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    Culture

    Pierre Soulages : l'oeuvre aux noirs

    media Pierre Soulages. Peinture 222 x 314 cm, 24 février 2008. Diptyque (2 éléments de 222 x 157 cm, superposés) Acrylique/toile. Collection particulière. Archives Pierre Soulages, Paris © Adagp, Paris 2009 (photo Georges Poncet)

    Le Centre Pompidou à Paris présente une vaste exposition consacrée au peintre français. Soixante ans de travail depuis les premiers dessins au brou de noix en passant par les goudrons sur verre jusqu’aux polyptyques récents tout de noir recouverts. Destination : cette contrée baptisée en 1979 par  Pierre Soulages « Outre-noir ». Toujours actif, à bientôt quatre vingt-dix ans il avoue avoir plein de projets. Une confession qui ressemble à cette rétrospective davantage tournée vers ses dernières œuvres que vers ses premiers travaux. L’exposition est à voir jusqu’au 8 mars 2010. 

    « Une toile, ça ne se décrit pas, ça se regarde », s’exclame-t-il sans se départir de sa belle humeur à un journaliste lui demandant de décrire l’une de ses dernières toiles. Tout de noir vêtu, Pierre Soulages se prête avec une belle générosité toute émaillée de pointes rocailleuses (il est né à Rodez, dans l’Aveyron) à l’exercice pas vraiment inédit pour lui des questions-réponses. D’ailleurs, il le dit tout naturellement : cette rétrospective ne lui fait aucun effet. « J’ai l’habitude, c’est ma quatrième rétrospective à Paris sans compter toutes celles qui ont eu lieu à l’étranger ».

    Soulages, en noir

    DR

    Malgré tout, l’accrochage rigoureusement chronologique lui convient, lui qui généralement préfère plutôt aborder son travail à rebours. De la fabrication de ses outils, à sa passion pour la Préhistoire, de l’utilisation d’objets ramassés par hasard pour travailler ses noirs à sa relation à la lumière, Pierre Soulages n’est avare ni de son temps ni d’anecdotes. Et même après l’échange bien calé dans un fauteuil, il ne quittera pas la salle des polyptyques suspendus à des câbles, sa dernière « passion », répondant avec une incroyable bienveillance aux sollicitations de quelques connaissances.

    Pas le genre (blasé) à renvoyer à ses œuvres qui se suffiraient à elles-mêmes, sans plus de commentaires. Et pourtant, dans son cas, une telle réponse n’offusquerait pas. Car la découverte de cet ensemble s’apparente à une rencontre avec l’œuvre, à un dialogue intime entre la toile et celui qui la regarde. Les titres des œuvres importent si peu qu’ils se contentent d’indiquer le format et le jour de leur finition. Le reste est affaire de moment, de matière, de lumière et de positionnement dans l’espace.

    Le noir comme révélateur

    Les premières peintures des années 1950 et 1960 rappelant avec une éclatante évidence que le noir, la couleur d’élection de Pierre Soulages depuis ses dessins de 1946 au brou de noix - ou encore, plus audacieux, l’utilisation du goudron sur le verre - sert les autres couleurs, toutes les autres couleurs, les claires comme les sombres et, aussi paradoxal que cela puisse paraître, reflète la lumière avec une infinie variété de nuances. Le reflet n’étant plus parasite mais partie intégrante de l’œuvre.

    Ce qui l’amènera en 1979 à s’engouffrer dans cet infini noir. Une expérience que peut revivre le visiteur dans une petite salle entièrement tendue de noir et dans laquelle ont été disposées trois toiles datant des années 1990. Un noir sur noir qui n’abolit pas la vision, tout au contraire. Les jeux sur la matière, les ombres, les stries ou les raclures faites dans l’épaisseur de la pâte donnent vie et éclat à ce qui n’est pas qu’un simple noir, mais bel et bien une infinité de noirs. Et parce que Pierre Soulages refuse le mot de « monochromie » pour qualifier son travail autour de cette unique teinte, il invente la notion d’« Outre noir », comme on dit Outre Manche pour parler de l’Angleterre, d’un autre pays. « Un autre champ mental », selon l’expression de l’artiste : « Le pot avec lequel je peins est noir, mais c’est la lumière diffusée par reflets qui compte ».

    Une réflexion sur le temps et l’espace

    Pierre Soulages, Peinture 146 x 114 cm, 1950, Huile sur toile. Collection Centre Pompidou, Musée national d’art moderne, Diffusion RMN. © Adagp, Paris 2009

    Des reflets toujours changeants comme il le constate chaque jour, et à chaque instant du jour, raconte-t-il, dans sa maison du sud qui donne sur la mer. Il y a dans son salon une toile noire qui n’est jamais tout à fait la même, selon la couleur du ciel. « Ce que j’aime dans le noir, c’est qu’il marque l’écoulement du temps ». Et c’est donc précisément ainsi qu’il conçoit un accrochage de ses œuvres, comme autant d’instants qui ne sauraient se répéter à l’identique. Le sens, c’est à chacun de le trouver (ou pas) : « Je crois que je fais de la peinture pour que celui qui la regarde - moi comme n’importe quel autre - puisse se trouver face à elle, seul avec lui-même », peut-on lire sur un mur.

    Et c’est justement en se détachant du mur, autrement dit en suspendant ses œuvres à des câbles, qu’il s’approche au plus près de ce dessein, invitant ainsi celui qui regarde « à entrer dans l’espace de la toile qui, dans mon travail, se trouve devant ». Il est aux Etats-Unis quand, dans les années 1960, il expérimente pour la première fois les grands polyptyques qui concluent le parcours de l’exposition, ces toiles immenses (pouvant aller jusqu’à plus de 4 mètres de long) composées de plusieurs « tableaux » et qui donnent littéralement la sensation de tomber du ciel.

    Un noir sans fin

    Et jamais, même dans ce champ de polyptyques géants, le visiteur n’éprouve la sensation d’une quelconque répétition. Comme si de fait, Pierre Soulages qui fêtera ses quatre vingt-dix ans en décembre prochain n’avait pas fini d’explorer cet autre monde, d’épuiser ou plutôt d'approfondir le secret de « son » noir. Et s’il s’agit bien d’une rétrospective, elle n’est pas figée. Pour preuve, l’attention et la place accordées aux œuvres les plus récentes qui, si elles s’inscrivent dans la continuité de cet Outre-noir vieux de trois décennies, ne ressemblent en rien aux premières toiles de cette période. Avec leurs stries fines et régulières, les dernières toiles dont au moins une date de 2009 renforcent même un peu plus encore le mystère de ce noir lumineux.

    Chronologie et chiffres clés

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