Moyen-Orient n°20
"Le 9 septembre 2013, cinq hommes ont été mis en examen pour « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste » par la justice française. Tous avaient participé, cinq jours auparavant, au braquage d’un restaurant à Coignières, dans les Yvelines. Leur objectif : financer leur départ en Syrie et y mener leur djihad contre le régime de Bachar al-Assad. Si l’on passe outre le fait que voler est condamné par la religion musulmane, cet événement met le conflit dans l’ancien « Balad ach-Cham » au cœur de la réflexion sur le radicalisme et l’islamisme. Et le djihad s’impose comme une question indissociable des débats contemporains sur l’islam, alors que le Moyen-Orient traverse une période de transition politique critique et entre dans un cycle historique de violence sans précédent.
![]() |
Dans ce débat, une figure comme le politologue français Gilles Kepel, auteur de Jihad : Expansion et déclin de l’islamisme (Gallimard, 2000), n’est plus à présenter. Car, en langue française, paradoxalement, peu d’ouvrages s’intéressent à la « guerre sainte », expression à employer avec prudence. On retiendra celui d’un Américain, Michael Bonner, professeur à l’université du Michigan. Dans Le Jihad : Origine, interprétations, combats (Téraèdre, 2004), il analyse le concept dans la pensée et l’histoire de l’islam, depuis les temps du prophète Mahomet (570-632). Il insiste ainsi sur la distinction entre le « grand » djihad, une lutte intérieure contre ses passions les plus néfastes, pour être en paix avec soi-même, et le « petit » djihad, un combat armé. Longtemps, le premier a prévalu, alors que les contextes du second sont si différents qu’il est impossible d’en faire une norme. On pourrait chercher des versets du Coran et des paroles du prophète Mahomet justifiant la guerre, on en trouverait, mais le mot « paix » est aussi bien plus récurrent.
L’ambition de ce dossier est de réfléchir sur les « djihads », ne faisant pas de ce concept un mot au singulier qui serait l’essence de l’islam. Car si la situation actuelle en Syrie produit des conséquences géographiques et politiques sur l’avenir du Moyen-Orient, comme a pu en avoir la guerre d’Afghanistan contre les Soviétiques entre 1979 et 1989 (un « grand moment » de l’histoire du djihadisme), la région dépend également des réflexions et des évolutions des partis islamistes qui prétendent à l’exercice du pouvoir. En Tunisie comme en Égypte, leur légitimité religieuse n’a pas suffi, montrant que la « révolution islamique » était un mythe. Si l’arrivée des salafistes sur les scènes institutionnelles révèle une «démocratisation» du champ religieux, encore faut-il que ce dernier fasse son exégèse et s’insère dans un État de droit.
Ce numéro d’octobre-novembre-décembre 2013 contient également des analyses sur : le football au Moyen-Orient, les défis du président Hassan Rohani en Iran, les Nabatéens de Madain Salih (Arabie saoudite) et les chrétiens d’Orient."
Guillaume Fourmont, rédacteur en chef délégué
Retrouvez la rédaction de Moyen-Orient le mardi 5 novembre à 18h à Paris pour une table ronde consacrée au djihad et organisée par l’Institut de recherche et d’études sur la Méditerranée et le Moyen-Orient (IREMMO).
Une émission « Géopolitique, le débat » de Marie-France Chatin, sera consacrée à ce sujet sur RFI.

Delicious
Digg
Facebook
Twitter
Yahoo!
Technorati
















Réagissez à cet article
(0) Réaction