénus Khoury-Gata, Marcel Moreau.

Hors-Série Gallimard en partenariat avec la Délégation générale à la langue française et aux langues de France, le Printemps des Poètes, RFI et FRANCE 24

Plus d'infos sur www.gallimard.fr

tags: Evénements RFI
Réagissez à cet article
Commentez cet article en tapant votre message dans la zone de texte. Le nombre de caractères est limité à 1500 ou moins.
(0) Réaction

Fermer